Il n'y avait que deux instruments sur scène mardi soir au Cabaret du Mile End. Une lyre à six cordes (le krar) et quelques tambours (le kebero). Mais le groupe éthiopien Krar Collective a démontré qu'il était possible de faire beaucoup avec peu.

Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

Le trio, qui se produisait pour la première fois à Montréal aux Nuits d'Afrique, se situe à l'inverse du fameux funk éthiopien qui explose depuis 10 ans sur la planète world. On baigne ici dans le traditionnel «pur jus», pour ne pas dire le tribal, voire le primitif. Pour le meilleur et le plus redondant.

Krar Collective met beaucoup d'énergie dans ses interprétations de chants du terroir éthiopien. Certains les ont comparés aux White Stripes éthiopiens. L'analogie est un peu poussée. Mais il y  effectivement quelque chose de rock'n'roll dans la façon dont Temesgen Zeleke (krar) et Robel Taye (kebero) attaquent leur répertoire, à grands coups d'arpèges basiques, de battage de peau et de riffs exotiques surgis du fonds des âges.

C'est la chanteuse Genet Assefa qui est toutefois la révélation du trio. Debout entre les deux musiciens, elle chante, hulule, danse et change de vêtements à chaque trois chansons. Son afro impérial, clin d'oeil à l'âge d'or du funk éthiopien, rayonne comme un soleil noir au milieu de la scène vide. Même si ses présences sont espacées, elle attire indiscutablement l'attention, tout particulièrement dans les morceaux plus mystiques, un filon que le groupe gagnerait d'ailleurs à explorer d'avantage.

On pourrait dire que Krar Collective fait de la musique pour touristes avec du tranchant. Son spectacle est comme un «best of» vitaminé du folklore éthiopien, costumes inclus. Mais soyons honnêtes: il faut aimer le genre. Après deux heures, le traitement peut paraître répétitif. 

C'était manifestement le cas du public, composé d'Éthiopiens, de hipsters et d'amateurs de musiques du monde, qui a dansé une bonne partie de la soirée sourire aux lèvres. Certains sont même montés sur scène en secouant les épaules, selon la coutume éthiopienne. 

Facile en apparence, mais on vous met au défi d'essayer.