Son père a parti le bal, sa soeur le fait encore et David Smith, l'homme-canon de 33 ans, s'envoie en l'air depuis sa sortie de l'école secondaire. Pour combien de temps encore? «Sais pas. Je m'amuse vraiment! «

Alain De Repentigny LA PRESSE

David Smith est un homme-canon de deuxième génération. Son papa - «mon seul concurrent», dit-il - a lancé la tradition familiale il y a près de 40 ans en fabriquant son propre canon, plus puissant, plus précis, dont David utilise présentement le huitième modèle. Chacun des sept enfants Smith a été propulsé par le canon paternel un bon jour, en commençant par sa soeur aînée Rebecca. Une autre soeur, Jennifer, 36 ans, est une femme-canon à plein temps, mais pas son jeune frère Russell, son complice essentiel. «Il faut que j'aie une confiance absolue en la personne qui me propulse hors du canon», dit l'homme-canon.

David Smith a donné pas moins de 350 spectacles dans quatre pays au cours de la dernière année. Son deuxième canon l'attend d'ailleurs en Angleterre. Il n'en est pas à sa première visite à Montréal où il a souvent fait son numéro avec le Super Cirque des Fêtes au Centre Bell. Il a même épousé une fille de Sept-Îles qui lui a donné trois enfants qui l'ont accompagné à Montréal pour revoir leurs grands-parents maternels. David et Russell ont stationné leur longue remorque et leur canon sur la place des Festivals mercredi après-midi. Ils venaient de parcourir 4800 kilomètres en quatre jours à partir de l'Utah avec un arrêt à la maison paternelle, au Missouri, pour y chercher de l'équipement.

Respect

David Smith passe parfois pour un freak, mais tout le monde lui voue respect et admiration dès qu'on le voit s'exécuter, dit-il. Son métier comporte en effet quelques risques. Smith passe d'une vitesse de 0 à 80 km/h en un cinquième de seconde et il est propulsé à 23 mètres dans les airs. «C'est plus haut que l'édifice là-bas», dit-il en montrant du doigt le Musée d'art contemporain. Il pénètre dans son canon par l'embouchure et se glisse jusqu'à l'extrémité arrière pendant que son frère active les contrôles dans la cabine arrière.

Quatre secondes après avoir été propulsé, David atterrit dans un filet disposé à 45 mètres du canon. «Quatre secondes d'une concentration très intense, dit-il. Il faut oublier la peur qui est toujours un peu présente. Quand je suis dans le canon, j'aligne ma tête, mes épaules et ma colonne vertébrale pour ne pas que mon corps plie ou qu'il se torde avant de sortir du canon. Et j'espère que tout va bien se passer. Avant même d'avoir conscience que je viens d'être propulsé, je suis déjà quatre mètres et demi à l'extérieur du canon. Je pense seulement à filer en ligne droite et à me redresser si le canon m'a projeté un peu de côté. Mais je suis pleinement conscient de ce qui se passe autour: j'entends la foule, je vois les enfants, je reconnais des gens. Si je tombe au bon endroit, le filet m'attrape comme un gant de baseball. Mais si j'atterris là où il y a une légère pente, c'est comme débouler un escalier à 80 km/h. Je risque de me fracturer les jambes.»

David Smith n'a jamais raté sa cible, mais il est déjà arrivé que le filet se déchire à son contact. Il en a été quitte pour une commotion cérébrale et des côtes fêlées: «J'y suis retourné le lendemain comme un cavalier qui remonte sur son cheval. Je savais que je reviendrais plus fort.»

Smith est très volubile, mais il refuse d'expliquer le processus par lequel son corps est expulsé du canon. «Un secret de famille», se contente-t-il de dire. Il porte évidemment un casque même si cette protection lui occasionne souvent des douleurs supplémentaires à l'atterrissage. A-t-il parfois l'impression de vivre dans un vieux corps usé? «Au contraire, mon corps est plus jeune que moi, dit-il. Mais il y a des jours où je n'ai vraiment pas le goût d'aller dans mon canon parce que je sais que ça va vraiment faire mal.»

Va-t-il à son tour initier ses enfants au métier d'homme-canon? «Ils sont trop jeunes, mais oui, je le ferais. J'ai voyagé dans sept pays et, partout, les gens sont toujours heureux de me voir et ils m'applaudissent après mon numéro. Je travaille comme un chien: la semaine dernière, j'étais tout graisseux, je réparais les essieux de la remorque, je faisais de la soudure et de la peinture. Mais j'adore mon travail.»

David Smith, l'homme-canon, à la place des Festivals, tous les soirs à 20h15 et à 22h30, sauf demain, à 16h45 et 20h15.