En recevant le prix Félix-Leclerc, Bernard Adamus vient de remplir jusqu'à ras bord la soute à récompenses pour son album Brun, paru au printemps 2009. Maintenant que tout a été gagné, il est temps de passer à autre chose. Pour clore en beauté deux fantastiques années dans une vie musicale, un dernier concert à Montréal sur la grande scène des Francos, avec les amis et les fans.

Philippe Renaud, collaboration spéciale LA PRESSE

Alors, comment va la vie, Bernard Adamus? Calé sur la chaise d'un petit café de l'avenue Laurier, le grand bluesman éclate d'un rire qui dit tout. Qu'est-ce que t'en penses, chose?

Faisons le décompte. D'abord le Festival de la chanson de Petite-Vallée. Six des dix prix remportés, on appelle ça un cambriolage. Puis la SOCAN (prix Écho de la chanson), les Francouvertes (les grands honneurs et la ribambelle de prix satellites), l'ADISQ (Révélation de l'année 2010), le GAMIQ (quatre prix), maintenant le Félix-Leclerc. Je crois que le compte est bon.

Fabuleuse, la naissance d'Adamus aux yeux du grand public. Deux ans de pur éblouissement qui se lisent dans le sourire du chanteur. Mais là, une pause s'impose, et elle arrivera cet automne, après avoir honoré un calendrier estival bien rempli. Il faut revenir avec du neuf, avant que le public ne se fatigue.

« Le concert aux Francos, ça symbolise un peu ça. C'est cool d'abord qu'ils nous réinvitent, pour la troisième année de suite «, dit-il. Il a fait une première scène extérieure en 2009 pour faire connaissance avec les festivaliers, deux soirs torrides à L'Astral l'an dernier pour confirmer l'engouement, et il fait le jam de ce soir pour remercier tout le monde.

« Une sorte de «carte blanche», comme y'appellent? », dit Adamus sur le ton prudent du gars qui ne veut pas tout dévoiler de sa fête. « On a tendu des perches, pas mal de perches. Il y en a qui voulaient, il y en a qui ne pouvaient pas, d'autres n'ont pas répondu. Au bout du compte, je suis content de ce qu'on a. » De confirmés: Fred Fortin, Marie-Pierre Arthur, Gatineau. Ça sent déjà bon.

« Va maintenant rester à faire de la musique », note-t-il. Ce concert est un cadeau pour les fans que l'intéressé perçoit aussi comme un défi. Sa musique, dit-il, est une affaire essentiellement acoustique. Bien sûr, même avec des grosses guitares sèches, une contrebasse et une batterie des plus rudimentaires, l'Adamus Band rocke plus que bien des branchés aux amplis crinqués. « Mais sur une grosse scène, devant une grosse foule de même, est-ce que ça va marcher? », se demande-t-il.

Il veut rester simple, malgré le décorum attaché à ladite blanche carte et à sa vaste scène. Donner le concert qu'il a toujours donné avec succès, sinon une version encore plus « brune » grâce au concours des collègues invités. « Le public qui m'a vu en show connaît ce que je fais, je ne veux pas changer ça. Et puis, c'est déjà assez stressant comme ça de donner un gros spectacle de même...»

La suite

Un dernier petit coup, avant de réfléchir à la suite. Elle est déjà partiellement écrite, d'ailleurs. Ceux qui suivent la troupe à Bernard connaissent déjà plusieurs titres à endisquer. Les autres, il ira les composer pendant ses vacances, « dans un chalet qu'un ami [lui] prête, sur le bord de l'eau, en Outaouais».

« J'ai besoin de décrocher, de sortir de la ville et du show pour essayer d'écrire, sinon je n'ai pas de recul », dit celui qui s'est accordé quelques semaines de repos et de ressourcement dans l'arrière-pays turc cet hiver.

« La musique, avoue-t-il, c'est devenu aussi un job, avec sa part de bonheur et de stress. C'est tout d'un coup pas mal de gens et d'affaires à gérer. Mais c'est vraiment le fun. Faire des shows, se promener en truck, être fatigué, mais être bien. J'ai encore le nez dedans. Je sais ce qui va m'arriver jusqu'à l'automne. Après, ce sera pour le nouveau disque. »

« Ce qui m'inspire ces temps-ci? La même chose qu'avant. Ce que je vis. Ce que je vois. Les amis, le monde qui m'entoure. Pour moi, ça sort naturellement. Je ne vois pas pourquoi j'arrêterais de faire de cette peinture laide, la peinture du quotidien. Ça sort comme ça; si je m'impose des thèmes, des barèmes, je bloque. Des idées précises, je ne sais pas quoi faire avec. Mais des personnages comme des amis, je ne sais pas pourquoi, je suis capable d'en faire des chansons. Le prochain disque sera la suite de mon aventure personnelle, en quelque sorte. »