Pour beaucoup, Kyan Khojandi restera à jamais l’acteur de Bref. Ce qui ne l’empêche pas d’être aussi un humoriste humaniste et observateur qui a maîtrisé ses Pulsions et qui ne souhaite désormais qu’une chose. Nous faire passer Une bonne soirée.

Natalia Wysocka
La Presse

Kyan Khojandi l’a souvent dit. Sur son passage, les gens chuchotent fréquemment : « Oooh. C’est le mec de Bref. ! »

Bref. L’émission à sketchs qui l’a fait connaître. Et qui a quitté les ondes de Canal+ il y a sept ans déjà. Pourtant. « Ooooh, c’est le mec de… » accompagne encore ses promenades. Ou, lorsqu’il se trouve au Québec, sa variante : « Heille ! T’es-tu le gars de Bref. ? » Il fait une tentative d’accent pour mieux nous traduire son propos : « Le gââârs. »

Dire qu’il use de réponses pouvant être décrites par le titre de son ancienne émission serait évident, mais. C’est quand même ça. « Exactement. » « Toujours. » « J’essaie », nous dit-il.

Exactement que Montréal est sa deuxième maison. Toujours qu’il essaie de se réinventer. Il essaie – de se réinventer, donc.

C’est quand il est sur scène que l’humoriste français se sent bien. Qu’il entre dans une certaine communion avec le public, pour utiliser la formule quasi consacrée. « C’est ce que j’adore, ce que je préfère ! s’exclame-t-il. Je ne cherche pas à faire rire les gens. Je cherche à les attraper, pour clac clac clac, mettre du rire, les surprendre, les toucher. »

J’aime dire aux spectateurs : venez. On va faire un truc ensemble. Mais pas une partouze, hein ! Nononon. Juste un truc cool, ensemble.

Kyan Khojandi

Cadeau en ligne

Récemment, Kyan a mis ses Pulsions sur YouTube. Pas ses pulsions, ses vraies. Plutôt celles dont il parlait dans son précédant one-man show, ainsi intitulé. Pulsions de bouffe, pulsions de baise, pulsions de béguin.

Dans ce spectacle touchant et bien tourné, il se faisait témoin au regard sensible de petites et de grandes choses de l’existence. Traitant tour à tour d’amour blessé, du décès de son père et de son désir d’être heureux (entrecoupant le tout de quelques blagues de branlette). Sans oublier ce numéro sur le regard des autres, capable de faire voler en éclats les dernières illusions de l’enfance.

L’enfant en lui, Kyan le fait d’ailleurs souvent ressortir sur scène. Il fait des voix. Il adore faire des voix. Justement : depuis qu’il est gamin. Le nouveau spectacle qu’il vient présenter à Montréal, Une bonne soirée, en est rempli. Promis, qu’il dit. Pour l’occasion, il nous offre une imitation qu’il aimait faire « quand il était petit ». Celle de Stallone (si Stallone était pris d’un semblant de semi-quinte de toux). « Saluuuut. »

On saluera au passage ce passage de son show à lui. Celui où il parlait de la fille de ses rêves de jeune homme. Qui s’était solidement foutue de lui. Qui l’avait fait patienter des jours et des semaines et des mois à coups de « Je t’aime et je te veux », mais en fait pas du tout.

Il confie que voir que ces souvenirs douloureux transformés en blagues rejoignaient des ados sur internet a agi comme un baume sur son âme. « Ce qui est bien, c’est que j’ai pu lire les commentaires de tous ces jeunes qui disaient “Oh lui aussi a vécu ça !” Et donc moi, j’ai pu faire “Oh, Je n’étais pas tout seul finalement !” »

Pas tout seul puisque l’expérience humaine est, comme il le dit, « un éternel recommencement ». Il le dit plus joliment, en fait : « Nous sommes un éternel recommencement. »

C’est d’ailleurs sur un « Ça va, les humains ? » qu’il lançait son dernier spectacle. Car l’autre le fascine. Observer, décortiquer, tenter de le comprendre ? C’est sa passion, c’est son métier. Mais c’est aussi, intervient-il, une obsession. « Je pense que c’est une maladie, en fait. Une malade marrante, mais une maladie quand même. C’est un truc plus fort que soi. Qui peut faire souffrir, d’ailleurs. » Souffrir ? « Oui, on peut souffrir d’être humoriste. » Il prend une longue pause. « Trop de lucidité, c’est un peu dur. » Une autre pause. « C’est vrai, hein ? »

La vie, maintenant

L’aventure Bref. (dont on lui parle encore tous les jours) a commencé par un court métrage intitulé Bref. J’ai dragué cette fille. Dans cette vidéo, Kyan Khojandi jouait un Parisien dans une fête qui, oui, draguait. Et oui, « cette » fille. Quatre vingt un sketchs de ce type ont suivi. « C’est fou, hein ? », observe-t-il. Il y a eu, entre autres, Bref. J’étais dans la merde. Et Bref. Il y a des gens qui m’énervent.

Justement, les gens. Kyan adore s’en entourer. De gens de qualité, s’entend. Pendant trois ans, il a joué au Zoofest, où il s’est fait plein de copains. Il nous parle d’Adib Alkhalidey, d’Eddy King. De son pote Jay Du Temple avec qui il a passé du temps, la veille. « On discutait, c’était paisible, c’était beau. Il y a beaucoup d’amitié entre nous. »

Son type d’amis ? « Des êtres marrants et gentils. » Il répète : « Voilà. Marrants et gentils, ce sont mes critères. » Et les critères selon lesquels il mène sa vie ces temps-ci ? « Je parle de mes peurs, je parle de mes doutes. C’est important. Et puis, j’apprends à ne pas m’épuiser. Je n’ai plus 20 ans. »

Pas de fêtes folles, pas de soirées sans fin, alors ? « Je n’ai jamais trop été comme ça. Je suis le genre de personne à inviter des gens chez soi et à rester dans la pièce d’à côté. » Pour observer ? « Je n’observe pas. Je suis tout seul. J’adore être tout seul. » Même dans une fête ? « Oui. C’est bizarre, hein ? Mais voilà qui je suis. »

Kyan Khojandi Une bonne soirée À L’Olympia Ce soir et demain à 20 h

Regardez le spectacle Pulsions