D'aucuns le considèrent comme le digne successeur de Toots Thielemans. Le Suisse Grégoire Maret, 37 ans, a choisi l'harmonica chromatique lorsqu'il en avait 17. Il a fait des études supérieures à la New School University de New York après avoir été inscrit au Conservatoire supérieur de musique de Genève. Il se produit ce soir, à 21h, à l'Astral.

Alain Brunet LA PRESSE

Pourquoi avoir choisi l'harmonica chromatique puisque si peu de ses interprètes arrivent à faire carrière?

Grégoire Maret Cet instrument se rapproche vraiment de la voix humaine et peut s'adapter à tous les contextes. Il me conduit à exprimer des choses uniques. Aucun autre instrument ne peut exhaler ce type d'émotion. On sait que les harmonicistes chromatiques sont moins nombreux que plusieurs autres familles d'instrumentistes; je sais néanmoins qu'il s'en trouve de très bons dans chaque pays où j'ai la chance de jouer. Et oui, j'ai déjà croisé le Québécois Lévy Bourbonnais. Vous me dites qu'il a fondé un ensemble d'harmonicistes? D'Harmo? Ça m'intéresse!

Comment avez-vous transcendé vos premières influences?

G.M. Il est très difficile de se dégager de l'influence de Toots Thielemans, car il a profondément marqué le jeu de l'instrument. Ses inflexions, sa sensibilité, son goût extraordinaire vont bien au-delà de son jeu. Il demeure pour plusieurs LA référence. Une autre influence majeure pour moi est Stevie Wonder. Bien sûr, ce dernier n'a pas fait autant pour l'harmonica chromatique, mais son style est tellement personnel, d'une si grande musicalité, qu'on le reconnaît dès la première mesure.

Comment avez-vous forgé votre propre style?

G.M. À travers mes expériences, je crois. J'ai eu la chance de travailler avec tant de grands musiciens. Je suis venu à Montréal avec Pat Metheny en 2005 pour l'album The Way Up, par exemple. Je me suis construit à travers toutes ces rencontres et cette diversité de genres: Cassandra Wilson, Meshell Ndegeocello, George Benson, Marcus Miller, Herbie Hancock, Sting ou Elton John. L'album que je viens de sortir en mars (étiquette eOne Music) reflète d'ailleurs cette diversité.