Devant une grande murale lumineuse ébauchant son visage de profil, Korine Côté a présenté hier, avec son deuxième spectacle solo Gros Plan, près d’une heure et demie d’histoires savoureuses. Des anecdotes qu’elle ne fait pas que raconter, mais auxquelles elle donne vie. Ici réside la grande qualité de son humour.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Seule avec son tabouret et son micro, comme le veulent les bonnes règles du stand-up, Korine Côté se présente avec assurance et aplomb. Ce spectacle solo marque le retour de la pétulante et irrévérencieuse humoriste sur scène, mais aussi son retour officiel de congé de maternité. 

Quoi de mieux pour entamer la soirée qu’un long segment sur son nouveau statut de mère. Korine Côté est depuis neuf mois l’heureuse maman d’Henri. Dans ses mots : « J’ai mis bas cette année. » Parce qu’elle a choisi de le prénommer Henri, elle entend souvent dire que « c’est le fun que les vieux noms reviennent ».

La maternité l’a aussi mise face à une réalité : son physique. S’il est évident qu’elle assume pleinement son apparence, elle n’hésite pas à tomber dans l’autodérision qu’on lui connaît dès le début du spectacle (et plusieurs fois ensuite). Korine Côté voulait que son enfant naisse avec la face de son chum, raconte-t-elle. La jeune mère sait qu’on dirait qu’elle a magasiné son nez dans la section « oiseaux de proie » d’un magasin de chasse et pêche (ses mots, pas les nôtres).

Parler de soi

Dans ce nouveau spectacle, Côté parle d’elle. Elle, la femme enceinte. Elle, la mère. Elle, la jeune fille qui a grandi dans une résidence pour personnes âgées. Elle qui doit porter une embouchure dentaire la nuit. Ça ne devient jamais nombriliste (et heureusement). D’abord parce qu’elle est plutôt critique envers elle-même. Aussi parce qu’elle pose également son regard réprobateur sur les autres.

Les « autres parents », par exemple. Ceux qui se plaignent trop. Et de qui elle a désormais le droit de se moquer parce qu’elle aussi est une maman. Elle, de son côté, adore être mère… Mais elle a moins adoré la grossesse. Il était quasi inévitable que Korine Côté nous raconte les hauts et les bas de la maternité. Et elle n’évite pas les sujets évidents comme la prise de poids (« J’ai pris 45 livres, le poids d’un enfant de 7 ans ») et la nausée, mais elle ne manque pas d’originalité dans sa façon d’en parler.

La nausée, d’ailleurs, fait l’objet de tout un autre (long) segment. La nausée et le vomi. Une dizaine de minutes sont consacrées à sa peur de vomir. C’est là le parfait exemple de ce que réussit à faire Korine Côté tout le long de son spectacle : des gags hilarants se cachent derrière des sujets improbables.

Elle raconte tout faire pour ne pas vomir, puis sa façon de vomir, qui « frôle le paranormal ». Elle décrit aussi son amie Marie-Claude qui, elle, vomit pour un oui ou pour un non. Son monologue est marqué par des imitations désopilantes.

Un public en situation

Korine Côté ne lance pas de « punch lines » les unes par-dessus les autres. Il y en a quelques-unes, et elles tombent presque toutes dans le mile. Mais, surtout, elle tisse adroitement ses blagues qui prennent toutes la forme de longues anecdotes. Côté raconte des histoires drôles qu’elle n’hésite pas à développer jusqu’à leur limite. Plus le récit s’allonge, plus elle y incorpore des éléments comiques.

Surtout, elle ne fait pas que réciter, elle met son public en situation. Une imitation n’attend pas l’autre. Elle y va de bruitages exagérés, enrichis de gesticulations de toutes sortes pour mieux nous faire apprécier le ridicule des scènes qu’elle décrit.

La conversation imaginaire entre deux concepteurs du corps humain qui discutent de l’emplacement de l’urètre, du vagin et de l’anus est particulièrement drôle. Elle imite l’employé et l’entrepreneur, le premier remettant en question le souhait de l’autre de mettre tous ces orifices « dans la fourche ». Sur papier, nous le reconnaissons, ça peut rendre dubitatif. Mais sur scène, Korine Côté est tordante.

Elle parle de téléréalité, se moquant de la façon de parler des candidats de L’amour est dans le pré qui nécessite des sous-titres. Puis, parlant d’amour, elle retourne sur un terrain plus personnel en expliquant que son conjoint ronfle, mais ne veut pas se l’avouer (comme beaucoup de ronfleurs). L’humoriste est fascinée par le fait que quelqu’un fasse autant de bruit « dans [sa] propre tête » sans le réaliser. En discutant de ces sujets auxquels on s’identifie, elle marque de très bons coups.

Un des meilleurs moments de la soirée survient quand Korine Côté décrit les situations impliquant sa « tante déficiente intellectuelle ». Délicates, mais divinement cocasses, ces anecdotes sont celles qui font le plus réagir la salle. L’humoriste ne s’excuse pas de rire des agissements de « Christiane », qui crie quand il ne faut pas et tape le cadavre de son père mort pour le réveiller lors de ses obsèques. Au contraire, elle nous invite à en rire avec elle, ainsi que de toutes les choses qui parfois créent des malaises.

Toute la soirée, Korine Côté est en contrôle. Elle est réglée comme un métronome sans être trop rigide. Les silences sont bien placés. Lorsqu’elle sort une phrase (ou un son guttural, lors de certaines imitations) pour déclencher les rires, elle manque rarement son coup. Quelques blagues n’auront pas l’effet escompté, mais la réaction globale du public réuni au Monument-National durant cette soirée de première en dit long : c’est un retour réussi.

★★★★

Gros plan
Korine Côté
Au Monument-National
Le spectacle sera repris ce soir à Montréal