Le milieu de l’humour commence un discret retour sur les scènes. Alors que des spectacles de Laurent Paquin et Mario Jean seront présentés au Théâtre des Pays d’en haut à Saint-Sauveur à compter de la mi-juillet, deux salles de la région montréalaise ont amorcé depuis deux semaines le Projet parallèle, qui met en vedette des humoristes comme Louis-José Houde, Julien Lacroix et Maude Landry.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

« On a commencé la semaine dernière, et c’était très agréable », dit Benjamin Phaneuf, producteur du Projet parallèle, tournée de « soirées d’humour éphémère » qui réunit chaque soir trois humoristes établis ou de la relève, qui font des prestations d’une vingtaine de minutes chacun.

« J’avoue que j’avais beaucoup de réserves, avec des salles à 30 % de leur capacité, dit Benjamin Phaneuf. Mais ç’a été au-delà de nos attentes. » À ce jour, des spectacles ont été présentés devant des publics restreints de 40 personnes, au Lion d’Or à Montréal et à la salle Fenplast de Longueuil, qui est située dans le Collège Charles-Lemoyne.

Des spectacles auront encore lieu à Montréal et à Longueuil, alors que d’autres ont été annoncés au Vieux-Clocher de Magog à compter de la mi-juillet, et aussi, sans précision de dates, dans plusieurs villes comme Brossard, Québec, Gatineau et Trois-Rivières. Dans ces cas, on compte sur un allègement possible des mesures sanitaires qui permettraient de passer de 50 à 250 personnes maximum.

« On espère vraiment que c’est ce qui va arriver, dit Benjamin Phaneuf, mais en temps de pandémie, tout est possible. Et nous sommes prêts à faire des changements de date si nécessaire. Ça fait déjà quatre mois qu’on fait juste ça, déplacer des spectacles ! »

200 spectateurs

Le promoteur des spectacles de Laurent Paquin et de Mario Jean à Saint-Sauveur, Pierre Legault, n’a pas attendu ce changement dans la réglementation pour accueillir jusqu’à 200 personnes par représentation au Théâtre des Pays d’en haut, dont la capacité maximale est de 850 spectateurs.

Fort d’un permis de restauration qui ne lui impose pas une limite de 50 spectateurs à l’intérieur, il propose un spectacle en formule cabaret, avec une cinquantaine de tables de quatre personnes chacune et un menu allégé, sans alcool.

« C’est possible de le faire si la salle est aménagée en restaurant avec service aux tables. À ce moment, ce sont les règles sanitaires de la restauration qui s’appliquent », confirme Marie-Claude Lacasse, des relations avec les médias du ministère de la Santé et des Services sociaux, précisant que « pour accueillir 200 personnes avec des tables espacées de deux mètres, il faut que ce soit une grande salle ».

De son côté, Pierre Legault n’a pas l’intention de lésiner sur la sécurité.

On rentre avec toutes les mesures rigoureuses et religieuses. Il y aura attente avec distanciation avant d’entrer dans la salle, lavage de mains, accompagnement aux tables. Il n’y aura pas d’entracte et tout sera désinfecté après chaque spectacle.

Pierre Legault, promoteur des spectacles de Laurent Paquin et de Mario Jean à Saint-Sauveur

Des masques seront fournis aux personnes qui auraient oublié le leur, et les récalcitrants ne pourront pas entrer dans la salle. « Tu ne veux pas mettre le masque ? On te refuse. Mais les gens seront remboursés. »

À ses yeux, il était important d’être hyper rigoureux, car il constate que les gens ont besoin d’être rassurés avant de remettre les pieds dans une salle de spectacle. « Quand on leur dit qu’on va être plus sévères que sévères, ils sont contents. »

C’est ce que croit aussi Benjamin Phaneuf. « Les gens veulent aller voir un spectacle sans avoir l’impression que leur vie est en danger… » Les règles sanitaires sont donc strictement suivies par l’équipe du Projet parallèle, explique-t-il.

« C’est full sécuritaire, les gens arrivent masqués, ils enlèvent leur masque en s’assoyant à leur table, le spectacle dure une heure, il n’y a pas d’entracte, tout a été simplifié pour que ce soit l’fun pour tout le monde, dans la salle, mais aussi du côté de la technique. »

Un test

Selon Benjamin Phaneuf, ces représentations à 40 spectateurs dans des salles pouvant en accueillir 120 ou 200 sont un test pour la suite, et la preuve que les salles, si elles sont consciencieuses, pourront accueillir davantage de gens sans danger.

Je vois comment ça se passe, et si on augmente à 250 spectateurs dans des salles pouvant en contenir 800 ou 1000, il n’y en aura pas de problème.

Benjamin Phaneuf, producteur du Projet parallèle

« L’autre jour, je suis allé dans un magasin à grande surface, j’ai eu pas mal plus peur là que dans n’importe quelle soirée qu’on a faite. Ça n’avait aucun rapport, les employés n’étaient pas masqués, les gens se parlaient proche, c’était n’importe quoi », raconte M. Phaneuf.

Ce qu’il a constaté aussi, c’est que non seulement le public avait envie de revoir de spectacles, mais aussi que l’ambiance était chaleureuse malgré le petit nombre de spectateurs.

« Même les artistes anticipaient le pire. On parle d’humoristes qui ont l’habitude de faire d’énormes salles pleines. Mais ils ont été étonnés de voir à quel point ils avaient un bon sentiment sur scène, que c’était agréable même avec peu de gens. »

« Retrouver la forme »

L’intérêt de cette série de spectacles était aussi pour Benjamin Phaneuf de permettre aux artistes de « retrouver la forme », après de longs mois d’inactivité.

« Comme ça, quand ça reprendra, ils seront prêts. On voulait faire travailler les techniciens aussi, et ça, c’est une grande fierté pour nous. » Bien sûr, c’est loin d’être le projet le plus payant de sa carrière, mais en ce moment, ajoute-t-il, « tout le monde perd de l’argent ».

« Mais c’est correct. On savait qu’on allait perdre de l’argent avec ça ou que, si on arrivait even, on serait contents. L’idée, c’était que les artistes jouent et que notre monde travaille. Quand on tombera dans des salles plus grandes, il y aura peut-être des bénéfices. »