Il y a 10 ans, Uncle Fofi mettait sur pied le Couscous Comedy Show, spectacle qui a notamment servi de banc d’essai à des comiques issus de la diversité comme Mariana Mazza, Mehdi Bousaidan ou Roman Frayssinet. Retour sur une aventure qui a changé la face de l’humour québécois.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Uncle Fofi se rappelle ce qu’on lui a répondu après son tout premier essai comique au Saint-Ciboire, il y a un peu plus de 10 ans : on a un spot de cinq minutes de disponible… dans huit mois. Son orgueil en a pris un coup. Son impatience aussi. Il voulait jouer, lui. Là, maintenant. Pas attendre son tour.

Il n’y avait pas tellement d’endroits pour les comiques en herbe à l’époque. Encore moins pour ceux nés ailleurs ou de parents venus d’ailleurs…

Uncle Fofi, né en Algérie et élevé surtout en France, ne crie pas au racisme pour autant. Il croit plutôt que les programmateurs craignaient un décalage entre le public et ses références à lui. Ou qu’il n’y ait pas de place pour plus d’un comique aux origines maghrébines au Québec. « Il y avait déjà Rachid Badouri », se rappelle-t-il.

Bref, il y voyait surtout une forme de protectionnisme de la part d’un milieu assez refermé sur lui-même. « Un peu comme quand un chum de gars amène un nouvel ami dans un party. Tu n’as rien contre lui personnellement, mais tu trouves que ça change la vibe », observe-t-il.

Un an après, l’ancien étudiant à HEC a lancé le Couscous Comedy Show aux défunts Bobards. Le concept ? Une suite de numéros comiques ou musicaux, dont ceux d’Uncle Fofi lui-même, qui agissait comme maître de piste.

On a tout de suite été tagués « show ethnique ». Et c’était le cas : on était le seul vrai show d’humour ethnique — ou plutôt international — à Montréal. Il y avait tout ce que personne ne faisait : mélanger les Arabo-Berbères, les Noirs, les Québécois et les anglophones. Dans la salle comme sur la scène.

Uncle Fofi

PHOTO FOURNIE PAR ZOOFEST

Roman Frayssinet, Reginald et Uncle Fofi lors du Chocolat Show, en 2013, dans le cadre du festival Zoofest

Une bougie d’allumage

La liste de ceux qui sont passés par le Couscous Comedy Show est éloquente : Mehdi Bousaidan, Mariana Mazza, Adib Alkhalidey, Jérémy Demay, Roman Frayssinet, Neev, Eddy King y ont fait un tour de piste avant de briller ailleurs. Derrière cette liste, une évidence : avec une telle diversité, les angles d’attaque et les cibles étaient variés.

Le Couscous Comedy Show était le lieu où il était possible de rire de tout le monde : des musulmans, des juifs, des Haïtiens, comme des Québécois. Une vraie catharsis sociale, vécue dans la bonne humeur. En mangeant en plus un couscous préparé par Uncle Fofi lui-même.

L’humour, c’est une soupape. Le credo du Couscous, c’est : rions de tout, dans le respect de chacun. Je pense que c’est que les gens aimaient. Et puis ils se reconnaissaient en nous.

Uncle Fofi

Uncle Fofi croit qu’un spectacle où artistes et public peuvent rire à la fois de la société d’accueil et de la culture d’origine des humoristes contribue à créer un sentiment de communauté. Que l’humour, en somme, est un outil d’intégration.

Gala 10 ans

En 10 ans, le Couscous Comedy Show s’est déplacé plusieurs fois. Pour ce vendredi, c’est au Théâtre Fairmount. Uncle Fofi avait lancé des invitations et avait confirmé deux invités pour sa soirée 10e anniversaire : Fred Dubé et Colin Boudrias. « J’ai appelé cette soirée le Couscous édition sapiosexuelle, pour les gens qui sont excités par l’intelligence », s’amuse-t-il.

Pas de vedettes ? En principe, non. Uncle Fofi n’a plus de lien avec plusieurs des humoristes en herbe qui sont devenus aujourd’hui des noms établis. Il assure ne pas en garder d’amertume. Qu’il est content de leur avoir donné un coup de pouce.

« J’ai eu plusieurs fois l’occasion de professionnaliser la production, mais je suis resté très ménestrel », dit-il. Le comique d’origine algérienne trouve que son côté désorganisé et pas carriériste constitue à la fois « le plus gros problème » et « la plus grande qualité » du Couscous Comedy Show. Il dit qu’il assume.

« Je n’ai jamais vu ça comme une production. Je fais plein de choses à côté, je prépare mon premier one man show et je suis passionné par beaucoup d’autres choses dans la vie que le stand-up », dit-il. Uncle Fofi va peut-être ralentir le rythme, mais ce Couscous Comedy Show n’a pas dit son dernier mot.

Au Théâtre Fairmount, le 15 novembre, 19 h.