Créée à Québec il y a deux ans par Sylvain Genois, la troupe de cirque Les Confins vient présenter RUP-TURE(s), du 14 au 17 juillet à Espace Go, dans le cadre du 1er Festival Montréal complètement cirque. L'univers de ce spectacle contemporain, mis en scène par Kevin McCoy, fait penser à celui de Robert Lepage.

Éric Clément LA PRESSE

RUP-TURE(s) est inspiré du dernier chapitre d'un essai du philosophe russe Lev Chestov, Les commencements et les fins. Le fondateur des Confins, Sylvain Genois, a fait des études en philo et en russe et a approfondi un thème philosophique.

«Je voulais travailler sur l'altérité, dit-il. Dans mon rapport au cirque, j'ai toujours vécu quelque chose comme un rapport exigeant à l'autre, une rencontre dans une zone restreinte où la confiance est importante et où on se sent quand même étranger à l'autre.»

Il a fait appel à Kevin McCoy pour ce projet. Ils ont présenté d'abord une version «laboratoire» à Québec en 2008, puis une à Cherbourg, en France, en 2009 et enfin à la Gare Dalhousie, à Québec, en avril dernier.

RUP-TURE(s) dépeint une journée dans la vie d'un individu. Les ruptures sont les contrastes, la vie, la mort, les changements dans nos vies, dans nos humeurs. Le «s» du titre RUP-TURE(s) est là pour rappeler qu'il y a des petites et des grandes ruptures, dit Kevin McCoy.

Le spectacle est joué par cinq interprètes, qui font du trapèze, du main à main, de la banquine, des jongleries et des acrobaties (Sylvain Genois, Martina Abura, Anne-Fay Audet Johnston, Geneviève Bérubé et Francis Julien), et un musicien, Fred Lebrasseur, présent sur scène, comme un DJ, sur une plateforme mobile surmontée d'un lit incliné.

La Presse a assisté aux répétitions. La troupe a d'abord cherché à s'approprier la scène d'Espace Go, à trouver ses repères, à travailler la lumière. «Il y a quelque chose de cinématographique dans RUP-TURE(s), dit Sylvain Genois. Parfois, je me demande si on a assez de cirque! On laisse parfois aller la technique circassienne pour plus de théâtre.»

L'entraînement de Geneviève Bérubé sur une chaise aérienne était impressionnant. «Tout le monde veut voler, veut rebondir, veut sauter d'un édifice à un autre, dit Kevin McCoy. C'est ce que la chaise permet.»

Fred Lebrasseur, lui, s'est inspiré de compositeurs russes, contemporains de Chestov: Rachmaninov, Scriabine et Chostakovitch. Sa musique fait toutefois plus «dans le bruitage», dit-il. Comme ses autres collègues, notamment Kevin McCoy, Fred a travaillé avec Ex-Machina, la compagnie de Robert Lepage.

«Il y a une influence lepagienne, dit Kevin McCoy. À Québec, on n'est pas nombreux dans la communauté artistique, donc on se mêle plus facilement. Mais je le fais aussi à ma façon avec beaucoup d'influence de Chicago.»

Métissage

RUP-TURE(s) est un métissage: «On est une jeune compagnie formée de gens venant du théâtre et de la danse, dit Sylvain Genois, âgé de 35 ans. Dans RUP-TURE(s), il y a le romantisme d'Éloize, la sensualité des 7 doigts et l'existentialisme des Confins. Je voulais qu'on se sente touché par le propos, plus qu'épaté par les acrobaties.»

Et puis, il y a la touche de Kevin McCoy. Né aux États-Unis, il fait du théâtre depuis 25 ans, comme comédien, créateur et metteur en scène. Après avoir joué 11 ans à Chicago, il s'est installé à Québec en 1996 et a commencé à toucher au cirque 10 ans plus tard. «J'ai eu un coup de coeur en faisant le spectacle des finissants de l'École de cirque de Québec, dit-il. Il y a une telle énergie chez ces jeunes.»

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RUP-TURE(s) à Espace Go. Jusqu'au 17 juillet.