Plus qu'être femme, l'un des thèmes de son plus récent album, c'est être chanteuse que célébrait dimanche Marie-Élaine Thibert au théâtre Maisonneuve, avec ses hauts et ses bas.

Marie-Christine Blais LA PRESSE

Les bas? Outre ses oreillettes-moniteurs qui ne cessaient de tomber et la chaleur excessive sur scène, c'était un théâtre Maisonneuve moins rempli qu'il y a six ans, aux Francos, et c'est un peu dommage pour les adeptes de belles voix et de chansons pop de qualité. Car les hauts de ce spectacle, c'est d'abord le timbre vocal, riche, puissant, chaleureux de Marie-Élaine Thibert, qu'elle utilise à ravir lorsqu'elle interprète Le tour de l'île de Félix Leclerc ou qu'elle puise dans son propre répertoire (toujours mieux servi quand elle le chante en spectacle plutôt que sur disque). C'est aussi l'évolution de la jeune femme, qui suit désormais son instinct et ses convictions, ce qui n'est pas exactement très courant dans le milieu de la chanson populaire.

En outre, elle présente là un spectacle de chansons populaires de qualité, de facture intemporelle et de bon goût, notamment au titre des arrangements et des harmonies vocales (signés par la claviériste Julie Lamontagne): la réactualisation du tempo et des orchestrations de La légende du cheval blanc de Léveillée (qui figure sur son dernier disque!) en témoignait.

Marie-Élaine Thibert fait une large place à ses nouvelles chansons, qui ne sont pas toutes d'égale qualité, mais qu'elle défend bien puisque ce sont ses choix à elle. C'était tout de même fort agréable -et fort apprécié des spectateurs- de l'entendre aussi chanter un de ses premiers succès (Dans chacun de mes silences, Le ciel est à moi...) ou un pot-pourri de Brel. En raison de l'heure de tombée, on n'a pas pu assister à toute la représentation, mais le public (nettement plus âgé que la jeune chanteuse) semblait ravi de sa soirée.

Soirée qui a débuté de toute façon sous le signe du charme puisque c'est Ingrid St-Pierre qui assurait la première partie. La petite demoiselle malicieuse est arrivée en leggings rouges et en corsage matelot, fraîche comme une eau de source pas du tout embouteillée: c'était d'autant plus charmant qu'elle était accompagnée d'un trio à cordes en robe longue noire et qu'elle jouait sur un vénérable et très formel piano à queue. Le public a pu découvrir sa voix délicieusement haut perchée sans être agaçante, ses petites valses tristes qu'elle double de textes parfois souriants, parfois mélancoliques, où il est question de sa famille ou de ses amours. Elle rappelle la Lynda Lemay des tout, tout débuts, très personnelle et douée, et on souhaite de tout coeur à Ingrid St-Pierre de résister à l'attrait des chansons thématiques en série... Car la jeune femme a vraiment un petit je ne sais quoi qui retient l'attention et l'oreille -elle a d'ailleurs eu droit à des applaudissements très nourris à la fin de sa prestation. Être chanteuse, c'est aussi cela.

Quelques mots sur...

Philémon

Dimanche, la tente Slam bien remplie était littéralement ensorcelée par le jeune auteur-compositeur Philémon, dont les chansons douces-amères en français et en espagnol prenaient vraiment plus de relief sur scène, nettement plus convaincantes que sur disque. Philémon a une de ces voix dont on ne se lasse pas, toujours sur le point de se briser mais jamais rompue, à la fois juste, frémissante et déchirante, comme  celle d'Anthony Hegarty (du groupe new yorkais Antony and the Johnstons), avec quelque chose de Nina Simone aussi! Ce qui est bien, c'est que Philémon est beaucoup plus joli qu'Antony, qu'il est accompagné d'excellents musiciens (dont l'incroyable Philippe Brault), que ses chansons ont une finesse et un une présence réelle et qu'on a vraiment hâte de le revoir en spectacle.

Mara Tremblay

Vendredi, à l'Astral, le public écoutait dans un silence fervent et affectueux la belle Mara chanter ses chansons toute seule, comme une grande, à la guitare, au piano, sans rien d'autre qu'un délicieux éclairage et sa formidable présence. Drôle comme tout quand elle parle, elle a fait craquer les spectateurs par sa vulnérabilité assumée quand elle chante. Mais aussi par ses dons de mélodiste, de musicienne aguerrie et de chanteuse à part entière.