Guillaume Wagner présentera son troisième spectacle solo, Du cœur au ventre, mercredi prochain au Théâtre Outremont. Abonné à la controverse, l’humoriste qui a fait la manchette pour une blague sur Marie-Élaine Thibert ou en critiquant la campagne publicitaire de Martin Matte avec Maxi fait ses adieux aux attaques gratuites pour mieux affûter sa critique sociale. Conversation avec un angry white male repenti.

Stéphanie Vallet Stéphanie Vallet
La Presse

Juvénile. Provocateur. Gratuit. Voici les adjectifs utilisés par Guillaume Wagner pour décrire Cinglant, son tout premier spectacle. Treize ans après cette expérience humoristique initiale, il pose un regard amusé sur son personnage de scène de l’époque. Mais qu’est-ce qui a bien pu changer ?

« J’ai encore en moi ce petit côté punk un peu sale qui fait un fuck you et crache dans la lentille. Mais je regarde mon premier spectacle et je trouve ça quasiment cute. Je fais presque une crise de bacon sur scène, je suis surexcité de pouvoir dire ce que je veux sans qu’il y ait de conséquences. Mais finalement, il y en a eu beaucoup ! », s’exclame Guillaume Wagner, qui, avec les années, a compris qu’il devait choisir ses combats, mais surtout ses cibles.

« Je regrette tout ce qui est arrivé avec Marie-Élaine Thibert. Je me disais qu’il fallait que les humoristes aient une liberté d’expression, mais, avec du recul, je me rends compte qu’il y a des conséquences. Sauf quand on tombe dans les poursuites judiciaires ; ça, c’est inacceptable. Mais ça serait quand même cool qu’un jour un humoriste se plaigne de ne pas pouvoir dire ce qu’il veut parce qu’il s’en est pris à une multinationale. Actuellement, on est plus dans “on peut même plus rire des races”. Oui, tu peux, mais bienvenue en 2019 : les gens vont te répondre sur les réseaux sociaux. La liberté d’expression est valable des deux bords », estime l’humoriste.

« Un spectacle d’humour, c’est une relation de confiance avec le public. Yvon Deschamps, les gens l’aimaient pour mourir alors qu’il repoussait les limites. Moi, il y a des affaires où le public ne me fait pas 100 % confiance. C’est un pacte avec les spectateurs qui délimitent ton carré de sable. Je dois naviguer à travers ça. »

À 35 ans, Guillaume Wagner pense même qu’il a pu flirter, à ses débuts, avec des valeurs qu’il ne considère pas du tout comme les siennes. « Il y avait un peu d’angry white male dans mon humour, quelque chose d’un peu fâché, de manière égocentrique. Quand j’étais jeune, je me sentais un peu incompris. Avec les années, j’ai appris à canaliser tout ça. Des gens viennent me voir aujourd’hui pour me dire qu’ils me préféraient à mon premier spectacle. Ça me dérange parce qu’ils aimaient certains préjugés, parfois machos, que j’avais », confie-t-il.

Le showbiz et ses monstres

Alors qu’il gagnait rapidement en popularité et connaissait un certain succès auprès des femmes, l’humoriste a senti qu’il était sur le point de déraper. Il entretient depuis un rapport trouble avec la célébrité et le showbiz et n’hésite pas à le dénoncer dans son nouveau spectacle. 

« Ça te monte à la tête assez rapidement. Je ne voulais pas devenir comme les gens que je méprise. J’ai eu des mois de déprime. Je ne me reconnaissais plus. C’est pour ça que je suis aussi critique du show-business, car j’en ai peur. Donnez du pouvoir à n’importe qui, ça va mal virer ! Tous les pires démons que tu as en toi ressortent. »

L’humoriste estime d’ailleurs que le mouvement #moiaussi qui a déferlé sur le Québec à l’automne 2017 dans la foulée des affaires Salvail et Rozon en est la manifestation la plus flagrante. « Il y a des monstres dans le show-business. Pas seulement dans des cas d’agressions sexuelles, mais aussi dans la manière de traiter d’autres êtres humains », dit-il. 

Son indignation face aux affaires Salvail et Rozon en octobre 2017 a été telle qu’il a décidé de prendre les choses en main sur ses réseaux sociaux. Un choix qu’il regrette amèrement avec le recul.

« Sur le moment, je voyais des choses circuler, mais il ne se passait rien. J’étais convaincu que le silence des gens avait été acheté et j’ai publié un message sur Facebook et Twitter. Mais ça ne m’appartenait pas, tout ça », se souvient l’humoriste.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Devenu papa l’an dernier, Guillaume Wagner avoue que la venue de son fils a eu un impact certain sur son nouveau spectacle, Du cœur au ventre. 

« J’ai beaucoup appris. On en parlait entre nous dans le milieu, on se crinquait et on se disait qu’il fallait faire de quoi. Et c’est là que tu fais la mauvaise affaire. »

Touché par la vague #moiaussi, Guillaume Wagner a décidé de lui consacrer un numéro dans Du cœur au ventre. « Je sais qu’il y a encore un peu cette image de virilité en moi, de “gars gars”. Alors j’ai essayé de l’utiliser à des fins plus judicieuses dans ce numéro. Je m’adresse ainsi au public, de gars à gars. C’est facile de s’enfermer dans sa chambre d’écho en s’alimentant d’arguments comme “on est castrés par le féminisme”, et certains médias véhiculent ça. J’avais envie de leur dire : “Ça va aller, tu as juste à évoluer avec la patente, tu n’as pas besoin de ta masculinité toxique.” Et je parle d’expérience », confie-t-il.

L’heure des choix a sonné

Devenu père l’an dernier, Guillaume Wagner avoue que la venue de son fils a eu un impact sur son nouveau spectacle. Il se sert d’ailleurs de sa paternité pour donner le ton à Du cœur au ventre

« Quand j’ai eu mon enfant, je ne pouvais plus écrire sur autre chose. Mais je l’ai relié au spectacle, en faisant une réflexion sur le modèle que je veux être, ce que je veux transmettre, quel est le monde dans lequel je l’envoie. Les gens sont attendris et se disent que je ne peux pas être méchant ! »

« Les gens me demandent si la paternité m’a adouci. Ça m’a changé, mais je ne sais pas à quel point ça a changé mon humour. Ça a surtout modifié mes perceptions. »

Fidèle à ses principes, mais surtout à ses valeurs, Guillaume Wagner n’a pas eu peur de faire des choix au cours de sa carrière, même si ces derniers pouvaient lui nuire. C’est dans cette logique qu’il a critiqué l’association publicitaire de Martin Matte avec Maxi ou qu’il explique aux spectateurs, dans Du cœur au ventre, qu’ils peuvent choisir de quitter un emploi qu’ils détestent.

« Il y a une loi non écrite entre les artistes où on se donne le droit de faire un peu tout ce qu’on veut, et ça peut parfois être assez immoral. J’ai brisé ce pacte-là, d’une certaine manière, en disant qu’il faudrait réfléchir aux choix qu’on fait. Tu peux critiquer le système, mais tu ne critiques pas ceux qui en profitent. C’est ça, le showbiz : si tu ne veux pas être à table, va à celle des enfants. Je suis barré à bien des endroits à cause de ça », admet l’humoriste. 

« Il y a bien des affaires que je n’accepterais jamais. Je suis un fan d’humour et je veux faire avancer cet art le plus possible. Des affaires de publicité ou d’animer un quiz, je ne comprends même pas pourquoi on me l’offre ! », conclut-il.

Du cœur au ventre, au Théâtre Outremont le 8 mai à 20 h

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