Cure de nostalgie? Cure de rajeunissement? Robert Smith n'a cure de ces considérations. Trente ans plus tard, le rouge lui dégouline encore dans les commissures des babines, ses paupières sont encore noires de kohl, sa fontaine capillaire jaillit désormais sur un faciès arrondi par les lipides. On pourrait conclure à une caricature. À un personnage plus pathétique que mythique.

Publié le 3 août 2013
ALAIN BRUNET LA PRESSE

Qui plus est, à une plate gestion de patrimoine puisque The Cure n'a pas pondu d'album majeur depuis une mèche et que ses membres les plus anciens ont dû faire appel à des renforts au cours des dernières années - surtout le redoutable guitariste Reeves Gabrels, qui a déjà fait la guerre avec Bowie.

On pourrait aussi se formaliser du choix d'une telle tête d'affiche pour un festival indie s'adressant surtout à la tranche des 18-24 ans. Ce serait faire preuve de naïveté crasse, l'indie s'est assagie depuis un moment déjà et se dirige allègrement vers le conformisme rock. Ce qui justifie amplement l'invitation de The Cure, référence incontournable du rock ; tant de jeunes formations s'abreuvent aujourd'hui de cette mixtion unique de punk, new wave et rock vaguement gothique. Et puisque la majorité absolue de la faune au parc Jean-Drapeau n'était pas née à la grande époque, raison de plus pour venir s'instruire au musée d'art vivant.

Alors? Le Britannique est toujours là, devant nous. Et l'ébouriffé affiche une forme artistique exemplaire. Contrairement à sa taille, la voix de Robert Smith est restée intacte. Idem pour ses riffs et solos de guitare, simples et pertinents pour la plupart. Et il chantera Friday I'm In Love, en ce vendredi finalement épargné par la pluie!

Étonnamment, cette carence prolongée en nouvelle substance chez The Cure n'empêche en rien son front man de donner une solide performance. On pourrait même affirmer que la facture d'ensemble est plus tonique qu'à la grande époque. Plus précise, plus musclée, plus synchro, moins indolente et, pourtant... moins magique que les célébrations du groupe vécues à Montréal dans les années 80.

Plusieurs jeunes l'ont d'ailleurs saisi hier; une partie de la foule avait migré vers d'autres scènes avant de rentrer. Quant à la majorité des spectateurs venus à la scène de la Rivière, dont un contingent plus âgé, ils sont restés jusqu'au dessert : The Lovecats, The Caterpillar, Close to Me, Hot Hot Hot!!!, Let's Go to Bed, Why Can't I Be You, Boys Don't Cry, coït interrompu brusquement par le couvre-feu. Cure de nostalgie, tout compte fait?