C’est Jay Du Temple qui a pigé la dernière des Soirées Carte blanche Juste pour rire de l’été. Et l’animateur d’Occupation double a occupé la scène avec tout l’humour, toute la camaraderie et tout le sens de la fête qu’on lui connaît. C’était drôle, c’était original, c’était rythmé. C’était tout Jay.

Natalia Wysocka
La Presse

Tous debout

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Jay Du Temple

On l’a d’emblée senti : l’ambiance était survoltée dans la salle Wilfrid-Pelletier. L’animateur de foule Maxime Charbonneau n’a d’ailleurs pas eu de mal à lui faire promettre, à cette foule, qu’elle serait la meilleure de toutes celles ayant assisté aux Soirées Carte blanche. Et elle a tout fait pour ne pas faillir à sa promesse. À l’entrée du gala de Jay Du Temple, ça hurlait comme à un show de rock au Centre Bell (où l’humoriste achèvera d’ailleurs sa tournée en janvier). Et le maître de cérémonie a eu droit à une ovation (debout) avant même d’avoir dit un mot. Parlant de debout, son gag sur les styles de lits, les façons de se lever et les heures auxquelles les gens le font était tordant. Tout comme celui sur les odeurs de son congélateur et les bananes attendant désespérément d’être transformées en pain d’elles-mêmes. Toujours aussi stylé, cette fois dans un kilt (« sans sous-vêtements en dessous », tradition oblige), il s’est confié sur son éternel optimisme, en a profité pour parler de marijuana (et du père Fouras) et, lorsqu’il a manqué une blague, il s’est repris en affirmant : « On va la r’faire immédiatement. » Une réaction rapide immédiatement accueillie, quant à elle, par l’une des nombreuses salves d’applaudissements ayant marqué la soirée.

Portrait de famille

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Pierre-Yves Roy-Desmarais

Cette Carte blanche, c’était une fête. Une fête de famille. La famille choisie par JDT, composée de ses meilleurs amis. Ces derniers ont d’ailleurs tous été présentés (bien pensé) en étant comparés à une position hypothétique dans l’arbre généalogique de l’animateur. Ainsi, Pierre-Yves Roy-Desmarais a été présenté comme le fils qu’il aimerait avoir. Un fils rêvé qui a, lui, avoué rêver être « chaud » comme son faux papa Jay. Prétexte pour PYRD à lancer son numéro marrant sur, entre autres, la difficulté de draguer. Le jeune humoriste « au nom de comptable », comme l’a déjà présenté par le passé Katherine Levac, a également dit vouloir être musclé comme… tiens, lui là, Rico (on salue le spectateur à l’avant portant ce même « nom musclé »), confiant avoir toujours voulu « faire ce qu’il veut ». Les gars célibataires qui font ce qu’ils veulent – « man, moé, j’fais c’que j’veuuuux » – se sont aussi pointés, dans leur forme « douchebag », lors du passage de Guillaume Wagner. Présenté comme « le cousin bum » du maître de cérémonie, ce dernier s’est adressé aux gars dans la salle. Comme il le fait lors de son plus récent one-man-show, Du cœur au ventre, il les a priés de repousser leur Viking intérieur. Dans ce numéro rigolo, il a également salué son amoureuse qui l’initie à la fabrication des conserves, occupant ainsi ses mains à d’autres types de petits plaisirs de la vie (pas solitaires).

Monologues entraînants

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Christine Morency

Tous les membres de la famille de Jay ont fait mouche, notamment « la cousine qui a du vécu », Christine Morency. Appuyée par le « groupe maison », le house band de la soirée, l’humoriste a réinventé les Dégénérations de Mes Aïeux en l’honneur de son entraîneur. Avec sa manière de blaguer hautement imagée, elle a décrit sa haine du gym, réprimandant gentiment le public qui rigolait de ses déboires. Son monologue super rythmé, qui s’accélérait au même rythme que le tapis de course sur lequel elle racontait avoir vécu la torture, s’est conclu sur l’importance de s’assumer. Et tandis qu’elle se lançait un mot d’amour à elle-même, la vague d’amour du public a déferlé, les spectateurs se levant d’un trait. C’était beau. Notons aussi que Charles Pellerin, « le petit frère » de Jay (duquel il fait d’ailleurs la première partie en tournée), est entré directement dans le vif d’un sujet sensible. La laïcité. Il a livré sa vision des choses adroitement, affirmant vouloir aborder le sujet avec amour. Le jeune comique a également lancé une blague sur l’avortement aussi tordante que « dark ». « Je ne sais pas si elle va se rendre à la télé, celle-là ! », a-t-il lancé. Nous verrons lors de la diffusion.

Airs de fin

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Sam Breton

Le premier invité de la première Soirée Carte blanche Juste pour rire de la semaine est devenu hier le dernier invité de la dernière de ces soirées. Et nous avons nommé cet excellent conteur qu’est Sam Breton. Le comique, qui avait visiblement bien des fans dans la salle (beaucoup ont crié sa réplique : « tu déc**isses ! »), a usé de son talent d’anecdotier pour raconter son arrivée à Montréal et sa découverte houleuse de la gastronomie. De quelle maîtrise de la narration a-t-il fait preuve pour nous relater sa mission disparition sushis ! Mais c’est pas fini tant que c’est pas fini. Et pour clore le tout, le sosie de Jay Du Temple, Claude Bégin, est monté sur scène avec son man bun, tentant de prouver à son double qu’il est drôle. (Ils se ressemblent tant que pendant une fraction de seconde, on a pensé : « Tiens, Jay s’est changé. ») Le musicien a alors fait mine de se chicaner avec l’animateur au sujet du déroulement des événements. « Tu pensais que c’t’tait ça que c’tait ? », lui a-t-il lancé. Signal pour faire entrer ses collègues d’Alaclair Ensemble et balancer la bien nommée Ça que c’tait. Une pièce interprétée, oui, ensemble, avec JDT qui en a profité pour rapper sous une pluie de confettis. C’tait vraiment bien.

Le verdict

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Jay Du Temple et Vincent Léonard

Jay a affirmé avoir réalisé plusieurs rêves, hier. Notamment celui, caressé depuis des lunes, de faire partie des Denis Drolet. Ainsi, le Denis à Palettes est monté sur scène avec lui, s’insurgeant qu’il dise s’appeler « Du Temple ». « Dans ce cas-là, moi, c’est Denis Bungalow. » L’espace d’un instant, l’animateur, qui anime aussi Occupation double (« Ark », a commenté ledit Denis), s’est glissé dans la peau du Denis Barbu. Un rôle dont il s’est acquis superbement en faisant les doigts d’honneur requis par le personnage et en jouant le hit Collier mauve. Il a fait preuve du même respect en présentant ses invités, dont le vétéran Stéphane Fallu, qui nous a jasé de vieillesse (réussi), ou encore son meilleur ami, David Beaucage. Ce dernier a non seulement imité avec adresse une série de personnages, mais, comme l’a rappelé le maître de cérémonie, il a aussi collaboré à ses textes de la soirée. Une soirée durant laquelle il y a eu ovation sur ovation, notamment lorsque Mélanie Couture nous a offert « sa thérapie » en lisant une lettre à la fille qu’elle n’aura jamais. Hilarante par moments, avec ses considérations sur l’amour et sur l’éducation, elle a marqué ses gags de pauses au parfait moment, de clins d’œil complices au public et d’une finale surprise chargée d’émotion. Une super soirée.