Érigé sur une élégante section de cordes et une section rythmique de haute volée, avec le concours d'un pianiste, d'un flûtiste et de voix typiquement cubaines, l'Orquesta Aragón se produit depuis 1939. En selle depuis 74 ans, cet ensemble n'a jamais cessé de tourner depuis sa fondation!

Alain Brunet LA PRESSE

Au fil de sa trajectoire pour le moins impressionnante, la formation est venue à Montréal, notamment au Festival international de jazz en 2002. Cette fois, elle clora les 27es Nuits d'Afrique.

À l'origine, le groupe avait été fondé par le contrebassiste Orestes Aragón, qui en porte toujours le nom même s'il dut en quitter la direction musicale en 1948. Lorsque le chef eut des ennuis de santé et démissionné, le violoniste et chanteur Rafael Lay se retrouva à la barre.

À la mode

L'Orquesta Aragón devint alors l'un des plus populaires des trois Amériques, d'abord parce qu'il fut l'un des principaux véhicules du cha-cha-cha, soit LE rythme à la mode de l'Occident au début des années 50... au moins trois décennies avant qu'on ne parle de world music ou de sono mondiale! Le profil biographique du groupe nous indique que l'initiateur du cha-cha-cha, Enrique Jorrin, avait offert gratuitement ses partitions à l'orchestre avant que son flûtiste, Richard Ergües, n'en perfectionne le style et ne multiplie les tubes. Au tournant des années 60, le rythme pachanga, mélange de son montuno et de merengue, fut mis de l'avant par l'orchestre, ce qui lui valut carrément la renommée internationale.

Lorsque le directeur musical en poste depuis 1948 mourut d'un accident de la route en 1982, son fils Rafael Lay Bravo prit la relève. Il en assume le leadership depuis lors. Joint à Cuba avant de faire le voyage à Montréal, il résume la marque Aragón: «C'est le même orchestre depuis le début, même si les membres ont changé au fil du temps. La même démarche a survécu aux époques et générations: jouer les musiques populaires classiques de Cuba. Lorsqu'il fut constitué, l'ensemble s'inspirait des musiques cubaines de la première tranche du siècle précédent, puis il s'est adapté aux genres émergents sans perdre son essence originelle. Aujourd'hui, nous touchons tous les styles essentiels de la musique cubaine: cha-cha-cha, danzon, bolero, guajira, guaguanco, son, rumba, guaracha, etc.

«Parce que nous formons une institution de la culture cubaine, renchérit Rafael Lay Bravo, nous voyageons beaucoup à l'étranger; nous nous produisons régulièrement en Europe comme dans les Amériques. Le personnel y est stable, la qualité de notre son repose d'ailleurs sur cette stabilité. Notre défi de tous les jours consiste à rafraîchir ce son sans le dénaturer.»

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En clôture des 27es Nuits d'Afrique, l'Orquesta Aragón se produit dimanche, 21h45, au Parterre du Quartier des spectacles. Gratuit.