À Sa 27e Présence Consécutive Au Festival De Jazz, François Bourassa, Pianiste Émérite Et Homme De Continuité, Présente Le Cd Idiosyncrasie. Le Mot Évoque Une «Disposition Personnelle À Réagir À L'action Des Agents Extérieurs»... Comme Une Batterie, Une Contrebasse Et Un Saxophone.

Daniel Lemay LA PRESSE

Comme Montréal, tu vis une grosse semaine de jazz...

Oui, avec mon quartette, j'ai fait le grand circuit des festivals canadiens: Calgary, Edmonton, Victoria, Vancouver. Et comme on avait deux jours libres, mon agente Heidi Fleming nous a trouvé un gig à Powell River, à 70 milles au nord de Vancouver. Ce soir (mercredi) on est à Ottawa et demain (jeudi), on joue au Gesù au Festival. Et samedi, je joue dans le concert Bill Evans à L'Astral... Une belle semaine.

Ce projet Bill Evans semble prendre de la vitesse...

D'abord, je veux mettre une chose au clair. Parce que je suis pianiste comme Bill Evans, beaucoup ont pensé que c'est moi qui avais été à l'origine de ce projet. Ce n'est pas le cas: l'idée est venue de Pierre Tanguay et de Frank Lozano qui m'en ont parlé et Michel Donato s'est ensuite joint au groupe. Pour moi, ça représentait un autre défi. Parce que Bill Evans, mon idole, est le pianiste qui m'a le plus influencé, avec Chick Corea et Keith Jarrett qui avaient eux-mêmes été influencés par Evans. On a joué ce concert au Upstairs (au Festival de 2010) et au Dièse Onze et à deux ou trois autres endroits. L'intérêt grandit: on a une vingtaine de concerts prévus partout au Canada.

Bill Evans était un introspectif, une caractéristique qui peut s'appliquer à François Bourassa...

Oui, on peut dire ça, mais j'ai aussi besoin de contrastes. C'est là que la présence d'André Leroux dans le quartette se fait sentir, par son énergie.

Qu'allons-nous entendre au Gesù?

Comme au cours de notre voyage, on va jouer le matériel de mon nouvel album, Idiosyncrasies, sorti il y a deux semaines et qu'on va lancer officiellement à Montréal jeudi. Comment je le vois? Il est difficile de se juger soi-même, mais je dirais que c'est un disque entier, sans compromis: je suis allé au bout de moi-même.

Tu as le même bassiste, Guy Boisvert, depuis plus de 25 ans; le saxophoniste André Leroux joue avec toi depuis 15 ans. Tu es un homme de fidélité...

Je ne sais pas si c'est conscient... À côtoyer les mêmes musiciens, on en vient à se découvrir des affinités et la confiance s'installe. Mais au-delà de tout ça, il y a le fait que jouer avec des musiciens solides aide la musique. Avec Phil Melanson à la batterie, oui, c'est un quartette entièrement montréalais comme tu dis, mais l'aspect sécurisant n'est pas tant dans l'origine des musiciens que dans leur sens de la musique. Question d'affinités, là encore... À Jazz en rafale, j'ai joué avec Jean-Michel Pilc, un pianiste français qui vit à New York. On avait fait une répétition...

À quoi travailles-tu présentement?

À placer la musique des concerts de notre nouvel album. Je vais aussi être père pour une troisième fois: Jeanne, ma blonde (la chanteuse Jeanne Rochette), est enceinte. J'ai des enfants de 18 et 20 ans et je repars... Pendant le Festival, Jeanne travaille encore plus que moi: elle a deux spectacles par jour à La petite école du jazz.