Le monde des arts est sur pause. Au cours des prochaines semaines, nous parlerons à des acteurs, auteurs, musiciens et artisans qui ont vu leurs projets chamboulés par la pandémie, histoire de prendre de leurs nouvelles.

Stéphanie Morin Stéphanie Morin
La Presse

Le printemps de Laurent Paquin s’annonçait particulièrement chargé.

Il devait sillonner le Québec pour les dernières représentations de son spectacle Déplaire et pour la tournée d’On va tous mourir, une comédie à sketches écrite avec Simon Boudreault. Les répétitions de la pièce Le dîner de cons, prévue tout l’été 2020 à Drummondville, étaient sur le point de s’amorcer. « Et je commençais le tournage d’une websérie que j’ai écrite pour Tou.tv quand le confinement a débuté. »

Bref, l’agenda de l’humoriste s’est vidé d’un coup, mais ce dernier sait qu’il fait partie des privilégiés en ces temps où tant d’artistes voient le tapis leur filer sous les pieds.

Tout ou presque a pu être remis : Le dîner de cons sera repris à l’été 2021 et toutes les dates des deux spectacles ont pu être reportées, à une ou deux exceptions près. Je suis béni !

Laurent Paquin

Le tournage de la websérie, une comédie romantique à sketches intitulée Je t’aime, devrait aussi se remettre en branle une fois le confinement terminé. Laurent Paquin y partagera la vedette avec la comédienne Geneviève Alarie.

Mais d’ici là, comme se passe la vie de confiné ? « Elle se passe plutôt bien. J’essaie de transformer ce temps en quelque chose de positif. Je prends du temps pour moi, je prends du temps pour ma famille [il a un fils de 14 ans et une fille de 8 ans]. Je dois dire que je suis bon pour prendre des vacances, pour ne rien faire pendant un bout… »

Après une première semaine où la motivation était au plus bas – « Je n’avais pas le goût de faire grand-chose ! » –, il a senti monter un devoir de créer, de travailler. Parce que le confinement, ce n’est pas des exactement des vacances…

Résultat : il écrit du nouveau matériel et, surtout, il joue de la musique plus que jamais.

« Actuellement, je travaille avec le musicien Éric Desranleau. J’ai notamment écrit une chanson plus sérieuse que celles que je fais d’habitude. » Pour partager le fruit de son travail avec son ami de longue date, il a décidé de tourner une vidéo dans sa cuisine alors qu’il s’accompagnait au ukulélé. Éric Desranleau a demandé à des amis musiciens d’ajouter leur touche à la chanson. Le résultat, une sympathique vidéo à huit mains, a été mis en ligne cette semaine sur la page Facebook officielle de Laurent Paquin.

L’humour au temps du virtuel

L’humoriste alimente régulièrement cette page Facebook avec des capsules humoristiques, dont le nombre de visionnements se compte par milliers. Une chanson en duo avec Marie-Élaine Thibert où il est question de « surproduction de mucus » pour rimer avec coronavirus. Un slam du confiné très inspiré qu’il signe de son nom d’artiste, Gros corps malade… Pas de complainte ni de grincements de dents ici. « C’est certain qu’il y a des choses qui me contrarient, je vais passer une couple de mois sans avoir une cenne qui rentre, mais je ne peux pas me plaindre en sachant que beaucoup de gens perdent leur travail ou vont faire faillite. »

Il cite notamment les serveurs et serveuses du Bordel Comedy Club, dont il est copropriétaire, qui se retrouvent sans emploi, et ce, pour toute la durée de la crise. « Ce ne sont pas des gens qui ont une pile de cash… »

Laurent Paquin a aussi l’occasion d’apparaître à l’occasion au WiFi Comédie Club de l’humoriste Phil Roy. Sur cette plateforme virtuelle, Phil Roy rode son nouveau spectacle plusieurs fois par semaine, devant de 80 à 100 personnes qui se sont préalablement enregistrées en ligne.

Il a demandé à des amis, dont Laurent Paquin, d’en assurer la première partie. « Le spectacle se fait sur Zoom, explique Laurent Paquin. J’ai testé du nouveau matériel pour un éventuel prochain one-man-show. C’était bizarre au début, mais finalement, ça marche bien. On peut interagir avec les gens qu’on voit à l’écran. Ça nous oblige à trouver une autre façon de créer. »

Il profite aussi de ses temps libres pour découvrir une nouvelle console qui lui permettra, lorsqu’il se sentira prêt, de faire des balados, l’un des rares moyens d’expression auxquels il n’a pas encore touché. Bref, Laurent Paquin ne broie pas du noir. Il voit même du positif à la situation actuelle : « Les enfants se chicanent moins qu’avant le confinement, on dirait ! »

Les suggestions de Laurent Paquin

Des œuvres à découvrir pendant le confinement

Livre : 

« Je viens d’acheter le livre de Léa Stréliski, La vie n’est pas une course. Ça fait partie de mes projets de lecture. Je trouve que le titre est tout indiqué pour cette période de confinement. Parce que la vie n’est pas une course ! Le coronavirus nous a forcés à nous en rappeler. »


Télé : 

« Présentement, j’écoute la sitcom canadienne Schitt’s Creek créée par Eugene Levy et son fils. C’est hilarant ! Les personnages sont hyper attachants, ce sont des millionnaires qui, après avoir tout perdu, vivent dans un motel dans un bled perdu appelé Schitt’s Creek. »


Musique : 

« Je me suis rééquipé pour écouter des vinyles et je passe beaucoup de temps sur l'internet pour refaire ma collection de disques de Plume Latraverse. En chanson, Plume est mon idole, comme Yvon Deschamps l’est en humour. Je ne comprends pas que tous ses disques n’aient pas été réédités… »