Des blagues en dessous de la ceinture et au-dessus de la censure, ils en font leur spécialité. Ils font rire un public averti, en quête d'un humour qu'on ne verra jamais à la télé. Discussion avec Mélanie Couture, Frank Grenier et Mike Beaudoin, des humoristes qui jouent avec les tabous. Et l'opinion de Jean-François Mercier, qui, dans le domaine, en connaît un bout...

Chantal Guy LA PRESSE

Dans le monde de plus en plus contingenté de l'humour, ils ont choisi de faire bande à part en s'adressant à un public plus restreint. Vous ne verrez jamais l'un de leur numéro dans un gala Juste pour rire officiel, disons. Alors à quoi ça sert, de faire de l'humour extrême? «Tous les humoristes ont une filière de blagues censurées, c'est une libération de pouvoir les raconter sur scène, une petite jouissance intérieure, dit Mélanie Couture, qu'on peut voir dans le Show XXX, un spectacle essentiellement basé sur les blagues cochonnes, si on veut. Pour son collègue Mike Beaudoin, avec qui elle partage la scène, l'humour cru a été une façon de se faire connaître. «Quand on fait la tournée des bars, surtout en région, on se rend compte que ça marche plus. En un sens, c'est plus facile. Au début, je n'étais pas super bon, mais j'ai amélioré mes gags: écrire un gag de sexe peut être aussi difficile qu'écrire un gag politique.»

Frank Grenier, lui, anime les Lundis G.H.B. au bar L'hémisphère gauche depuis un an, dont les meilleurs numéros ont été repris au Studio Juste pour rire ce week-end. G.H.B., c'est pour «gore, hard et brutal», un humour une coche au-dessus (ou en dessous pour ceux qui n'aiment pas ça), de l'humour XXX. On y rit de tout ce qui est à éviter pour un humoriste: avortement, viol, pédophilie. Le trip, en quelque sorte, est non seulement d'inventer une blague interdite, mais d'oser la dire devant public. «C'est corrosif et méchant, on touche des sujets qui ne sont pas drôles, mais c'est sans malice, explique-t-il. On fait le genre de blague que tout le monde fait dans son sous-sol, mais en public. Le plus drôle, c'est de voir un humoriste qui a de la misère à assumer sa joke, le public aime le voir sortir de sa zone de confort.»

La sexualité est le thème central du Show XXX, et ça tombe bien pour Mélanie Couture, qui est une ancienne sexologue ayant travaillé auprès des femmes en difficulté. Elle a un point de vue intéressant sur cette demande pour la «joke de cul»: «Tant qu'il y aura une pression constante à être bons et performants sexuellement, il y aura des blagues à connotation sexuelle. Je pense que chaque génération avait son lot de blagues grivoises, c'est juste que nous n'avons pas aujourd'hui la même définition de grivois.»

À force de dépasser les limites du bon goût et de la morale, est-ce qu'on découvre d'autres limites? Les trois humoristes affirment n'avoir jamais eu de mauvaise expérience avec leur humour. C'est que tout est une question de contexte. «Ceux qui font de l'humour G.H.B. ne font pas que ça, il faut s'ajuster, dit Frank Grenier. Ce doit être fait devant un public averti. On n'arrive pas avec ce matériel devant une gang de filles qui voulaient juste prendre un drink tranquille...»

«Le public de ce type d'humour n'est pas poli, ça va avec le genre, note Mélanie Couture. S'ils ne trouvent pas ça drôle, ils ne feront pas semblant de rire. C'est viscéral, et s'ils n'aiment pas ça, on le reçoit en pleine face!»

Les risques du gros cave

L'humour edgy est beaucoup plus courant chez les anglophones. Le marché québécois étant plus petit, peu d'humoristes font carrière dans ce créneau ici, à part Mike Ward et Jean-François Mercier. Et encore là, non sans heurts. Ce sont peut-être les deux seuls humoristes, d'ailleurs, à avoir connu le scandale, Mercier avec le Bye Bye et Mike Ward avec une blague sur Cédrika Provencher. «C'est un humour qu'on qualifie souvent de facile, mais pour avoir été au centre de plusieurs controverses, je me demande ce que c'est de l'humour facile!» dit en riant Jean-François Mercier, alias «le gros cave» et coauteur des Bougon. Il a déjà participé aux Show XXX de Juste pour rire il y a quelques années. Son avis? «Quand on fait le Show XXX, il ne faut pas s'attendre à avoir de bonnes critiques. C'est comme la porno pour le cinéma.»

Pourtant, Jean-François Mercier a réussi à imposer son humour à un large public, sans rester confiné à la tournée des bars. Il n'a aucun conseil de «choses à ne pas faire» pour les jeunes humoristes: «Ce sont parfois nos erreurs et nos débordements qui nous mettent sur la mappe. C'est un humour d'erreurs en quelque sorte, parce qu'on cherche toujours la ligne entre ce qui est drôle et ce qui ne l'est plus. On glisse soit d'un bord, soit de l'autre, ça fait partie de la game, du risque artistique.»

Quant à la vulgarité, intrinsèque dans ce type d'humour, elle est relative selon les sensibilités. «C'est beaucoup plus la réalité sur laquelle les blagues sont basées qui me choque, que les blagues elles-mêmes, note-t-il. Je suis plus choqué en écoutant les nouvelles que Juste pour rire. En ce qui me concerne, j'essaie toujours que ce ne soit pas gratuit, mais appuyé sur une démarche artistique. Il ne faut pas que la vulgarité soit vide. Par exemple, les Bougon, c'était extrêmement vulgaire, mais extrêmement vrai aussi. Au fond, il n'y a rien de plus hard ou de vulgaire que la réalité.»

LE SHOW XXX 2010, avec Mélanie Couture, Mike Beaudoin, Sébastien Ouellet et Dom Deschênes, demain, vendredi et samedi, 22h30 au Studio Juste pour rire. Billet: 17,75$.

Les lundis G.H.B. reviendront en septembre à L'hémisphère gauche.