Si les discours de remerciement, sur scène, lors de la réception d’un prix, doivent être brefs et sont teintés par l’énervement du moment, il est toujours intéressant de parler aux gagnants en coulisses. La Presse s’est entretenue avec quatre gagnants de la soirée des Olivier à leur sortie de scène, ainsi qu’avec les deux animateurs du gala.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Mike Ward et les médias

L’industrie et le public ont tranché : malgré toute la controverse, malgré la récente décision de la Cour d’appel, Mike Ward et la défense de la liberté d’expression ont fait l’unanimité dimanche soir. L’humoriste a remporté les quatre prix à sa portée. Il n’a toutefois pas souhaité s’adresser aux médias à la suite du gala. Après avoir parlé sur scène d’un certain acharnement sur sa personne de la part des médias, l’humoriste a fait une brève apparition en salle de presse, le temps de poser pour quelques photos, avant de s’éclipser aussi vite. Dans ses remerciements, un discours-fleuve, il a abordé en long et en large le sujet qui anime la place publique et le milieu de l’humour depuis maintenant trois ans (et de nouveau ces dernières semaines). « En humour, on a le droit de rire de tout. La seule chose qui devrait compter, c’est le contexte et l’intention, a-t-il notamment déclaré. C’est pour ça que je veux continuer à me battre et que je veux aller en Cour suprême. »

La découverte de l’année : Sam Breton

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE


Sam Breton

Des humoristes, il n’en manque pas au Québec. Surtout ces dernières années. Pourquoi Sam Breton s’est-il démarqué dans la catégorie Découverte dimanche ? Difficile à dire, a-t-il répondu, avouant que « ça aurait pu être n’importe qui d’autre ». Sam Breton sait toutefois que son humour se démarque parce qu’il fait fi de toute cette compétition autour de lui. « Je pense à moi seulement, et plus je pense à moi, plus j’écris des choses qui me ressemblent, affirme l’humoriste. J’arrive à un produit très “sambretonnesque”. » En nomination avec Guillaume Pineault, Christine Morency, Philippe-Audrey Larrue-St-Jacques et Arnaud Soly, c’est lui que l’industrie a choisi, qu’il se l’explique ou non. « C’est un beau vote de confiance, a-t-il déclaré juste après avoir reçu son trophée. C’est comme quand tes beaux-parents t’apprécient et qu’à ton premier Noël avec eux, tu reçois un cadeau à 200 $ plutôt qu’une carte-cadeau de 25 $ : ça vient officialiser la chose. »

La nouvelle venue Catherine Éthier

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Catherine Éthier

Catherine Éthier est l'une des seules femmes à avoir remporté un prix (pour sa capsule radio) durant le Gala Les Olivier. « J’arrive à peine [dans le milieu], mais je pense que ça ne prend pas énormément de temps pour voir qu’il manque des femmes. Juste à voir les line-up de soirée d’humour, c’est très masculin. Je suis pour qu’on fasse cet “effort”, pour qu’on ait conscience qu’il manque de filles. Il y a d’excellentes humoristes. Il n’y a aucune raison que les filles ne soient pas plus représentées dans les spectacles. Et avec un trophée dans les mains ! » S’il s’agit de son premier Olivier (et pour de la radio), la chroniqueuse veut faire son entrée officielle sur scène prochainement, a-t-elle dit. Elle prépare un spectacle, qui sera « entre le théâtre et l’humour », proche de sa personnalité. « Avant, ça me terrifiait [de monter sur scène]. Là, j’apprivoise ça. […] J’aime le contact avec les gens, les échanges, les improvisations. On est nourris par le rire. C’est très grisant. »

Julien Lacroix pour la capsule web de l’année

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Julien Lacroix

Julien Lacroix a été découvert grâce au web. Et, dimanche encore, c’est grâce à une capsule web qu’il est reparti des studios de Radio-Canada un Olivier en main. « Le web me permet de rejoindre tellement plus de monde, a-t-il observé. Avec Louis-José [dans une récente capsule], on a fait un million de vues en une semaine et demie ! Tu rejoins des gens que tu ne pourrais pas rejoindre sinon. » En sortant de scène hier pour s’adresser aux médias, Julien Lacroix, les yeux brillants, avouait ne pas croire à cette carrière qui ne cesse de prendre du galon. « Je montais sur scène et je tremblais, a raconté celui qui sautait de joie, en salle de presse, en voyant à l’écran la victoire de Mike Ward. Je suis encore intimidé par les gens avec qui je suis en nomination, avec qui je travaille. On dirait que je suis encore un gamin impressionné par tout le monde. »

Lise Dion vend encore et toujours

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Lise Dion

Un 12e Olivier en carrière en main, Lise Dion a tout de suite exprimé sa reconnaissance envers son public, à qui elle doit tout, a-t-elle dit. Car l’humoriste de 64 ans a beaucoup craint d’être dépassée en présentant son quatrième spectacle, Chu rendue là. « Des fois, tu vois les jeunes arriver et tu te demandes si ton temps est fini, a-t-elle avoué. Je me dis que je commence à faire partie de la vieille gang. Quand tu vieillis, tu as peur de ne plus être à la hauteur. Mais on me confirme que je suis à la hauteur. » Avec 100 000 billets vendus avant même d’avoir lancé son spectacle, Lise Dion peut immanquablement compter sur ses fans. C’est à eux qu’elle pense, a-t-elle dit, lorsqu’elle écrit certains gags. « Je me demande ce qu’ils vont aimer, ce qu’ils ne vont pas aimer, a dit l’humoriste. Mon public et moi, c’est une histoire d’amour. J’en prends soin, et ils prennent soin de moi. » Elle ne sait pas encore si ce spectacle sera le dernier. Parce qu’elle terminera la prochaine tournée à 65 ans. Mais aussi parce que ça ne lui « tente pas d’écrire tout de suite de nouvelles affaires ».

À l’animation : Pierre Hébert et Philippe Laprise

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Philippe Laprise et Pierre Hébert

Pour la deuxième année de suite, Pierre Hébert et Philippe Laprise se sont chargés de l’animation des Olivier. Leur meilleur moment du gala ? Il y en a eu plusieurs, mais « l’effet Mike Ward a été extraordinaire », a convenu Philippe Laprise. « Qu’il prenne la parole, qu’il dise les choses et qu’on comprenne une fois pour toutes ce qui est en train de se passer, c’est important. » Philippe Laprise a confié avoir été ému après le discours de Ward. Pour lui, la cérémonie passera à l’histoire. Une cérémonie qui a été moins stressante cette année parce qu’ils savaient la charge de travail que cette animation impliquait. « On ne le ferait pas seul, a déclaré Pierre Hébert à la fin du gala. J’arrive en équipe sur scène. » « On travaille tellement bien ensemble, dans le respect, a ajouté Philippe Laprise. Il faut savoir bien se dire les choses quand ça ne marche pas. On est bons pour être doux l’un envers l’autre. »