Maude Landry présentera avec Charles Beauchesne le spectacle Processus au Théâtre Fairmount le 8 mai dans le cadre du festival Dr Mobilo Aquafest. La Révélation de l’année du dernier gala Les Olivier est par ailleurs en rodage de son premier spectacle solo et participera au festival Juste pour rire et au Grand Montréal Comique cet été.

Marc Cassivi Marc Cassivi
La Presse

Marc Cassivi : Je remarque que tu es à l’affiche de différents festivals, notamment le Dr Mobilo. Comment envisages-tu le fait de faire partie de différents groupes ?

Maude Landry : Il y a de la place pour tout le monde. On qualifie le Mobilo d’underground, mais il n’exclut pas un style d’humour en particulier. Ça vient seulement chercher les gens qui se sentent différents, autant le public que les humoristes. On appelle une approche différente de l’humour ; ce n’est pas obligé d’être efficace. Tu peux réfléchir plus loin, d’où l’image métaphorique du sous-marin qui va dans les profondeurs de l’humour. On laisse la place aux plus longues prémisses, on nous pardonne d’essayer des choses. C’est pour les humoristes qui ne se font pas prendre dans les galas parce qu’ils ne sont pas assez connus ou qu’ils sont trop fuckés. On reconnaît ce talent-là, qui n’est pas à la télé pour plaire à un certain public.

M.C. : Tu sais t’adapter autant à l’humour plus grand public qu’à une formule plus champ gauche ?

M.L. : Je sais comment, mais parfois, je me plante en région ! Des fois, on ne capte pas tout à fait mes idées, qui sont plus décalées ou champ gauche, justement. Ça passe soit pour du snobisme, soit pour un retard mental. Je me suis déjà fait demander en région si j’avais un trouble mental. Mais c’est comme ça que je parle dans la vie !

M.C. : Donc ce n’est pas seulement un cliché de dire qu’en région, les gens sont plus habitués à une formule d’humour plus efficace, comme celle qu’on voit à la télé ?

M.L. : Non. D’ailleurs, les gens qui viennent au Mobilo le font souvent parce qu’ils sont tannés de ce qu’ils voient à la télé. Beaucoup de gens disent : « Moi, j’aime pas ça, l’humour ! Ça ne me correspond pas », mais ils découvrent qu’ils sont fans de stand-up, seulement qu’ils ne le savaient pas avant. Moi, je me sens comme une artiste, même si ce n’est pas considéré tout à fait comme un art, le stand-up.

M.C. : Chez Mobilo, il y a ce désir de mettre en valeur le fait que les humoristes sont des artistes et que le stand-up est une forme d’art. Peut-être plus qu’ailleurs…

M.L. : Oui, et ce n’est pas parce que ça ne t’a pas faire rire que ça ne t’a pas surpris ou que ça ne t’a pas fait vivre quelque chose.

M.C. : Il y a une relève très dynamique en humour. J’entendais Jean-Michel Anctil dire, à l’émission de Jean-Philippe Wauthier [Bonsoir bonsoir !] qu’il ne ferait plus de stand-up parce qu’il y a trop de bons jeunes qui poussent derrière…

M.L. : On est de plus en plus. Je pense qu’on est plus qu’on ne l’a jamais été. On est en train de prendre notre place, et il y a de plus en plus de festivals qui nous accueillent. Tant mieux si on est beaucoup. Moi, ça me fait plus d’amis. C’est ça à la base, ce n’est pas de la compétition.

M.C. : Il y a aussi de plus en plus de comedy clubs. Tu es « née » sur la scène des bars, il y a sept ans. Comment as-tu vécu cette évolution ?

M.L. : Je trouve que ça s’est crédibilisé avec le temps. Quand j’ai commencé, à 20 ans, mes parents me demandaient ce que je faisais dans les bars. Ils imaginaient le pire. C’était cheap, l’humour dans les bars. Ce n’était pas loin des bars de danseuses… Là, c’est devenu plus chic, plus attirant pour un public de tous les âges et de tous les styles.

M.C. : Être nommée Révélation de l’année au gala Les Olivier, est-ce que ça veut dire qu’il y a autant la marge que l’industrie plus conventionnelle qui t’accueillent désormais ?

M.L. : Peut-être. Mais moi, je suis toujours dans le doute. J’ai toujours peur de décevoir. Et j’ai été marquée par les fois en région où j’ai eu zéro rire… Pour mes meilleures jokes, zéro rire ! Ce n’est rien contre les régions… On est très montréalais dans notre humour. Il faut s’ouvrir les yeux à ça. Parfois, sans dire qu’on se prostitue, on n’a pas le choix de se dénaturer un peu avec une blague plus grand public, parce qu’on sait que sinon, ça ne marchera pas. Depuis Les Olivier, on me présente différemment au public : « La prochaine a gagné des trophées ! » plutôt que « La prochaine, c’est une fille ! ». Ça se remarque dans le niveau des applaudissements et dans l’attention qu’on me porte. Quand on disait « La prochaine, c’est une fille ! », j’arrivais sur scène, et devant moi, on avait les yeux plissés et les bras croisés…

M.C. : Avec l’impression cliché qu’une fille, ce n’est pas drôle ?

M.L. : C’est en train de disparaître, cette affaire-là. Je lui donne cinq ans… Il y a beaucoup de jeunes humoristes qui sont très talentueuses, intelligentes, brillantes, et de plus en plus confiantes en elles.

M.C. : Quand on pense à la relève en humour, en ce moment, on pense spontanément à beaucoup de jeunes femmes…

M.L. : C’est vrai. Je suis contente qu’il y ait de plus en plus de filles, parce qu’on va arrêter de se poser la question : « C’est comment, être une fille en humour ? » C’est comme être dentiste : il y a des gars et des filles.

M.C. : Sens-tu une différence dans la manière dont on s’intéresse aux gars et aux filles humoristes ?

M.L. : On s’attarde plus au look chez les filles. C’est dommage. Le poids est rendu un sujet de discussion. La nouvelle coupe de cheveux de Mariana Mazza devient un sujet de nouvelle. Est-ce qu’on peut s’en tenir à ce qu’elle fait dans la vie, c’est-à-dire de l’humour ? Je sais que je ne ferai jamais le Clin d’œil parce que j’ai l’air de critiquer ça ! [Rires] Dans la vie, je ne voulais pas être mannequin, mais humoriste. Si on dit que je suis belle ou pas belle, je m’en fous. Je veux être drôle ! Je comprends Katherine Levac de ne pas vouloir parler de son poids…

M.C. : Être nommée Révélation de l’année, c’est une belle carte de visite. Mais est-ce que ça te met plus de pression ?

M.L. : Un peu, oui. On m’a donné une étiquette de « Ç’a l’air qu’elle est bonne ». Donc, je suis mieux de ne pas me planter ! Mais en même temps, ça me rappelle que ç’a l’air que je suis bonne, et ça m’aide à être bonne. Je crois un peu plus en moi.

M.C. : Être une « révélation » quand ça fait sept ans qu’on pratique un métier, ce n’est pas antinomique ?

M.L. : Derrière ça, il y a sept ans de travail et d’évolution de ce que je suis. Ce n’est pas un prix qui a été gagné en un an. Je suis chanceuse, en sept ans, de m’être rendue là. Il faut respecter son cheminement. Je n’ai pas fait d’école. Je me suis fiée à mon instinct. Je n’ai pas calculé.

M.C. : Est-ce qu’aujourd’hui, il faut presque obligatoirement avoir fait l’École de l’humour pour faire le métier ?

M.L. : Non. Mais on me demande souvent en quelle année j’ai fait l’École ! J’ai fait des cours du soir. J’ai un grand respect pour l’École. Pour le fait qu’on se soit donné ça au Québec. C’est une culture, l’humour. C’est beau de l’entretenir, d’essayer de promouvoir ce métier-là. Mais je ne sais pas ce qu’aurait donné une Maude Landry qui a fait l’École. Est-ce que j’aurais été meilleure ou est-ce que je me serais sentie trop encadrée ?

M.C. : On sent qu’il y a effectivement une complicité chez les jeunes humoristes, mais il n’y a vraiment pas de compétition ?

M.L. : Le Québec est peut-être l’endroit au monde où il y a le plus de gens qui veulent faire de l’humour. Forcément, il va y avoir des déçus. Des gens vont frapper un mur et vont devoir réorienter leur carrière. On ne se dit pas ça entre nous, mais on le sait. En général, je fuis l’ambiance de compétition parce que pour moi, ça vient en contradiction avec le principe même de l’art. Je trouve ça étrange de gagner des prix. Comment on mesure qui est meilleur ? J’aime la communauté, l’échange qu’on a. Si on abuse de ma gentillesse, je ne m’en rendrai peut-être pas compte.

M.C. : On pourrait te piquer des gags ?

M.L. : On dirait que je fais confiance à la vie, même si je sais que ça se fait. J’essaie d’écrire mes gags de façon à ce que personne d’autre que moi ne puisse les faire ! [Rires]

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