Après quelques semaines de compétition, on a appris jeudi soir que c’est l’humoriste Simon Delisle qui a remporté la compétition télévisée Le prochain stand-up, enregistrée l’été dernier. Dix ans après ses débuts dans le milieu, celui qui écrit surtout pour ses pairs gagne l’occasion de mener sa propre carrière sur scène plus loin que jamais.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Comment se sent-on après avoir été couronné premier grand gagnant du Prochain stand-up ?

C’est une belle tape dans le dos. Ça fait 10 ans que je suis dans le milieu de l’humour. J’ai toujours fait des shows, mais je travaillais beaucoup plus comme auteur. C’est quelque chose que j’aime beaucoup faire, mais la scène va toujours rester mon premier amour. Et je l’avais un peu laissée de côté. Les contrats d’auteurs étaient plus présents, j’ai des enfants, il faut gagner sa vie. Je cherchais une façon de recommencer à faire plus de scène. Avec cette émission-là, je me suis dit que c’était une belle occasion d’aller chercher de la visibilité, d’aller chercher beaucoup de nouveaux fans qui ne me connaissent pas encore. Je ne me suis pas inscrit en me disant que j’allais voir ce que ça allait donner. Je me suis inscrit pour gagner, je le dis humblement. Alors quand ça s’est fini, j’étais très fier d’avoir gardé ma concentration, d’avoir travaillé fort, d’avoir montré mon expertise dans le domaine que je peaufine depuis 10 ans. J’ai fini avec un grand sentiment de travail accompli et de fierté avant tout. Beaucoup de joie aussi.

En plus de votre expérience, qu’est-ce qui vous a démarqué ?

J’ai vraiment vu ça comme quatre concours [la compétition était divisée en quatre rondes]. Je voyais chaque étape comme un concours différent et il fallait que je recommence chaque fois. Après la première étape, ça avait bien été, les commentaires étaient bons, je me disais que tout était à refaire pour la deuxième ronde. Certains ont aussi fait l’exercice de se dire qu’ils ne prendraient pas leur meilleur numéro tout de suite, pour le garder pour plus tard. Je pense que c’était une mauvaise idée, parce que chaque étape était un concours en soi. […] J’avais aussi l’avantage de pouvoir piger dans des numéros que j’avais. Je travaille là-dedans depuis longtemps et j’avais des numéros qui étaient commencés, des petits gags par-ci par-là que j’ai pu revisiter. L’expérience était un atout, mais j’aurais pu m’en servir pour me reposer sur mes lauriers. Mais pas du tout, je prenais ça au sérieux à chaque étape. Peu importe qui j’affrontais, j’y allais le couteau entre les dents, comme si c’était la dernière ronde.

PHOTO FOURNIE PAR VIVIEN GAUMAND

Simon Delisle sur le plateau du Prochain stand-up.

Pouvez-vous nous parler de votre numéro final, dans lequel vous retracez votre vie, votre parcours, et qui se termine sur une note émotive plutôt que comique ?

C’est un numéro que je ne pouvais pas faire ailleurs que dans un concours comme ça. Ce n’est pas un numéro que je pouvais roder. C’était très custom. Au début de l’été, je suis allé au podcast de Mike Ward avec Maude Landry et je parlais de toutes les embûches que j’ai eues dans mon parcours, de mes problèmes de santé. Et Mike me disait que c’était donc bien intense tout ce qui m’est arrivé, mais que c’était drôle aussi. Il m’a dit que je devrais raconter ça. Ça m’arrive de le faire sur scène, mais toujours des petits morceaux, par-ci par-là. Là, je voulais que le numéro soit à propos de moi. Pas mon cheminement psychologique sur tel sujet, mais vraiment ce qui s’est passé de ma naissance jusqu’à cette finale, de manière condensée évidemment. Ça fait 10 ans que je fais ça, j’ai été refusé quatre fois à l’École de l’humour. Il y a beaucoup de résilience et de persévérance dans mon parcours. Ça fait longtemps que je jongle avec l’idée de faire quelque chose avec ça. Mais j’avais toujours peur que ça tombe dans la pitié, je ne voulais pas avoir l’air du petit chien battu. Je voulais quelque chose de motivant, pour montrer que quand ça va mal, on se relève et il ne faut pas lâcher. Le but n’était pas de faire crouler le monde de rire, plutôt de montrer une autre facette de moi, de me livrer à nu à 100 %, avec un message positif à la fin.

Quelle est la suite pour vous, maintenant que vous avez gagné Le prochain stand-up ?

Ça va dépendre de ce qu’on va nous permettre de faire dans les prochains mois. Je vais être chroniqueur à l’émission du retour d’Énergie avec Jonathan Roberge et Stéphane Rousseau. J’aimerais que ce soit le début d’une aventure parce que la radio, c’est quelque chose que je veux faire depuis longtemps. Sinon, dès qu’on va pouvoir, je vais faire quelques dates de show en solo reportées par la pandémie. Ça va être mon rodage pour le show que je vais présenter à Juste pour rire l’été prochain. Je vais aussi faire des chroniques de façon sporadique sur le blogue de C’est juste de la TV. Ça fait deux mois que j’ai gagné [l’émission est présentée en différé], mais je vais vraiment savoir à partir de [la diffusion], jeudi, ce qui va me revenir de ça. Est-ce qu’on va plus m’inviter à jouer au Tricheur ? [rires] J’espère que des gens qui ne me connaissaient pas m’auront vu et vont me donner ma chance. J’espère que ça va m’amener plein de beaux projets.