Le monde des arts est sur pause. Au cours des prochaines semaines, nous parlerons à des auteurs, musiciens et artisans qui ont vu leurs projets chamboulés par la pandémie, histoire de prendre de leurs nouvelles.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

C’est un des humoristes les plus actifs et les plus populaires sur les réseaux sociaux depuis le début de la pandémie. Mais Arnaud Soly vit aussi un « petit deuil » ce printemps, lui qui s’apprêtait à réaliser son rêve de présenter son premier one man show.

Le soir prévu de sa première, qui devait avoir lieu il y a deux semaines au Club Soda, Arnaud Soly a appelé tous les membres de son équipe, un par un, pour leur souhaiter une bonne soirée.

Je regardais mon calendrier avec la date marquée « première » et bien sûr que ça a fait un petit pincement. Mais quand on voit le portrait global de la chose, on constate qu’on est tous dans le même bateau.

Arnaud Soly

Et on relativise. « Il y a des compagnies de théâtre qui ne savent pas si elles pourront présenter des productions sur lesquelles elles ont travaillé. Ma mère est musicienne baroque et ne sait même pas si sa compagnie de musique va survivre à ça, comme plein de petites troupes et de salles de spectacle. »

Bref, en voyant le milieu de la culture écoper de plein fouet, en voyant ses amis devoir reporter des dizaines de spectacles alors que lui en a déplacé seulement une quinzaine, il s’estime quand même chanceux.

« Il y en a qui sont vraiment dans des situations pires que la mienne », dit l’humoriste, qui rodait depuis des mois ce premier one man show mis en scène par Fabien Cloutier. Et qui ne sait vraiment pas de quoi aura l’air son spectacle lors du « retour à la normalité » et de sa première, reportée au 21 octobre.

Je pense qu’il faudra adapter des choses parce que le monde va avoir changé, et c’est mon travail comme artiste d’en parler.

Arnaud Soly

Certaines activités qui nous semblaient banales, par exemple les jeux d’évasion, auxquels il consacre un numéro, prendront certainement une autre dimension. « L’idée de s’enfermer dans une pièce avec des amis, alors qu’on est enfermés chez nous depuis des semaines… Il y a des images de notre quotidien qui sont déjà affectées après un mois, alors imagine après quatre ou cinq ! »

Il avoue cependant avoir de la difficulté à se pencher sur les textes de son spectacle en ce moment, parce qu’il a « juste un peu de peine ».

« Je pense que le temps va faire son travail. Pour l’instant, je me sens un peu comme dans une peine d’amour : je n’ai pas le goût de reprendre avec mon ex parce que j’ai peur de me refaire briser le cœur. Alors je prends mes distances. »

Utile et responsable

De toute façon, Arnaud Soly a de quoi s’occuper en masse. Avec les Instagram live qu’il présente du lundi au jeudi – il compte 80 000 abonnés – et ses capsules vidéo sur Facebook, sa présence sur le web est constante et appréciée. « Je n’ai jamais eu autant de feedback du public. »

> Consultez le compte Instagram d’Arnaud Soly

À coups de « centaines de messages par jour », on le remercie pour sa folie absurde et bienfaisante, qui aide à se changer les idées par rapport à la COVID-19 et à diminuer le stress, lui dit-on.

Les gens ont besoin de ça. C’est difficile à calculer, mais j’ai toujours considéré que l’art est essentiel. Et en ce moment, je me sens utile.

Arnaud Soly

Celui qui aime entrer dans la peau de toutes sortes de personnages se sent aussi une responsabilité en ces temps où les fausses nouvelles circulent à la vitesse de l’éclair. Il a même retiré une vidéo qu’il avait produite en début de pandémie, dans laquelle son personnage de « gars fâché dans son auto » disait aux médias de se calmer parce que « le coronavirus, c’est juste une grippe avec un nom de bière ».

« Le temps a passé et j’ai fini par la retirer parce que les gens la partageaient en disant que j’avais raison, que ce n’était pas sérieux cette affaire-là ! Je me suis dit que ça n’envoyait pas le bon message. »

Bref, malgré la satire et l’ironie, l’humoriste fait bien attention aux propos qu’il véhicule. Quelques jours après notre entretien, il mettait d’ailleurs en ligne une nouvelle capsule délirante intitulée La vérité sur la COVID-19, qui amalgame toutes les marottes des conspirationnistes et autres complotistes – et même plus !

> Visionnez la vidéo sur Facebook

Vue et relayée plus de 24 000 fois, la capsule venait avec cet avertissement écrit : « C’est tellement facile de dire n’importe quoi. J’ai jamais vu circuler autant de désinformation, de fausses nouvelles et de théories du complot farfelues que ces derniers temps. Soyons prudents avec ce que l’on partage. Y’a des vies en jeu. » Il a déploré tout de même dès le lendemain que des internautes n’aient pas compris que c’était un gag.

« Il y a quelque chose de sérieux qui se passe, nous avait-il d’ailleurs précisé lors de l’entrevue. Les artistes ont la chance de mettre un peu de gaieté dans cette crise. C’est mon mandat de faire rire, et c’est en soi un remède, mais il faut faire attention à comment on fait rire. En ce moment, ce n’est pas à tout prix. »

Les suggestions d’Arnaud Soly : des œuvres à découvrir pendant le confinement

Musique

Naked, d’Aliocha

« C’est accrocheur, les arrangements sont très efficaces et la voix du chanteur est envoûtante. »

Lecture

L’œuvre de Jean-Philippe Baril Guérard

« J’ai dévoré ses trois livres. Dans une écriture limpide, l’auteur nous présente des récits réalistes, truffés de personnages délicieusement détestables. »

Série

Big Little Lies

« Série superbement réalisée par Jean-Marc Vallée, scénario très bien ficelé et performances d’actrices extraordinaires. »