Une dizaine de recrues de l’âge d’or monteront sur scène demain soir lors du Gala des retraités, présenté par Juste pour rire dans le cadre de sa série « Juste pour séniors ». La Presse a rencontré quatre de ces humoristes d’un soir.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

L’idée de bâtir un spectacle autour d’humoristes du troisième âge vient de Patrick Rozon. Le nouveau vice-président aux contenus francophones de Juste pour rire avait tenté une première expérience au Mondial des Jeux en 2017. Il s’agissait de trouver 10 personnes âgées pour préparer (et livrer sur scène) un court numéro d’humour.

Fort de ce succès, le VP a décidé de répéter l’exercice cette année à Juste pour rire. Un partenariat a donc été mis sur pied avec l’École nationale de l’humour et le Groupe Maurice.

Comme il y a deux ans, un appel a été fait dans des résidences pour personnes âgées. Les responsables des activités de loisirs se sont mis à la recherche de talents cachés. Certains se sont lancés, puis se sont désistés. Mais les 10 volontaires qui participeront au Gala des retraités ont finalement été trouvés.

C’est Patrick Tremblay, professeur et directeur de tournée à l’École nationale de l’humour, qui a été désigné pour les former (il avait également formé les candidats de 2017). 

« Ma seule crainte était qu’ils oublient leur texte », nous dit en riant Patrick Tremblay, qui a organisé quatre rencontres (deux en groupe, deux individuelles) avec chacun d’eux. « Le grand avantage, c’est que ce sont des gens qui ont beaucoup de vécu et beaucoup de choses à dire », estime-t-il.

Et ils ont visiblement envie de faire partager ce vécu au public : « Je vois des étoiles dans leurs yeux, ils sont vraiment motivés, ils ont hâte », nous dit Patrick Tremblay.

À la base, chaque participant devait proposer un monologue d’une durée de cinq minutes. Patrick Tremblay les a guidés dans leur choix, mais surtout dans la livraison de leur texte.

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Patrick Tremblay, de l’École nationale de l’humour

« Je leur ai dit d’écrire quelque chose de proche d’eux. Ce n’est pas du théâtre, ils doivent établir un contact avec le public, c’est très différent. »

Patrick Tremblay, de l’École nationale de l’humour

Puis le temps est venu de mémoriser et d’interpréter le texte (il y aura un souffleur dans les coulisses, au cas où…). C’est sans doute à cette étape que sa présence a été la plus importante. Plusieurs des apprentis humoristes que nous avons rencontrés à une semaine du spectacle nous ont confié qu’il leur avait donné confiance en eux. « Il nous a aidés à nous dépasser, il a été très rassurant pour nous. »

Au Monument-National demain, 19 h

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Marcel De Larochellière

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Marcel De Larochellière

Oui, Marcel est parent avec l’auteur-compositeur-interprète Luc De Larochellière. C’est son oncle. Mais il n’a jamais été du genre à aller voir des spectacles. Ce policier à la retraite est toutefois amateur de blagues et d’histoires un peu salaces. « Quand on se rencontrait le matin avant de commencer à travailler, on se racontait des jokes. Donc, j’en ai accumulé quelques-unes en 32 ans, nous dit-il. Au bingo, ici, j’en ai raconté une ou deux. Il y a quelqu’un qui m’a encouragé à donner mon nom. Je l’ai fait. Je me suis dit : “Si je me plante, je me planterai, coudonc, c’est pas si pire que ça.” Pour moi, c’est un défi et une expérience. Mes histoires, ce sont des blagues. J’en ai écrit trois autres ce matin. »

Cécile Carbonneau

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Cécile Carbonneau

Cécile rêvait d’être comédienne. Elle a même suivi des cours de théâtre, mais, à l’époque, ce n’était tout simplement pas possible, nous raconte-t-elle. Elle a donc travaillé comme secrétaire administrative, mais elle est souvent allée au théâtre. À 83 ans, elle envisage son numéro avec beaucoup d’enthousiasme. « Je suis dans un état d’euphorie », nous dit Cécile, qui s’était déjà prêtée au jeu il y a deux ans… « À quatre heures du matin une nuit, j’ai eu une idée. Je me suis mise à mon ordinateur et j’ai écrit l’essentiel de mon texte », raconte-t-elle. Un fait vécu, dira-t-elle, laconique. « Le théâtre, j’en mange. J’aime aussi l’humour, comme André Sauvé, qui est aussi capable de nous faire réfléchir. »

Jean-Guy Plante

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Jean-Guy Plante

Jean-Guy n’est peut-être pas le candidat le plus extraverti, mais il est ricaneur. Discret, cet octogénaire qui a été professeur de français au primaire et au secondaire s’est fait hameçonner par la responsable des loisirs de sa résidence. « Elle m’a dit qu’elle avait besoin de moi, avec des yeux de biche attendrie, raconte-t-il. Un humoriste s’était désisté. J’ai accepté, puis j’ai réalisé que c’était plus gros que ce que j’avais pensé ; j’étais désemparé. C’est Cécile qui m’a encouragé à continuer. » Son numéro s’articulera autour de l’animalerie familiale. « Je vais dire les choses que je déteste ! », indique simplement Jean-Guy, dont le défi est de ne pas rire en racontant son histoire.

Christiane Potvin

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Christiane Potvin

Christiane est la plus jeune des participants au Gala des retraités. La femme de 67 ans a été « accostée » par sa professeure de théâtre, qui donne des cours dans sa résidence. « La première fois que je me suis présentée à elle, je lui ai dit : “Je n’ai pas peur du ridicule.” Elle m’a prise au mot… » Christiane a l’intention de raconter une histoire qu’elle a vécue il y a quelques années lorsqu’elle est partie de Jonquière (où elle habitait) pour aller voir ses enfants à Montréal. « Il va falloir venir nous voir pour la suite, nous a-t-elle lancé. J’ai des papillons, mais j’ai très hâte. Je plonge, je suis capable ! Patrick nous a dit de nous assumer. C’est ce que je vais faire. »