L’humoriste Martin Petit présente demain à l’Olympia la première de son nouveau one-man show, Pyroman. C’est un retour sur scène pour le concepteur de feu l’émission Les pêcheurs, huit ans après Le micro de feu.

Marc Cassivi Marc Cassivi
La Presse

Marc Cassivi : Après Le micro de feu, tu présentes Pyroman. Il y a une thématique…

Martin Petit : On va parler de tout sauf de combustion ! J’explorais le thème des superhéros, qui est à la mode, et j’ai découvert que Pyroman était un superhéros de l’âge d’or des années 30-40 et qu’il était libre de droits ! Je trouvais ça drôle de pouvoir utiliser un vrai nom de superhéros.

M.C. : Est-ce qu’il y a une volonté de mettre le feu, de déranger ?

M.P. : C’est un beau symbole, le feu. Brûler des sorcières… Quand on n’en peut plus d’entendre ou de voir quelque chose, on met le feu dedans. Mettre le feu à des idées, c’est un concept qui est intéressant. Ça résume bien pour moi l’utilité d’un show d’humour. Pourquoi les gens viendraient dans une salle, en quittant leur confort, si ce n’est pas justement pour entendre quelque chose de différent ?

M.C. : Un propos qui détonne…

M.P. : Oui. Ce que je trouve intéressant en humour, et que je ne saisissais pas au départ quand j’ai commencé, c’est le pouvoir de l’humour. De découvrir que ce qui est intéressant, c’est de refaire des liens, de reprogrammer son cerveau, en inversant certains circuits, pour garder l’esprit flexible et malléable. Le cerveau humain est plus intéressant quand il n’est pas rigide ou fixé. Je ne fais pas des shows d’humour pour que les gens pensent comme moi. Je m’amuse à jouer pendant une heure et demie à refaire des liens, et tout le monde retient ce qu’il veut retenir.

M.C. : Tu parles du pouvoir de l’humour. C’était le thème de la première entrevue que nous avons faite ensemble, il y a plus de 10 ans. Tu t’inquiétais à l’époque des menaces à la liberté d’expression…

M.P. : Je le sentais et je le pensais. J’en parlais dans mon show précédent, qui est encore tristement d’actualité. Mais j’ai lu beaucoup sur le sujet depuis et j’ai réécouté les humoristes américains de l’époque, Lenny Bruce, George Carlin, pour me rendre compte que c’était leur souci dès le début, la liberté d’expression. Le stand-up est né et la liberté d’expression a été un enjeu. C’est comme une anti-église, une salle de stand-up. Autant dans une église, tu penses que tu parles à Dieu, autant dans le stand-up, les gens se donnent le droit de parler de tout. Je n’y crois pas, au discours de « l’humour, c’est plus difficile maintenant ». Pas du tout.

M.C. : Donc, tu n’es pas de ceux qui prétendent qu’« on ne peut plus rien dire »…

M.P. : Non. Mais plus on vieillit, plus on trouve ça difficile. Yvon Deschamps me l’avait dit quand j’avais 35 ans. Il ne parlait pas de ses genoux ! Je ne le comprenais pas à l’époque, mais je me disais que je le comprendrais un jour. Je le comprends aujourd’hui.

M.C. : Il y a beaucoup de jeunes humoristes qui poussent…

M.P. : Je pense qu’il y a 180 humoristes sur le payroll du Bordel [le « comedy club » dont il est copropriétaire] !

M.C. : Ça te bouscule ? Ça te vieillit ?

M.P. : Il n’y a rien qui me vieillit plus que de me regarder le matin dans le miroir ! Et à aucun moment je ne voudrais revivre mes débuts en humour. Il n’y a aucun humoriste qui regarde son premier show et qui trouve que c’était le meilleur. Je n’envie pas la période dans laquelle sont les plus jeunes, mais j’envie leur contexte. Ils sont dans la ouate. Ils peuvent aller au Bordel tester des jokes, ce qu’on ne pouvait pas faire à l’époque. Je regarde des humoristes de mon âge : Bill Burr, Dave Chappelle, Sarah Silverman. Ils sont à leur meilleur. C’est un peu comme un chirurgien. Tu n’as pas envie de te faire opérer au laser par un gars de 22 ans ! « Je le trouvais pimpant, mais il m’a scrappé la cornée… » Tandis que tu peux faire du rock à 39 ans et trouver que tu étais à ton meilleur à 19 ans.

M.C. : Tu parles de Chappelle et de Burr. Leurs derniers spectacles ont été critiqués par certains parce qu’ils testent les limites de la « woke culture », ou de la rectitude politique. Qu’en penses-tu ?

M.P. : J’ai testé mon show dans les clubs de comédie au début, auprès d’un public de milléniaux. J’ai poussé les limites et j’ai avancé avec eux. Il a fallu que je trouve mon personnage. Je suis le monsieur fâché de 50 ans qui a le même âge que leur père. Ça m’a pris beaucoup de réflexion et d’essais et erreurs, depuis un an, pour voir les avantages et les inconvénients de tout ça. Tu ne peux pas juste refaire ce que tu faisais il y a 10 ans en te faisant croire que ça va marcher. La perception des autres de ce que tu es a changé. Des fois, c’est pathétique de voir l’actrice sexy encore jouer à être sexy à 70 ans.

M.C. : Ça t’a permis de tempérer ton propos ?

M.P. : Je voulais faire un show qui calme le jeu. Quand je vais sur les réseaux sociaux, ce n’est jamais calme. C’est toujours des gens qui s’engueulent. Ça ne reviendra jamais comme c’était au début. Je suis en paix avec l’acceptation que les réseaux sociaux vont être une source d’animosité. Et on se rend compte qu’ils sont manipulés par des puissances étrangères, en plus. C’est devenu une source de conflit. Comme artiste, je me situe où dans ma recherche d’équilibre ? Les gens rangent leur téléphone en venant me voir. Je n’ai pas envie de leur transmettre une énergie de conflit rentre-dedans. Je crois au pouvoir de l’humour. Il faut être de son temps. Pour moi, ça veut dire arriver avec des réflexions humoristiques qui visent à enlever de la culpabilité. Il doit y avoir un psychologue en marketing qui s’est rendu compte que lorsque les gens se sentent coupables, ils achètent plus d’affaires… On nous vend de la culpabilité.

M.C. : Donc, contrairement à ce que je disais au début, tu ne veux pas mettre le feu…

M.P. : C’est drôle, parce que j’ai lu ça sur la gestion des forêts. Lorsqu’on a cessé d’allumer des feux de forêt contrôlés, on s’est retrouvé avec des feux de forêt plus dangereux. On a arrêté de le faire volontairement, et la Californie flambe ! Il faut mettre le feu comme du monde, pour éviter l’embrasement général. C’est ce que j’essaie de faire, en m’attaquant à ce qui est dans l’angle mort de nos convictions les plus profondes.

M.C. : Tu parlais beaucoup de religion dans ton précédent spectacle. C’est encore le cas ?

M.P. : Il y a toujours un fond religieux qui revient. C’est ce qui domine le débat politique depuis un an. Je suis athée. Ça m’irrite de devoir parler de religion. Ce n’est pas supposé être mon domaine, mais je suis capable de témoigner de ce qu’est vivre sans religion. J’ai été élevé sans religion. Je n’ai pas été baptisé. Je suis un vrai athée. Je trouve que la religion privilégie l’ignorance plutôt que la connaissance. Le crucifix à l’Assemblée nationale, j’ai déjà dit que si on le remplaçait par une pelle, on se sentirait mieux représentés. Hostie d’hiver à marde ! Je ne suis pas nostalgique de la religion catholique ou de la théocratie qu’était le Québec. Je ne me sens pas une dette envers les curés…

M.C. : Te considères-tu comme antireligieux ?

M.P. : C’est difficile d’être athée et d’être proreligieux !

M.C. : Je suis athée, mais je suis aussi très en faveur de la liberté religieuse de chacun.

M.P. : Je fais une différence entre la culture religieuse et la religiosité. Je trouve la proposition religieuse niaiseuse, peu importe la religion. Mais je ne crois pas que les gens qui suivent des religions sont nonos. Les gens raisonnent plus intelligemment. Ils sont rares, ceux qui deviennent dogmatiques. Dans le monde arabe, des jokes sur Dieu, ils s’en font à la pelletée dans les rues. Je ne crois pas que les gens croient. Je ne crois pas que le milliard de chrétiens, sur papier, croit au paradis et aux miracles. Je pense qu’on peut en enlever 800 millions. Le marketing religieux, je n’y crois pas. Je ne crois pas leurs chiffres et je ne crois pas le reste. Parce que dans les faits, ce n’est pas vrai. Est-ce que ça fait de moi quelqu’un d’antireligieux ? Mettons que je ne pense pas que la religion, quelle qu’elle soit, est l’avenir de l’homme.

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