Rosalie Vaillancourt animera cette année sa propre soirée Carte blanche lors du festival Juste pour rire, le 21 juillet, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts. Une première dans la carrière de l’humoriste qui n’a pas la langue dans sa poche, et qui veut saisir l’occasion de montrer au public qui elle est vraiment.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

« Les cartes blanches, c’est la même chose que les anciens galas Juste pour rire. Sauf que maintenant, les femmes sont en sécurité. »

C’est ainsi que commencera le numéro d’ouverture de Rosalie Vaillancourt, qui a décidé de prendre le taureau par les cornes et de s’attaquer de front au sujet des agressions dans le milieu de l’humour.

« Je pense que c’est justement pour ça que Patrick Rozon est venu me chercher. On ne peut pas faire comme si ça n’existait pas. Mais ce ne sera pas un numéro fâché, ce sera vraiment drôle ! »

C’est en tout cas une sorte de jubilatoire retour du balancier pour Rosalie Vaillancourt, qui fait partie des personnes qui ont dénoncé les agissements de Julien Lacroix dans une enquête publiée par Le Devoir il y a un an. Quand on lui demande si c’est une petite victoire pour elle, elle est catégorique.

« Non, c’est une grosse victoire ! Après l’année difficile que j’ai eue, j’avais besoin de ça, que les gens croient en moi. Mais bon, peut-être aussi que Kat Levac ne voulait pas le faire. C’est sûrement ça qui s’est passé ! »

Assise dans un parc montréalais, la volubile humoriste estime qu’elle n’est plus la même personne que lors de notre précédente rencontre, il y a un an et demi, pour parler de son spectacle Enfant roi. « Juste le titre… », glisse-t-elle.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Rosalie Vaillancourt lors de la première de son spectacle Enfant roi, en novembre 2019

La mort de quatre personnes proches, des tentatives infructueuses pour devenir enceinte, une pandémie qui a coupé son premier one woman show dans son élan, et une immense tourmente médiatique plus tard, l’humoriste qui est sortie de l’École nationale de l’humour à 21 ans estime que tout ça l’a fait mûrir à grande vitesse, mais qu’elle n’en est que « deux fois meilleure sur scène ».

« Quand j’avais 24 ans, je voulais maturer plus vite. Mais là, j’en ai tellement vécu, j’étais comme : “OK, arrêtez de me faire maturer, ça fera !” »

Pas toujours facile de devenir une adulte. Rosalie Vaillancourt acquiesce dans un rare silence. « Je pense que je vais pleurer, là. » Elle essuie une larme en parlant de son spectacle, dont la première avait eu lieu en novembre 2019, et qui n’aura pas connu la vie qu’elle aurait espérée.

J’ai l’impression que ce spectacle est mort en même temps que la pandémie et ça me fait de la peine d’y penser.

Rosalie Vaillancourt

« En même temps, il y a des numéros dedans que j’ai écrits il y a cinq ans, ajoute-t-elle. Le show me ressemble encore et je le trouve hilarant, mais c’est un peu comme si je n’avais pas changé ma photo de profil depuis quatre ans. »

Se faire connaître

L’humoriste touche-à-tout connaît une carrière florissante sur le web – après une comédie musicale lancée pendant la pandémie, elle vient de terminer le tournage d’une (autre) websérie intitulée Complètement lycée, parodie de séries américaines doublées de type Degrassi. Elle est aussi souvent invitée à collaborer à différentes émissions à la télé, comme ce fut le cas avec La semaine des quatre Julie, mais forte d’un changement de gérance, elle a décidé de se consacrer davantage à ses projets personnels, plus particulièrement à la scène, là où elle « excelle le plus ».

C’est pour cette raison que sa soirée Carte blanche représente à ce point pour elle « a time to shine », et que, pour l’occasion, elle travaille sans relâche sur l’écriture et le rodage de deux nouveaux numéros. Surtout que ces spectacles seront ensuite diffusés sur Noovo.

Ça va être la première fois que je vais montrer au grand public c’est quoi, mon humour, mon univers au complet.

Rosalie Vaillancourt

Quand on lui demande de le décrire, elle fait allusion à des humoristes américaines comme Sarah Silverman ou Jenny Slate. « Au Québec, il n’y en a pas beaucoup, des femmes humoristes qui font dans le social et le cute en même temps. »

C’est que sous ses dehors pétillants, Rosalie Vaillancourt aime l’humour qui va juste un peu trop loin et manie l’absurde avec brio. « On ne fait pas souvent le lien entre absurde et intelligent, alors que c’est carrément jouer avec le cerveau des gens ! », dit cette fille d’un père juge et d’une mère vétérinaire pathologiste. Et à l’image d’un Yvon Deschamps qu’elle admire – lui-même est d’ailleurs fan de la jeune humoriste –, elle aime surtout les rires jaunes et les sujets qui dérangent.

Une autre étape

Rosalie Vaillancourt ne regrette pas un instant sa prise de parole dans l’affaire Julien Lacroix. Même si elle est rendue à une autre étape.

« Tsé, je pense que c’est une affaire résolue. J’en ai reparlé en janvier [quand Julien Lacroix est sorti de son silence pour parler de son processus de rétablissement] et après ce post, je me suis dit que c’était la dernière fois que je parlais de Julien publiquement. Je pense qu’il paye en ce moment, et qu’il est vraiment en train de faire des efforts, et que ça ne me sert plus à rien d’en rajouter. Il faut vraiment passer à la prochaine affaire, qui est le sexisme. »

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Rosalie Vaillancourt

J’ai l’impression qu’on me sous-estime un peu. On m’a souvent vue comme la fille blonde un peu jeune qui crie, mais plus ça va avancer, plus j’aurai une voix importante.

Rosalie Vaillancourt

Dans cinq ans, Rosalie Vaillancourt se voit encore pratiquer son métier : « parce que c’est ce qui me rend le plus heureuse ». Elle aimerait aussi devenir productrice – « J’aime ça quand les gens travaillent pour moi ! » –, voudrait partir en tournée avec sa van et son mari – « ben on n’est pas encore mariés, on a reporté ça d’un an » –, rêve de faire de la comédie à la télé avec sa grande complice Katherine Levac ou d’animer une émission d’entrevues du genre Deux hommes en or.

« Ça a l’air prétentieux, mais je veux faire avancer les choses. Si je ne fais plus avancer rien, je vais me tanner et je vais devenir animatrice de… de niaiseries. J’ai envie que ça continue, que les gens me suivent pour des raisons d’idéaux, que je sois de plus en plus capable de donner mon opinion, et que ce soit de plus en plus fort. À un moment donné, si c’est juste pour être cute, l’humour, ce n’est pas ça. Et ça ne va pas rester. »

Le festival Juste pour rire sera présenté à partir du 15 juillet.

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