L’humoriste Pascal Cameron a été invité par le Leicester Comedy Festival, en Angleterre, à présenter son spectacle, en anglais, lors de deux soirées. Une première expérience hors Québec pour lui, qui lui demandera de se mettre en danger. Une occasion, également, de découvrir « ce qui se fait ailleurs ».

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Ce n’est pas la première fois que Pascal Cameron présente la version en anglais de son spectacle, Boules de poils (devenu Hair Balls). Il l’a déjà fait à Montréal. Jamais chez les Britanniques, toutefois. 

« Le spectacle va être à peu près similaire, mais en faisant la traduction vers l’anglais, certaines choses sont à changer, explique-t-il, à l’autre bout du fil et de l’océan Atlantique. Les jeux de mots, par exemple, sont à proscrire ! »

L’humoriste de passage en Angleterre entend aussi aborder la culture locale. Il parlera notamment du Brexit et de la livre sterling, si chère par rapport à notre dollar. Mais son spectacle n’aura pas beaucoup à changer parce qu’il aborde peu, à la base, les références culturelles propres au Québec. « Je n’ai pas 12 minutes de blagues sur la poutine, lance-t-il. Je parle du fait de dire son premier “je t’aime”, de l’empathie, du traitement que l’on réserve aux personnes âgées… » 

Des sujets « un peu champ gauche », mais surtout universels, qu’il présente en les ancrant dans des situations de la vie de tous les jours. 

Il tentera de faire rire le public du Leicester Comedy Festival à l’occasion de trois soirées de style comédie club, auxquels d’autres humoristes participeront, puis en présentant son spectacle solo deux soirs de suite.

Étudier les autres

Pascal Cameron a un style d’humour qu’il décrit comme « cynique ». Un « humour noir naïf », nous dit-il. Le genre qui pourrait bien plaire au public anglais. « Souvent, quand ils sortent du Québec, les humoristes préfèrent aller en France. Moi, je vise le public anglophone, qui, culturellement, nous ressemble plus, malgré la barrière de la langue », estime-t-il.

Malgré tout, cela reste une première expérience. Nul ne sait, au moment de notre entretien, comment le public recevra ses gags. « Je suis apeuré », lâche l’humoriste dans un élan de franchise qui le reprendra quelques fois au cours de l’entrevue.

Il est 10 h à Montréal. Lui s’apprête à monter sur scène, à Leicester. Il se sent comme à ses débuts en humour. « Personne ne me connaît, je me présente dans une langue qui n’est pas la mienne. C’est comme si je recommençais à zéro. Je me suis même demandé ce que je faisais ici », admet-il. La réponse à cette question est simple : avoir l’occasion de se mettre en danger et de repousser ses limites est une bonne chose, affirme Pascal Cameron.

Lorsqu’une productrice de Leicester, l’ayant vu sur la scène du ComédiHa! à Québec, lui a proposé de se présenter au festival anglais, il a saisi l’occasion. « Je veux découvrir ce qui se fait ailleurs, dit-il. Découvrir la culture, de quoi les gens parlent, et comment ils en parlent, du point de vue de la liberté d’expression en humour. C’est de l’étude. »

Un parcours plus ardu

Pascal Cameron a une règle simple lorsqu’il écrit : « On ne peut pas rire de tout, mais on peut avec tout le monde. » 

Ça vient délimiter ce que je fais. Si je ris avec quelqu’un, je vais me le permettre. S’il est question de rire de quelqu’un, de me placer au-dessus d’eux, je ne vais pas là.

Pascal Cameron

Diplômé de l’École nationale de l’humour en 2011, il est conscient d’avoir emprunté un chemin plus difficile en faisant de l’humour noir. « Dans un petit marché comme le Québec, ce n’est pas simple d’attirer un large public avec ce genre de numéros », observe-t-il. Il gagne sa vie grâce à son art depuis quelques années et sait que les humoristes qui « survivent » dans la grande marée québécoise sont souvent ceux qui peuvent offrir « quelque chose de différent ». « Il te faut plus qu’une blague, mais aussi une personnalité, un point. Pour que les gens veuillent voir la personne, pas seulement des blagues, et te choisissent toi plutôt qu’un autre », dit Pascal Cameron.

Ce qui l’a d’abord attiré vers une carrière en humour, à la fin des années 2000, c’est la liberté artistique. « On ne dépend que de nous, estime-t-il. Je ne négocie avec personne, mis à part le public. C’est le fun de pouvoir faire réfléchir et changer des mentalités avec des blagues. De prendre des choses dures à digérer et de créer un rire. »

Boules de poils est sa troisième création. Chaque année, il présente un numéro au Zoofest et il espère le faire de nouveau cet été avec un spectacle inédit écrit ces derniers mois. Alors, il pourra le fusionner avec Boules de poils pour créer un one-man-show d’une heure et demie. D’ici là, d’autres spectacles, en français et en anglais (peut-être dans le cadre de Just For Laugh) sont prévus à Montréal.

La deuxième saison du balado humoristique de Pascal Cameron, Ark, sera offerte en avril. L’humoriste sera aussi en spectacle le 29 mars au Bordel.