Ils sont six. Parmi eux, seul Philippe Laprise avait déjà animé un gala Juste pour rire. Les voici pourtant tous à la barre d’une soirée Carte blanche, l’évènement de prestige du festival. Une preuve éclatante du vent de changement qui souffle sur l’humour au Québec.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Adib Alkhalidey et Julien Lacroix

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• Leur soirée Carte blanche : le 19 juillet à 20 h • Leurs invités : Maude Landry, Mehdi Bousaidan, Didier Lambert, Jason Brokerss, Martin Perizzolo, Yannick de Martino, Louis Morissette

Comment vous sentez-vous d’animer une soirée Carte blanche ?

Adib Alkhalidey : Juste pour rire, pour un humoriste, c’est comme voir New York. Tu l’as tellement vu dans des films et à la télé que tu as toujours le même feeling en y arrivant, que ce soit la première fois ou la vingtième fois : « Je suis dans un rêve, je suis dans un film, c’est irréel. » Juste pour rire, ça fera toujours ça pour un humoriste.

Julien Lacroix : Ça me touche énormément. C’est certain que le festival a connu des hauts et des bas. N’empêche que, pour moi, Juste pour rire, c’est plus gros que ça. C’est ce qui m’a fait rêver quand j’étais petit, c’est ce qui m’a fait connaître l’humour.

Sentez-vous qu’il y a un changement de garde chez Juste pour rire ?

Adib Alkhalidey : En voyant les animateurs qu’ils ont pris cette année, on sent qu’il y a eu une prise de position très franche. Une prise de risque aussi, puisque nous sommes plusieurs à animer pour la première fois alors que, normalement, ils ne prenaient qu’un nouvel animateur par année. Là, c’est cinq nouveaux animateurs [NDLR : Philippe Laprise a déjà animé des galas Juste pour rire].

Julien Lacroix : Nous accusions les animateurs plus vieux de rester entre eux et de faire des galas avec des gens de leur âge et expérimentés. On ne doit pas faire la même chose. Et c’est ce que je trouve intéressant : nous sommes allés piger des humoristes plus expérimentés comme Louis Morissette.

Katherine Levac

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• Sa soirée Carte blanche : le 16 juillet à 20 h • Ses invités : Rosalie Vaillancourt, Les Denis Drolet, Phil Roy, Arnaud Soly, Sam Boisvert, Martin Carli, France Castel, Eman El-Husseini, Anas Hassouna

Je sais que vous aimez beaucoup Zoofest, le petit frère du festival Juste pour rire. Mais cette année, vous animez une soirée Carte blanche de Juste pour rire. Pourquoi ?

À Zoofest, nous sommes habitués de faire ce que nous voulons. Mais littéralement. Notre génération, nous sommes vraiment des créateurs qui aiment avoir le contrôle de leurs affaires. J’en ai fait, des galas Juste pour rire comme humoriste invitée et, à un moment, j’ai arrêté. Ça ne me plaisait pas, ce n’était pas mon affaire : faire rire en sept minutes, que tout soit calculé, que ta virgule soit analysée et que tout le monde ait son mot à dire, je n’avais pas de fun. J’avais beaucoup plus de fun à Zoofest. Et à Zoofest, notre crowd venait nous voir. Alors, lorsque des gens nous disaient que nous étions rendus ailleurs qu’à Zoofest, je leur disais : « Non, je ne suis pas ailleurs. Faire une heure de nouveau matériel devant des gens qui veulent me voir, je ne serai jamais ailleurs que là. » Mais là, à Juste pour rire, on sent le vent de changement.

Qu’avez-vous eu envie de présenter comme carte blanche ?

On a souvent l’image des galas comme des spectacles qui présentent plus de variétés que d’humour. À la fin, c’était rendu ça. Moi, dans mon gala, j’avais envie qu’on revienne à des shows comme on en fait chaque soir au Bordel et dans les autres clubs. Donc ce sera vraiment du stand-up.

Jay Du Temple

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• Sa soirée Carte blanche : le 20 juillet à 20 h • Ses invités : Sam Breton, Guillaume Wagner, Charles Pellerin, Pierre-Yves Roy-Desmarais, Christine Morency, Vincent Léonard, David Beaucage, Stéphane Fallu, Alaclair Ensemble

Animer une soirée Carte blanche à Juste pour rire, est-ce un rêve devenu réalité ?

Pour l’instant, ce n’est pas encore un rêve devenu réalité. On s’en parlera après le gala, si vous le voulez bien. En ce moment, c’est du rodage et c’est beaucoup plus stressant que ce à quoi je m’attendais. On veut vraiment bien faire, donc tous les soirs, j’essaie des blagues ici et là. En espérant que ce soir-là, ce soit le bon soir. Mais oui, je suis un peu paniqué… et ceux qui vous disent qu’ils ne le sont pas, ils vous mentent.

Mais jeune, rêviez-vous de ça ?

Lorsque j’étais jeune, ça me semblait inaccessible d’animer un gala. Ça me semblait plus facile d’aller sur la Lune ! Et il faut dire que je n’ai jamais été invité à un gala de ma vie… Mon premier gala Juste pour rire sera comme animateur… Ça n’a aucun bon sens ! Je me souviens de la première fois que j’ai fait une soirée Juste pour rire, dans un bar : lorsque j’ai entendu la toune de Juste pour rire, j’ai appelé ma mère pour lui dire que je pensais que j’étais rendu un humoriste. J’essaie de garder ça en tête, de me dire que je suis chanceux de faire ça, même si je suis angoissé.

Qu’avez-vous eu envie de présenter comme carte blanche ?

Ma thématique est l’optimisme et l’amitié. Je vais présenter des amis et je vais être de bonne humeur. J’ai vraiment eu du plaisir à écrire ce gala.

Anne-Élisabeth Bossé

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• Sa soirée Carte blanche : le 18 juillet à 20 h • Ses invités : Sébastien Dubé, Dominic Paquet, Daniel Tirado, Guillaume Pineault, Alexandre Forest, Philippe Laprise, Katherine Levac, Julien Chidiac

Comment vous sentez-vous d’animer une soirée Carte blanche ?

Quand cette offre-là est arrivée, j’ai eu peur de ne pas avoir les reins assez solides. L’an dernier, j’avais refusé l’offre. Mais lorsqu’ils me l’ont faite de nouveau cette année, je me suis dit que je n’avais pas le droit de me priver de ce cadeau-là à cause de la peur. Et je suis fière de ma décision.

Sentez-vous un changement de garde à Juste pour rire ?

On sent la jeunesse, on sent la relève, on sent la fraîcheur ! Je trouve que ce sont des paroles franches et neuves. Que l’on m’associe à elles, ça me flatte.

Qu’avez-vous eu envie de présenter comme carte blanche ?

J’essaie de jouer le jeu de l’humoriste. Je ne voulais pas arriver en disant : « Moi, je suis comédienne, c’est étrange d’être ici. » Non. Je suis entrée dans leur monde et je fais du stand-up. Je fais des duos parce que j’aime ça et aussi parce que c’est comme ça que je suis entrée dans le monde de l’humour, avec Patrice L’Écuyer et Les Denis Drolet. Là, je vais en faire avec Katherine Levac et Sébastien Dubé.

Philippe Laprise

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• Sa soirée Carte blanche : le 17 juillet à 20 h • Ses invités : Neev, Patrick Groulx, Dominic et Martin, Brigitte Boisjoli, Sébastien Ouellet, Pierre-Luc Pomerleau, Mélanie Ghanimé, Seb Ouellet, Silvi Tourigny, Frank Grenier

Parmi les animateurs des soirées Carte blanche, vous êtes le seul à avoir déjà animé un gala Juste pour rire. Sentez-vous qu’un changement s’opère ?

Bien sûr ! Avant, comme animateur, on se faisait régulièrement imposer des choses la journée même, voire 20 minutes avant le début du gala. Ça m’est arrivé et ce n’était pas toujours les numéros les plus le fun… Là, on a une véritable liberté d’inviter qui on veut et de faire ce qu’on veut. Il y a un vent de changement et je pense que ça va faire du bien à tout le monde, surtout aux nouvelles générations.

Qu’avez-vous eu envie de présenter comme carte blanche ?

J’ai décidé de me surprendre moi-même. C’est une carte blanche, alors je fais ce que je veux. J’ai donc ramené des numéros que je faisais dans les bars, il y a 15 ans. Je me venge aussi : il y a des gens qui vont se sentir moins bien après le gala. Aussi, je fais un numéro avec mon amie Brigitte Boisjoli, que je trouve tellement drôle.

Vous n’avez pas peur de vous planter en courant des risques ?

Dans la vie, lorsqu’on ne risque rien… on reste dans ce qu’on connaît. C’est ben plus le fun de se mettre en danger ! J’ai vraiment voulu faire autre chose, me déstabiliser. J’ai 43 ans ; je suis à l’âge d’aller dans des zones où je ne vais pas normalement. Et sincèrement, dans les sept segments que je fais, il y en a six qui vont marcher. Il y en a un que je me dis… peut-être pas… mais, vous savez, il y a aussi 12 autres personnes qui vont venir faire triper le public sur scène.