C’est l’histoire d’un gars qui, par un soir de couvre-feu, a lancé un live sur Instagram pour chasser le cafard. Quelques mois plus tard, il quitte sa chambre de Montréal-Nord à la conquête de L’Olympia. Créateur du phénomène web Occupation Hood, Tai se produira sur scène pour la toute première fois… au festival Juste pour rire, rien de moins. À quelques jours du grand baptême, La Presse est allée à sa rencontre.

Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

« Ma mère sait que je fais une entrevue en ce moment ! Je dois la rappeler après… » Tai (Tailaire Laguerre, de son vrai nom) est un jeune de 19 ans tout ce qu’il y a de plus typique, à une différence près : son compte Instagram compte 97 000 abonnés. Et il aura bientôt donné un spectacle à L’Olympia de Montréal.

« C’est complètement fou, ce qui m’arrive. Je ne m’attendais pas du tout à ça. Les gens me reconnaissent dans la rue et demandent de prendre une photo avec moi. Quand ça arrive, je me dis toujours : “Ah ouais ? Tu veux vraiment prendre une photo avec moi ? » », raconte Tai, les yeux pétillants.

Le jeune homme s’est fait connaître cette année grâce à sa série à succès Occupation Hood (reboot satirique de la téléréalité Occupation double) dans laquelle, chaque dimanche, deux inconnus étaient invités à se charmer en direct devant des dizaines de milliers d’internautes. À la fois animateur de foule, arbitre et Cupidon, Tai supervisait le jeu de séduction, y allant de commentaires humoristiques sur les techniques de drague des concurrents.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Tailaire Laguerre alias Tai

Quand j’ai commencé à faire des vidéos, j’y allais avec le flow. Je me disais que s’il n’y avait pas de résultats, j’arrêterais après un an. Mais chaque fois que je faisais des trucs, le monde aimait ça. Alors j’ai continué et j’ai continué, et là, ça commence à payer.

Tailaire Laguerre

La preuve, le Groupe Juste pour rire a offert à Tai de se produire pendant deux heures devant 250 personnes, le 24 juillet prochain. Pour sa première performance devant public, Tai restera sensiblement en terrain connu. Quatre concurrents tenteront sur scène de gagner le cœur de l’invité(e) de la soirée. Les personnes qui souhaitent participer au jeu devront s’inscrire au préalable.

« La différence, c’est qu’en virtuel, tu ne vois pas le public. Sur Instagram, quand le monde rigole, je vois des emojis. Là, je vais voir leur face… » Et s’ils ne rient pas ? « Je continue ! Si je suis capable de faire un live avec 90 000 personnes, ce n’est pas 250 personnes qui vont me déboussoler », affirme l’humoriste en herbe.

Slang, vibe, etc.

Enfant, ses parents l’amenaient au festival Juste pour rire, se souvient Tai. Une décennie plus tard, c’est son nom qui est à l’affiche du festival.

Je suis passé de ma chambre à L’Olympia. Ce n’est pas rien ! Juste pour rire, c’est big pour une première fois. Je ne veux pas rater ma chance. Je veux bien faire ça.

Tai

Ces dernières semaines, il a fait ses devoirs. Il a écouté en boucle les spectacles de Martin Matte, Rachid Badouri et Mike Ward, et préparé une banque de blagues (son spectacle est en grande partie improvisé).

À quelques jours du lever du rideau, il se dit serein, mais aussi « stressé dans le bon sens ». Surtout, il a « vraiment » hâte de monter sur scène. Pas seulement pour lui, mais pour ce que ça représente pour tous les autres Tai du Québec.

« Je veux apporter de la diversité, de la jeunesse. À la télévision québécoise, tout le monde se ressemble. Dans mon show, on utilise notre slang [langage familier], on est nous-mêmes. C’est ce qui fait que les gens ont aimé Occupation Hood, ils ne se sentent pas ridiculisés d’être qui ils sont. Je veux apporter un nouveau vibe », explique le jeune homme d’origine haïtienne.

Génération X et au-dessus, rassurez-vous, le spectacle est accessible à tout âge, selon Tai. « Sur 90 000 personnes qui écoutaient Occupation Hood chaque soir, je ne pense pas que c’étaient juste des petits jeunes. Des collègues de travail de mon père regardaient mon live. Les hommes de son âge trouvaient ça drôle ! », affirme-t-il.

Mais la personne qui rit le plus à ses blagues, c’est probablement sa mère. « Elle est là depuis le début. » Ce soir comme tous les autres soirs, Tai ira la rejoindre dans leur nid familial de Montréal-Nord.

Comme un jeune de 19 ans tout ce qu’il y a de plus typique.

Occupation Hood, à L’Olympia de Montréal le 24 juillet dans le cadre du festival Juste pour rire.

Consultez la page de l’évènement