Par une lettre envoyée au festival Juste pour rire, hier, l'organisme juif B'nai Brith a demandé le retrait de l'affiche de la pièce Le prénom où l'on voit un bébé portant une moustache ressemblant à celle d'Adolf Hitler.

Mis à jour le 12 juill. 2012
Éric Clément LA PRESSE

Dans cette lettre obtenue par La Presse, les auteurs, Me Moïse Moghrabi, vice-président de l'organisme, et Anna Ahronheim, responsable des relations avec la communauté, écrivent avoir reçu «plusieurs plaintes de membres de la communauté juive de Montréal exprimant leur indignation face à cette publicité qui rappelle le salut nazi [...]».

Ils ajoutent que l'affiche, «sous le couvert de l'humour», évoque «des souvenirs douloureux de la période la plus haineuse de l'histoire de l'humanité» et réclament qu'elle soit retirée «immédiatement».

Juste pour rire a fait parvenir à B'nai Brith, hier, une réponse écrite par André Picard, vice-président, Affaires publiques et corporatives, du Groupe Juste pour rire. Dans cette lettre, M. Picard dit regretter que «le visuel de cette affiche ait créé de l'inconfort parmi certains membres de la communauté juive de Montréal».

Il ajoute: «Avez-vous lu ou vu la pièce Le prénom? Nous pensons qu'il est essentiel que vous jugiez par vous-mêmes du contenu de son texte qui dénonce fortement l'antisémitisme.»

Dans la pièce Le prénom, un personnage déclare avoir choisi de donner à son futur enfant le prénom du dictateur allemand. André Picard explique au B'nai Brith que le choix du prénom déclenche «une série de désopilantes et hilarantes confessions, révélations et des quiproquos personnels et familiaux». Rien d'irrespectueux envers les juifs, selon lui.

«Nous avons à notre emploi plusieurs membres de la communauté juive montréalaise, dont Andy Nulman, président Festivals et télévision, qui a approuvé l'affiche, écrit-il. Les autres employés que nous tenions à consulter n'ont pas eu d'objection. Il nous ferait plaisir de vous offrir des billets pour que vous assistiez à la pièce et que vous vous en fassiez votre propre idée.»

«Effectivement, qu'ils viennent voir la pièce et ils jugeront après», a dit Gilbert Rozon à La Presse, hier soir.

De confession juive, Andy Nulman est surpris par la réaction du B'nai Brith. «Je suis en accord depuis le début avec ce choix, dit-il. Je savais que c'était controversé. Mais quand on regarde la comédie musicale The Producers, aux États-Unis, écrite sur Hitler, on peut certainement, nous, faire une affiche qui explique le tournant de notre pièce. D'autant plus que ce n'est pas antisémitique, mais pro-sémitique!»

M. Nulman estime que le B'nai Brith critique l'affiche «hors contexte». Il ajoute: «Je suis passé devant l'affiche avec une amie dont la grand-mère est une survivante de l'Holocauste, elle riait, disait que peut-être sa grand-mère ne trouverait pas ça drôle, mais qu'elle comprenait le sens de l'affiche car la pièce de théâtre est anti-antisémitique.»

La Presse a tenté en vain de joindre Me Mohrabi et Mme Ahronheim, même avec l'aide de l'avocat du B'nai Brith, Steven Slimovitch, qui n'a pas commenté cette affaire, car il a dit ne pas être au courant du dossier.