L’humoriste, correspondant au Daily Show et acteur (qu’on a vu dans l’acclamé Crazy Rich Asians) Ronny Chieng ne veut pas « être l’humoriste asiatique de service ». Sino-Malaisien immigré en Amérique, il souhaite transmettre son histoire et normaliser la présence d’artistes asiatiques dans l’industrie. Mais, avant tout, il espère faire rire.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Au bout du fil, Ronny Chieng répond à nos questions d’un ton coupant. Peut-être a-t-il mieux à faire en ce jeudi matin, mais il n’arrive pas à masquer un certain agacement dans l’inflexion de sa voix. Pourtant, ses réponses sont généreuses. Il discute de ce qu’il aime de Montréal (sa beauté, ses gens), ville qu’il a déjà visitée quatre fois en participant à Just For Laughs ces dernières années. Il nous remercie de prendre le temps de lui parler. Mais toujours sur le même ton contrarié…

Le spectacle de l’humoriste s’intitule Tone Issues, « problèmes d’intonation ». « Ma femme m’a fait remarquer que lorsque je parle, ça peut frustrer les gens parce que je sonne sarcastique ou en colère, alors que ce n’est pas le cas, explique Chieng. C’est juste mon intonation. »

D’où le titre de son quatrième one-man show, qu’il présente dans de nombreux pays depuis deux ans et que le public montréalais aura l’occasion de voir ces trois prochains soirs. Et d’où l’impression qu’on a de le déranger avec nos questions. « Comme vous pouvez sûrement le remarquer, je n’ai pas changé depuis ce commentaire de ma femme », ajoute-t-il.

Un Asiatique aux États-Unis

Au-delà de l’intonation de sa voix, Tone Issues aborde aussi, et surtout, « ce que c’est d’arriver en Amérique quand on est asiatique », résume Chieng (le mot anglais tone renvoyant également à la couleur de la peau).

Né en Malaisie, l’humoriste d’origine chinoise a grandi en partie au New Hampshire, aux États-Unis. Il s’est envolé pour l’Australie dans les années 2000 pour des études en droit et en commerce. 

J’ai été tenté par un concours de stand-up. C’est quelque chose que je voulais essayer et j’ai gagné. Je suis devenu accro.

Ronny Chieng

Il ne lui a pas paru évident d’emblée qu’il pourrait gagner sa vie dans le domaine. Tout en faisant son baccalauréat, il a continué de se produire sur de petites scènes. Assez vite, l’humour l’a mené au Royaume-Uni, en Nouvelle-Zélande, à Singapour. En 2014, il a assuré la première partie de Dave Chappelle en Australie. « Après un bout de temps », Ronny Chieng a fait de l’humour son métier. 

En 2015, il a décroché le poste de correspondant pour le Daily Show de Trevor Noah. Retour aux États-Unis.

Maintes blagues de Ronny Chieng renvoient à son parcours d’homme asiatique aux États-Unis. Mais sans avoir recours « aux mêmes blagues sur les Asiatiques que tout le monde a entendues », précise-t-il.

Je veux faire voir aux gens un point de vue très authentique, en tant que Chinois. Leur montrer le regard asiatique sur l’Amérique.

Ronny Chieng

Selon l’humoriste, monter sur scène vient avec « la responsabilité de dépeindre les Asiatiques avec dignité ». « Nous ne sommes pas beaucoup et je pense que notre histoire en Occident est peu racontée », affirme-t-il.

Chieng veut néanmoins éviter d’être réduit à son ethnicité. « Je parle de beaucoup d’autres choses dans mon spectacle. Et c’est significatif que je ne fasse pas toujours allusion au fait d’être chinois. »

La diversité, dit-il, ne devrait pas être convoitée juste pour être affichée et pour faire dans le politiquement correct. « Elle sert à apporter d’autres histoires et différents points de vue sur scène. »

Une carrière au cinéma

S’il témoigne d’une plus grande variété d’humoristes dans l’industrie du rire étasunienne, Ronny Chieng a aussi été aux premières loges d’une nouvelle avancée du côté d’Hollywood. Le film Crazy Rich Asians est le premier long métrage contemporain conçu par un studio hollywoodien à mettre en vedette une distribution presque exclusivement asiatique. Le succès a été au rendez-vous (plus de 174 millions US de recettes en Amérique du Nord seulement).

L’humoriste de 33 ans y interprète Eddie Cheng, le cousin snob et superficiel de Nick Young, personnage principal de la comédie romantique. Pour son premier rôle au cinéma, il a pu retourner à Singapour (où le film a majoritairement été tourné et où l’acteur a vécu une partie de son enfance). 

Je crois que [Crazy Rich Asians] a favorisé la conversation culturelle autour des histoires qu’on raconte à propos des Asiatiques au cinéma. Il y a un effort pour plus d’authenticité, plutôt que de vouloir forcer la diversité à tout prix.

Ronny Chieng

L’expérience de ce premier film a été un tournant majeur dans sa carrière – « plus de gens s’intéressent à mon humour et j’ai des auditions pour d’autres rôles », indique-t-il. « Plus j’en fais, plus j’aime en faire », dit Chieng, qui joue aussi dans sa propre sitcom, Ronny Chieng : International Student. Mais le stand-up reste son ambition principale.

On reverra tout de même Ronny Chieng l’acteur sous peu, dans le film d’Amazon Bliss, mettant en vedette Salma Hayek et Owen Wilson. Côté humour, la tournée Tone Issues tire à sa fin et Chieng laisse entendre qu’il ne compte pas se reposer sur ses lauriers. « J’essaie d’écrire un nouveau spectacle, je continue le Daily Show et j’ai un autre projet excitant à venir », dit-il.

Il ne s’épanche pas sur les détails, mais on devinerait presque un sourire dans sa voix. 

Tone Issues sera présenté au Gesù les 23, 24 et 25 juillet, dans le cadre du festival Just For Laughs.