Elle n'est pas seulement jeune et ravissante; elle est avant tout bourrée de talent et acclamée par la critique. Hilary Hahn sera à Lanaudière ce soir pour interpréter le Concerto de Beethoven, avec le Deustche Kammerphilharmonie Bremen. Entre un récital à Londres et une séance de photos, la très sollicitée musicienne a répondu par courriel aux questions de La Presse.

Caroline Rodgers LA PRESSE

Hilary Hahn, 31 ans, n'a pas chômé depuis que sa carrière internationale a été lancée, alors qu'elle n'avait que 14 ans. Elle enchaîne enregistrements et récitals avec les orchestres les plus prestigieux. Née en Virginie, elle a commencé le violon vers 4 ans, avec le programme Suzuki. On allait rapidement l'envoyer étudier avec Klara Berkovich, à Baltimore. Dès l'âge de 10 ans, son apprentissage est confié à un grand professeur, Jasha Brodsky, alors déjà âgé de plus de 80 ans et dernier élève vivant du violoniste et compositeur belge Eugene Ysae.

«Ces deux professeurs ont été mes plus grandes influences, écrit-elle. Mais j'ai aussi écouté beaucoup de vieux enregistrements quand j'étais petite. Cela m'a inspiré des sonorités et des styles à intégrer dans mon jeu.»

En 1999, son enregistrement du Concerto de Beethoven est en nomination pour un Grammy et, en 2001, le Time Magazine la déclare «meilleure jeune musicienne classique américaine». En 2008, elle remporte un Grammy pour un album réunissant le Concerto de Sibelius et celui de Schoenberg, qualifié par le compositeur lui-même d'«injouable».

Travailler avec Paavo Järvi

Si elle a joué à Montréal à plusieurs reprises, c'est la première fois qu'Hilary Hahn vient au Festival de Lanaudière. Toutefois, elle n'en est pas à sa première collaboration avec Paavo Järvi et le Deustche Kammerphilharmonie Bremen. «Nous avons joué ensemble en Allemagne et à Londres cette semaine, dit-elle. Paavo et moi travaillons ensemble régulièrement, nous sommes allés en tournée. Il a une grande compréhension musicale, et il s'assure de comprendre pourquoi j'interprète les choses de telle façon. Avec lui, tout le monde participe et donne son avis. L'avis des musiciens compte. C'est assez inhabituel.»

Hilary Hahn a beau être une musicienne classique, elle s'intéresse aux autres styles musicaux, comme toute personne de sa génération. Elle écoute du blues, du jazz, du folk et du trip-hop. C'est pourquoi elle collabore, de temps à autre, avec des musiciens populaires. Elle a notamment joué avec le chanteur folk Josh Ritter, collaboré à un album du groupe And You Will Know Us by the Trail of Dead, et participé à la trame sonore du film The Village, de M. Night Shyamalan.

«Jouer d'autres styles musicaux rafraîchit ma perspective de l'expérience classique, dit-elle. Cela me fait découvrir de nouveaux angles créatifs qui me donnent des idées d'interprétation, et je suis en contact avec la réalité d'autres publics. De plus, quand j'improvise au violon sur une scène avec un chanteur, cela me permet d'apprécier davantage le génie des compositeurs classiques. Leurs oeuvres sont tellement plus complexes et fascinantes que tout ce que je pourrais inventer!»

D'autres projets sont en route. Un enregistrement du Concerto pour violon de la compositrice américaine et lauréate du prix Pulitzer 2010, Jennifer Higdon, écrit pour elle, sera offert à l'automne sous l'étiquette Deutsche Grammophon. Elle prévoit aussi une tournée avec la pianiste Valentina Lisitsa. Mener de front tous ces projets n'est pas une mince affaire! «Aujourd'hui, les musiciens doivent apprendre à composer avec les attentes, car on voudrait qu'ils soient partout à la fois. Il faut se garder du temps pour continuer à travailler et se former en tant que musiciens, tout en maintenant le contact avec le public. C'est un défi qui me plaît.»

Le Deutsche Kammerphilharmonie Bremen et Hilary Hahn, ce soir, 20h, Amphithéâtre de Joliette.