Le spectacle Les fleurs du tapis marque le retour de Rachid Badouri. Un retour sous le signe du renouveau. L’humoriste est un homme changé. Même si, sur scène, il reste fondamentalement le même, soit cet as du comique au jeu si typique.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Sur une chanson que Loud a composée expressément pour son spectacle, Yet Here We Are, Rachid Badouri est arrivé devant son public comme une rock star entre en scène. Après une excellente mise en bouche assurée par Mike Beaudoin, L’Olympia a acclamé avec vigueur celui qui avait lancé son dernier spectacle solo, Badouri rechargé, il y a maintenant sept ans.

L’humoriste, vêtu d’un chandail à capuche noir, était vraisemblablement heureux d’être là. C’est d’ailleurs la première chose qu’il laisse savoir à son auditoire. Il s’agit de son troisième spectacle, et Rachid Badouri est reconnaissant. « Grâce à vous, j’ai une carrière », a-t-il dit à la foule.

Pour ce spectacle solo, Badouri n’a pas misé sur un décor simple. Devant un mur de briques (non sans rappeler l’image classique du stand-up américain) sont placés un tabouret et un pied de micro, mais aussi trois rangées de projecteurs et des coffres de tournée. Une conception visuelle bien pensée, signée Francis Laporte. Rachid Badouri a su bien s’entourer pour ce spectacle : la script édition, elle, est revenue à Laurent Paquin.

Avec Les fleurs du tapis, on retrouve avec plaisir un Rachid Badouri en pleine forme. Celui qui plaît depuis des années. On renoue avec sa gestuelle, ses mimiques, ses grimaces, son intensité. Badouri passe de l’humoriste à l’acteur. Il raconte, puis il met en images.

Il le dira dans la soirée, il est du genre surexcité. Toute cette énergie lui sert bien, elle est contagieuse. Force est de constater, toutefois, que malgré des attributs qu’on lui reconnaît, on rencontre aussi un Rachid Badouri plus posé, plus mûr.

Casser les préjugés

L’histoire est désormais connue : Badouri s’est rendu compte des conséquences de ses actes, lui qui a longtemps été une personne « insupportable ». Il a travaillé sur lui-même. Il cherche maintenant le rachat. 

Mais si c’est tout ce dont l’humoriste a parlé lors de ses sorties publiques récentes, il ne touche le sujet qu’en fin de prestation. 

L’humoriste a d’abord parlé des préjugés sur les Arabes… et le genre de personnes qui nourrissent ces opinions préconçues. Il a discuté du fardeau de redorer cette image de « voleurs » ou de « terroristes » qui leur est accolée.

Plus tard, il abordera de nouveau l’intolérance, avec habileté. En parlant de racisme et d’homophobie, il déconstruit les logiques de ceux qui détestent les autres parce qu’ils ne sont pas comme eux.

Le segment suivant, qu’on nommera « Nous, les Arabes », tombe dans le mille. Il fait appel à des références universelles. On ne peine pas à s’imaginer les personnages dont il parle, les situations qu’il dépeint.

Il montre le meilleur de lui-même, en s’en donnant à cœur joie dans l’imitation des divers acteurs de ses histoires. Chaque anecdote amène un nouveau protagoniste. Sa mère, son père, sa femme, un très réussi Louis-José Houde, son bébé naissant, « Jess d’Instagram », un Parisien…

C’est ce qu’il fait de mieux, ce qui soutire le plus de rires à l’auditoire. Il mise adroitement sur ce tableau, sans trop en faire.

De mieux en mieux

Ce troisième spectacle de Rachid Badouri s’améliore au fil des numéros.

Le Québécois d’origine marocaine ne fait pas que des blagues. Il navigue parfois entre plusieurs sujets sensibles. Si ça mène toujours à un gag, il se permet de donner son opinion honnête sur la présence de diversité à l’écran, sur la surmédication, sur le salaire des éducateurs spécialisés, dont sa femme.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Rachid Badouri

« Ma femme est sous-payée pour faire sa job d’éducatrice, son chum est surpayé pour vous raconter des blagues ce soir », a-t-il lancé. C’est drôle parce que c’est vrai.

Parlant de sa femme, le numéro sur son accouchement est hilarant. Tout comme lorsqu’il aborde son désir (à lui) d’avoir un deuxième enfant (une décision qui n’est pas la sienne, reconnaît-il).

Sa petite fille de 6 ans, en tout cas, sera outillée pour se défendre, dit-il. Il l’a inscrite aux MMA (arts martiaux mixtes), et si elle finit par tuer un hypothétique agresseur, il lui apportera des biscuits en prison en la félicitant. 

Badouri changé

Durant certains segments, le spectacle devient une sorte d’examen de conscience. L’humoriste en profite pour se remettre en question. Il regrette d’être parti « faire sa Céline dans les Europes juste après l’accouchement [de sa femme] ».

Rachid Badouri raconte avoir été malade (des cellulites), avoir eu à subir un traitement par intraveineuse. Puis est arrivée la nouvelle des taches sur les poumons, la crainte d’avoir un cancer et le calvaire des tests médicaux.

Le public a aimé entendre la fois où il a appris que le nom de son médecin était Nguyen : « Moi, le défenseur de la diversité, sous la forte onction de la peur de mourir, je suis devenu raciste pendant 37 secondes », admet-il. 

Badouri imite tout le monde, se moque de tous, même de lui-même. C’est quand il a eu peur de mourir que sa femme lui a dit qu’il devrait penser à sa façon d’agir, au fait qu’il se comportait comme « un vrai trou de cul ».

Il s’explique, raconte ce qui l’a mené à devenir cette personne désagréable. Le contraire du personnage qu’il montrait en public. Il retrace ses difficultés, le début de sa carrière et le moment où il est devenu « un péteux de broue et un péteux de coches ». Cette fois, c’est « l’ancien lui » qu’il imite. C’est plus que l’autodérision à laquelle certains humoristes se prêtent. Il se montre franchement sévère envers lui-même. Avec raison.

Le spectacle Les fleurs du tapis est bien structuré, bien raconté. C’est un one-man-show parfois touchant, sincère (on espère) et presque infailliblement drôle.