Dans Entre le meilleur et le pire, un artiste revisite, une chanson ou un moment à la fois, les sommets et les vallées de son œuvre. À l’occasion de la réédition en vinyle de deux de leurs albums (The Disque et Pourquoi chanter ?), ainsi que de la présentation par le Cirque du Soleil du spectacle The Cirque, Bruno E. Landry, Yves P. Pelletier et André G. Ducharme se remémorent le moins pire de leur carrière musicale.

La meilleure contribution de Patrick Bourgeois

Yves : Arrête de boire, cette phrase-là, c’était le cri de ralliement de son groupe, The Kids. Les gars jouaient dans des endroits malfamés, il y avait des gens bruyants, et Pat leur gueulait : « Arrête de boire ! » C’était aussi le cri de ralliement du bar Le Belmont. Quand on a décidé de faire une chanson sur les bars [composée par Jocelyn Therrien et Denis Toupin], c’était clair que ça allait s’appeler Arrête de boire.

Bruno : Les premières chansons qu’on a faites, c’était avec Patrick Bourgeois. On avait enregistré un medley de thèmes d’émissions de télé qui s’appelait le Medley Kids. C’est vraiment avec lui qu’on a appris à créer des chansons.

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Rock et Belles Oreilles, fiers représentants de Gammick International

Yves : La chanson de Rock et Belles Oreilles est née parce qu’on avait besoin d’une autre toune pour l’album et que Patrick venait de me faire jouer dans son char une chanson un peu country rock à la Wall of Voodoo [groupe rock américain des années 1980], avec plein d’effets sonores. J’avais dit aux gars : « Pourquoi on ne lui demande pas de nous pondre quelque chose de semblable ? » En trois jours, c’était réglé.

Et les paroles se sont écrites rapidement, dans les divans du Studio Victor, en se demandant qu’est-ce qui rime avec gros. Beau ? OK, gros, beau, ça fonctionne. Que Guy soit le beau, c’était un gag, mais les gens y ont cru.

Extrait de La chanson de Rock et Belles Oreilles
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Votre plus vieille chanson

André : Le feu sauvage de l’amour, je l’ai coécrite avec Jacques Chevalier et un de nos amis, Luc Blanchette, quand on était ados. On avait un groupe à sketches et quand on a vu Paul et Paul qui finissaient leur spectacle avec un numéro musical, on s’est mis à faire des chansons, et ça tombait bien, parce que Jacques a une formation en violon classique.

La version qu’on entend au début du vidéoclip, c’est celle de cet ancien groupe, The Yellow Frogs, dont l’existence a chevauché celle de RBO. Pour un travail dans un cours de son à l’UQAM, on avait enregistré un genre d’album, avec 17 chansons [André sort son téléphone de sa poche et en fait jouer des extraits].

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En septembre 1985

On faisait aussi une émission de radio devant public. Et un soir, une semaine avant la première émission de Rock et Belles Oreilles à CIBL, Guy et Richard étaient dans la salle. C’est là qu’ils m’ont proposé de me joindre à eux.

La chanson que vous préféreriez ne pas avoir enregistrée

Bruno : C’est la version française du Feu sauvage. Comme en France, ils ne savent pas c’est quoi, un feu sauvage, on avait dû modifier un peu les paroles. [Bruno récite de mémoire] « Mais en collant mes lèvres contre tes lèvres, tu m’as transmis un bouton de fièvre. »

Votre chanson qui vous fait le plus rire

Yves : Pourquoi se droguer ?, je peux la réécouter sans jamais me lasser.

Extrait de Pourquoi se droguer ?
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André : L’ensemble de l’œuvre de Ringo Rinfret est merveilleux. Ce matin, je me suis levé, c’est une chanson d’une banalité, d’un plate qui n’a pas de bon sens. C’est comme du Lynda Lemay avant l’heure. [André et Yves l’entonnent en chœur, avec force trémolo] « Ce matin, je me suis levé, et j’ai réalisé qu’il faisait un peu frette, alors j’ai mis un manteau. »

Bruno : L’inspiration première de Ringo, c’est qu’à nos débuts, on participait souvent à des émissions tournées dans des centres d’achats. Et dans une de ces émissions, dans un centre d’achats de Québec, il y avait un chanteur qui se la jouait pas mal, Richard Cazes. Il disait en entrevue des choses comme [Bruno prend la voix de Ringo] : « Avoir du succès, c’est sûr que ça suscite beaucoup d’admiration, mais aussi beaucoup de jalousie. » Mais le gars n’était pas connu du tout ! Et le sous-texte, c’est peut-être plus qu’il s’était fait casser la gueule par un mari jaloux parce qu’il cruisait une ginette.

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Ringo Rinfret en octobre 2003

André : La fin du Clown est triste [toujours dans le répertoire de Ringo Rinfret], tu remarqueras, c’est un emprunt à la fin de la chanson I’m Not in Love de 10cc.

Votre meilleur souvenir de votre collaboration avec Pag

[Michel Pagliaro a composé et réalisé La chanson de l’environnement.]

Extrait de La chanson de l’environnement
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Yves : Je me rappelle que Pag, à la fin de notre première rencontre, nous avait dit : « OK, les gars, je m’occupe de la musique, vous autres, vous vous occupez du théâtre. » Bruno et moi, on s’était regardé : de quoi, le théâtre ?

La création de cette chanson-là a duré trois mois et on a fait tous, tous, tous les studios de Montréal. Michel se promenait avec le 24 pistes dans le métro, j’avais peur que la bande se démagnétise. Il avait déjà commencé à travailler sur ce fameux album qu’on n’a toujours pas entendu.

André : On se battait presque pour être assis à côté de lui, derrière la console, parce que c’était tout un raconteur. Et il avait des expressions qui n’avaient pas de bon sens. Il disait des choses comme : « Ça, les gars, ça va sonner, ça va être a-to-mique ! »

Bruno : Quand on mixait, le son n’était pas à 10, il était à 50. Michel se levait et il allait coller son oreille sur le haut-parleur, puis il revenait à la console corriger des affaires que personne d’autre n’entendait.

Je me souviens aussi qu’une fois, on s’approchait du studio et on entendait bang, bang, bang, comme s’il y avait de la construction. C’était le pauvre Henri, à la batterie, à qui Michel faisait refaire le snare, en lui disant : « Envoye, varge, c’est pas une crêpe. » Henri avait le bras bleu.

La chanson dont vous êtes le plus fier

Yves : Bonjour la police. Jocelyn Therrien, le compositeur [avec Daniel Marsolais], est d’abord un bassiste, et ça s’entend. C’est dansant.

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En novembre 1992

André : Cette idée-là est à la base même de notre volonté de faire des chansons : on n’a jamais voulu faire des chansons comiques, dont très souvent, la musique est elle-même comique. On voulait faire de vraies chansons.

Le genre musical que vous avez le plus de plaisir à explorer

André : Je dirais le style Beatles, parce qu’on s’est vraiment payé la traite. Mais on s’est aussi souvent payé la traite avec Beau Dommage. On a même joué avec eux !

En 1998, pendant la crise du verglas, TVA organisait des caravanes d’artistes qui allaient chanter dans des refuges. On avait répondu à l’appel, mais comme on n’est pas musiciens, c’est Beau Dommage qui avait été nos accompagnateurs.

Ce soir-là, à McMasterville, on a chanté nos parodies de Beau Dommage avec Beau Dommage, puis on a chanté du vrai Beau Dommage, avec Beau Dommage. Je revois Pierre Bertrand, pendant qu’on fait Le picbois, qui me regarde en voulant dire : « Comment ça se fait que tu connais nos harmonies vocales comme ça ? »

L’apport le plus important de Chantal N. Francke et Richard Z. Sirois

Yves : Chantal est devenue une spécialiste des voix de minette et quand on enregistrait Érotico-mocheton, elle faisait aussi des espèces de chuchotements lascifs. C’est un des grands fous rires de ma vie. Son personnage de Mino, c’était direct dessus, d’une fabuleuse précision comique.

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Chantal N. Francke dans les coulisses en septembre 1990

Bruno : Richard, c’est celui qui parlait avec le plus de passion de notre musique. C’est encore notre meilleur ambassadeur.

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En novembre 2011

Yves : Et c’est lui qui, en 1984, a appelé Louise Cousineau [défunte chroniqueuse de La Presse] pour lui dire qu’on avait gagné un prix dans un festival de radio libre en Belgique. C’est son article qui a mené à l’offre que nous a faite CKOI.

Votre meilleur retour

André : En 2000, au Gala de l’ADISQ, Guy avait eu l’idée qu’on présente un pot-pourri façon feu de camp. Et dès qu’on a commencé, la salle s’est levée d’un coup. Ça faisait quelques années qu’on n’avait pas fait d’apparition et c’est là que j’ai réalisé l’impact qu’on avait eu. Quand je suis sorti de scène, j’ai braillé pendant trois, quatre minutes.

La phrase tirée d’une de vos chansons qui vous représente le mieux

Yves : « Re fe le me le », parce qu’on n’arrête jamais d’être de retour.

The Cirque, du 17 juillet au 17 août, à l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières

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