«L'Orchestre symphonique de Québec, ça vend pas au Festival!», laisse tomber un membre de la direction en observant toutes ces rangées vides qui donnent à l'Amphithéâtre un aspect cruellement désertique.

Publié le 3 août 2013
CLAUDE GINGRAS LA PRESSE

Plutôt déprimante, en effet, la soirée d'hier. Tout d'abord, il faisait froid. Il a même grêlé dans la journée, affirment les gens du coin. Il faut dire que le Festival a commencé très tard cette année: le 13 juillet. Il fut un temps où il débutait fin juin. Cette année, l'horaire du Festival dépend de l'horaire des superstars de la saison, Nagano et Nézet-Séguin. On commence donc tard, avec la grêle. En repoussant ainsi le début des opérations, on finira par assister à la Messe de minuit à l'Amphithéâtre!

Peu de monde, donc, pour ce concert affichant pourtant Beethoven et sa populaire Symphonie pastorale: environ 2000 personnes, sans parler des billets donnés.

Au départ, le programme était intéressant, et d'autant plus qu'il se prêtait à une exécution en plein air. Dans Harold en Italie, Berlioz suit le mélancolique héros de Byron errant dans les paysages italiens, alors que la Pastorale raconte une journée de Beethoven à la campagne.

L'OSQ se présentait cette fois avec son nouveau chef, Fabien Gabel. Français, 38 ans, il dirigeait Manon la saison dernière à l'Opéra de Montréal. Ici, rien à redire. Par contre, le concert accuse chez l'OSQ un net recul par rapport à ce qu'il nous donnait sous la direction de Yoav Talmi. L'orchestre sonne bien, mais il manque de tonus. Pour tout dire, le Métropolitain sonne mieux. Jusqu'au «pick-up» appelé Orchestre du Festival qui sonne mieux lui aussi.

Du côté de la direction, aucune idée particulière ne retient l'attention. Tout se déroule machinalement, sans la moindre imagination. Les écrans géants montrent bien M. Gabel faisant son «numéro de chef», mais il ne se passe rien. Le texte de la Pastorale nous emmène «au bord du ruisseau», mais on ne respire aucune joie de vivre. Il nous parle ensuite d'«orage». Ce qu'on entend ne ferait pas trembler une feuille. À la toute fin, c'est-à-dire à l'approche de la période des applaudissements, une sorte de grand «plénum» de tout l'orchestre se déploie soudain, comme par miracle.

Preuve que les cordes sont là. Il fallait penser à les nourrir et à les faire chanter. Les bois de Québec sont brillants, comme inspirés par le hautbois de Magnan. Les timbales rugissent, mais cela ne fait pas un orchestre. On note de petits ratés aux cors, au début et à la fin du concert. L'humidité, sans doute.

Finalement, le meilleur nous vient d'Antoine Tamestit, le soliste du Berlioz. Comme dans son enregistrement, l'altiste français tire de son Stradivarius une sonorité si chaude et si envoûtante qu'on dirait une voix humaine. Parfois amputé de 25 pages (cf. l'enregistrement de Lombard), le Berlioz est donné cette fois dans son absolue intégralité. M. Gabel fait aussi la reprise au premier mouvement, comme ensuite dans le Beethoven.

ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE QUÉBEC. Chef d'orchestre : Fabien Gabel. Soliste: Antoine Tamestit, altiste. Hier soir, Amphithéâtre Fernand-Lindsay, de Joliette. Dans le cadre du 36e Festival de Lanaudière. Reprise ce soir, 20 h, au Domaine Forget, de Saint-Irénée.

Programme :

Harold en Italie, pour alto et orchestre (1834) - Berlioz

Symphonie no 6, en fa majeur, op. 68 (Pastorale) (1808) - Beethoven