Thomas Fersen a entraîné son public mercredi soir dans son univers «romantique noir», très élégant dans son costume noir, svelte comme un jeune homme, souriant et manifestement heureux de se retrouver encore une fois sur une scène montréalaise. Mais ce spectacle en dents de scie présenté au Métropolis a convaincu à moitié, trop axé sur les chansons de son plus récent album, Je suis au paradis.

Josée Lapointe LA PRESSE

On aime quand les artistes évoluent et ne font pas du surplace, mais Thomas Fersen est peut-être un peu exigeant avec son public. Plusieurs nouvelles chansons tiennent clairement la route - Dracula, Félix le centenaire jouisseur, Le balafré qui «jouait de la scie musicale». Mais il reste que la fête promise n'a pas tout à fait eu lieu, décollant seulement à certains moments quand il entonnait de vieux titres comme La chauve-souris, Monsieur, Zaza et Saint-Jean-du doigt.

Personne n'a boudé son plaisir: ni les spectateurs qui écoutaient avec attention Thomas Fersen décrire son univers peuplé de monstres et de morts, ni le chanteur qui à la fin nous remercie «pour la belle soirée». Il parle peu, mais déconne beaucoup sur Diane de Poitiers - entonnée en choeur par le public qui avait envie de chanter -, nous demandant de montrer nos fesses... C'est décalé comme ça qu'on l'aime, avec son côté grivois chic. En rappel, il chante ensuite une étrange chanson d'amour en adoptant une voix nasillarde qu'on ne l'aurait jamais pensé capable de prendre.

Mises à part quelques touches plus rock, on était beaucoup plus dans une ambiance «chanson française» mercredi soir. Thomas Fersen donne un spectacle très classique, entouré de musiciens habillés de noir, un batteur, un guitariste, une violoniste et un accordéoniste. Il se promène entre son piano et son micro, gratte souvent son ukulélé - pour notre plus grand plaisir. Tout l'enrobage de la soirée est dans le ton des chansons, très somptueux, et c'est vrai que par moments on se croyait dans la grande salle de bal d'un château.

On ne peut donc pas parler de déception: l'échange constant entre le chanteur et le public qui lui crie son appréciation et les grands sourires affichés de part et d'autre en disaient long. Mais pour rester dans les thèmes chers à Fersen, on peut quand même parler de désir inassouvi...