Pour un acteur qui se considère comme un «imposteur littéraire», Emmanuel Schwartz écrit de manière prolifique. À 30 ans, il signe avec Nathan une quatrième pièce en trois ans dans laquelle l'écriture est à la fois obsession et expiation. Un plein de mots pour se guérir des maux de l'âme, voilà l'effet Schwartz.

Luc Boulanger, collaboration spéciale LA PRESSE

Si Nathan, présenté ce soir au FTA, ne réussit pas à captiver durant près de trois heures, il y a là oeuvre originale et singulière. Un univers qui ressemble, toutes proportions gardées, à celui de Victor-Lévy Beaulieu. Avec ses débordements baroques, ses familles hystériques, sa quête des origines et ses amours incestueuses.

L'histoire est impossible à résumer ici. Nathan tient de la fresque nourrie de blessures narcissiques. Au centre de la pièce, le personnage éponyme (interprété par Étienne Pilon), un grand brûlé qui réunit sa famille afin d'essayer de dresser le récit de sa généalogie.

Cette saga baroque, déroutante, s'écoule sur un siècle et traverse les continents. Elle présente des personnages colorés, tous handicapés émotifs.

On se perd parfois au milieu de l'histoire de cette famille pas comme les autres. Mais Schwartz, qui signe aussi la mise en scène, effectue plusieurs clins d'oeil aux conventions théâtrales. Une licence dramaturgique qui insuffle un peu d'humour et de légèreté à ce récit lourd.

Or, c'est la mode chez les jeunes créateurs, ce côté «salle de répétitions» sur la scène et ces comédiens qui font des décrochages pirandelliens ici et là. Ces derniers servent très bien la proposition. Au premier plan, une mention spéciale à Étienne Pilon, un acteur très sensible (ce qui sert bien le propos de la pièce). Pilon nous rappelle un jeune Lothaire Bluteau: il y a une soif d'absolu dans son jeu sur la corde raide.

Ce quatrième opus du cycle des Chroniques d'Emmanuel Schwartz s'achève dans une hécatombe que n'aurait pas niée Shakespeare. L'auteur ne semble trouver comme unique soulagement qu'un désir de postérité, un legs dans la création. Qu'il se rassure: ces mots sont là pour résonner encore quelques années dans le paysage théâtral.

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Nathan d'Emmanuel Schwartz, au Théâtre Rouge du Conservatoire, le 28 mai à 19h.