Un trophée, ça ne change pas le monde, sauf que des fois, ça fait du bien. Parlez-en à Lorraine Klaasen, gagnante du plus récent Juno en musique du monde pour son album A Tribute to Miriam Makeba. Pour la chanteuse montréalaise d'origine sud-africaine, cette reconnaissance vient couronner plusieurs années de dur labeur, pas toujours reconnues à leur juste mérite.

Mis à jour le 26 juin 2013
Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

«Une belle preuve de respect, lance Lorraine Klaasen, rencontrée sur le site du Festival de jazz, où elle se produira sur la grande scène extérieure le 29 juin. Pour moi, c'est la preuve qu'il y a des gens quelque part qui écoutent ma musique et qui jugent qu'elle mérite d'être reconnue. J'ai travaillé très fort pour en arriver là.»

Pour la chanteuse, ce Juno est d'autant plus important qu'il récompense un projet particulièrement significatif.

Plus qu'une idole, Makeba était en effet une amie de sa mère (la chanteuse Thandi Klaasen), les deux femmes ayant chanté ensemble au début des années 60 dans la comédie musicale King Kong.

Promesse tenue

Il y a une vingtaine d'années, Lorraine Klaasen avait par ailleurs promis à la grande diva africaine qu'elle reprendrait un jour ses chansons, chose qu'elle a manifestement tardé à faire.

Pourquoi avoir attendu si longtemps? «La procrastination est ton pire ennemi», répond-elle en haussant les épaules. «Mais quand Auntie Miriam est morte [en 2008], j'ai réalisé que je n'avais toujours pas gardé parole. Il faut dire qu'à l'époque de ma promesse, je n'avais toujours pas d'étiquette de disque, alors que maintenant, j'ai Justin Time. Ça aide.»

L'opération aurait pu sembler casse-gueule. En reprenant des chansons aussi identifiables que Pata Pata, Jolinkomo ou The Click Song, Lorraine Klaasen s'exposait de plein fouet au jeu des comparaisons. Mais ce défi, dit-elle, ne lui faisait pas particulièrement peur.

«Je suis une fille de la même terre. J'ai grandi en écoutant ces chansons», lance-t-elle en toute légitimité.

Le plus difficile, dit la chanteuse, aura été de piger dans l'immense répertoire de Miriam Makeba, lequel, au-delà des incontournables classiques, se chiffre à quelques centaines de chansons. Au final, Lorraine Klaasen a choisi les morceaux qui correspondaient le mieux à son timbre, fort différent, admet-elle, de «la voix angélique» de Miriam Makeba. «Je ne copie pas, dit-elle, je les fais à ma façon.»

On ne saura jamais ce que la diva sud-africaine aurait pensé d'un tel projet. Déçue de ne pouvoir partager cet hommage avec la principale intéressée, Lorraine Klaasen se dit toutefois persuadée que Makeba aurait été «excitée» de voir son héritage ainsi retransmis par quelqu'un d'une autre génération.

Un trophée, pas de radio

Reste à voir, maintenant, si ce Juno aura pour Mme Klaasen les retombées espérées.

Malgré son travail de pionnière dans le milieu des musiques du monde à Montréal et ses multiples apparitions au Festival de jazz, la chanteuse reste bizarrement méconnue du Québec mainstream, évoluant essentiellement dans le circuit des festivals et des spectacles d'entreprises partout au Canada.

«J'ai un Juno, mais on ne m'entend jamais à la radio», déplore celle qui est arrivée au Québec en 1979, à une époque où la plupart des anglos avaient plutôt tendance à fuir la province. «C'est dommage. Mais ça n'a pas toujours été comme ça. Quand j'ai commencé, il me semble que les médias étaient beaucoup plus ouverts.»

Pas une raison pour s'apitoyer, ajoute-t-elle, déjà fébrile à l'idée de remonter sur les planches du Festival de jazz. Avec le fantôme de Miriam Makeba au-dessus de sa tête - et des nôtres -, disons que les auspices s'annoncent favorables.

«Dis aux gens de mettre leurs souliers de danse, conclut-elle en faisant tinter ses nombreux bracelets. Ce sera une belle soirée...»

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Lorraine Klaasen sera en spectacle le 29 juillet sur la scène Bell.