Arrêtés puis relâchés en mars dernier, l'auteur du conte d’horreur Hansel et Gretel, Yvan Godbout, et le directeur des éditions AdA, Nycolas Doucet, ont comparu lundi au palais de justice de Sorel-Tracy, où ils ont été formellement accusés de production et distribution de pornographie juvénile, sans possibilité d’enquête préliminaire. Ils iront donc directement en procès.

Stéphanie Vallet Stéphanie Vallet
La Presse

« La poursuite porte des accusations formelles et officielles déposées à la cour et c’est par acte criminel. La peine minimale est d’un an minimum si mon client est déclaré coupable », a confirmé à La Presse l’avocat d’Yvan Godbout, Me Jean-Philippe Marcoux. « C’est une surprise pour mon client. Ce qui est reproché est très grave pour avoir écrit un livre de fiction. Il a très mal réagi à ce qui s’est passé ce matin, notamment à cause de l’acte d’accusation direct. Il est bouleversé. C’est dévastateur pour lui. C’est sérieux comme accusation », ajoute l’avocat de la défense qui n’a pu mettre la main sur la preuve de la poursuite avant la comparution.

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Nycolas Doucet

En déposant un acte d’accusation direct, la Couronne empêche ainsi la défense de demander la tenue d’une enquête préliminaire. « De mémoire d’avocat, je n’ai jamais vu ça dès la comparution. Ça m’a surpris. Je ne dis pas que c’est irrégulier, mais c’est plutôt dans de mégaprocès, des enquêtes pour meurtre ou des dossiers avec plusieurs accusés pour limiter l’accumulation des délais. On va directement au procès. C’est particulier », estime Me Marcoux qui devrait être de retour en cour le 19 juin.

C’est la description de l’agression sexuelle d’une fillette de 9 ans par son père dans le conte interdit Hansel et Gretel qui a créé la polémique. Une page sur près de 270 a ainsi amené, au début de 2018, une enseignante à porter plainte contre Yvan Godbout, jugeant sa description trop explicite. La Sûreté du Québec avait ouvert une enquête. Alors qu’aucune accusation n’avait été déposée à l’époque, la maison d’édition, qui avait suspendu la vente du livre, l’a reprise.

Pourtant, l’auteur Yvan Godbout et Nycolas Doucet, le directeur général des éditions AdA, ont été arrêtés le 14 mars au matin puis relâchés avec promesse de comparaître. « La preuve est basée sur certains passages du livre selon la théorie de la Couronne. Ce n’est pas par rapport à d’autres choses. On doit l’analyser, mais, à première vue, c’est ce que ça semble être », précise Me Marcoux. Yvan Godbout et la maison d’édition AdA sont coaccusés de production de pornographie juvénile sur la période de 2016 à 2019. Un second chef touche uniquement la maison d’édition pour distribution de pornographie juvénile.