Motivé par le regain de popularité des chansons Safety Dance et Pop Goes the World, Ivan Doroschuk ressuscite Men Without Hats 20 ans plus tard. Avec, en prime, le son vintage des années 80.

Alain de Repentigny LA PRESSE

Ivan Doroschuk est aux petits oiseaux. «Pour la première fois de ma vie, raconte au téléphone le leader de Men Without Hats, on n'a pas de nouvel album, et je n'ai pas de pression de la maison de disques. Je peux donc jouer des chansons de mon répertoire pendant une heure et demie. Je sais que les fans l'apprécient, eux aussi: c'est le fun, un nouvel album, mais après 20 ans je pense qu'ils sont plutôt contents de ne pas avoir à subir une heure de chansons qu'ils ne connaissent pas.»

On se souvient de Men Without Hats comme de ce rare groupe montréalais qui, la naissance du vidéoclip aidant, a réussi au début des années 80 une percée à l'échelle internationale avec des tubes comme Safety Dance et Pop Goes the World. Leur dernier album, Sideways, paru en 1991, boudait déjà la pop-dance-électro au profit d'un rock de guitares plus proche du grunge.

Par la suite, Ivan Doroschuk a touché à toutes sortes de musiques et a même lancé un album solo avant de s'établir à Victoria, en Colombie-Britannique, il y a 10 ans, pour se consacrer pleinement à son job de père au foyer. Ses parents l'y ont rejoint, son frère Colin également, qui est retourné à Toronto l'an dernier pour y écrire un opéra. Stefan, l'autre frangin qui faisait partie des Hats, vit toujours dans la région de Montréal où il a son propre studio d'enregistrement.

Pendant toutes ces années, les droits d'auteur ont assuré au nouveau papa un certain confort. «Mes chansons jouaient dans des pubs de Volkswagen et de la FTQ et Pop Goes the World sert de chanson de ralliement au soccer, raconte Ivan. Toutes les deux ou trois semaines, je reçois un clip du Portugal, de l'Amérique du Sud ou de l'Asie dans lequel les spectateurs chantent Pop Goes the World avec leurs propres paroles pour encourager leur équipe.» Mais exception faite de la chanson (The Fool) qu'il a composée pour le film de vampires Suck de son ami torontois Rob Stefaniuk, dans lequel Jessica Paré (Stardom de Denys Arcand, Mad Men) tenait le rôle principal, Ivan s'est tenu à l'écart du merveilleux monde du show-business qui l'attendait pourtant au détour.

La populaire émission musicale américaine Glee a tout changé. Ivan raconte: «L'an dernier, l'un des participants les plus populaires de Glee s'est levé de son fauteuil roulant pour danser sur Safety Dance. Ça nous a donné toute une nouvelle légion de fans. Crazy Frog, un personnage animé, a lui aussi repris Safety Dance et ça passait toutes les deux minutes au canal Disney. C'est comme ça que mon fils a vraiment su ce que faisait son papa. C'est à ce moment-là que je me suis décidé. On a parti une page Facebook et je me suis rendu compte qu'il y avait vraiment des jeunes parmi nos fans. On a des familles entières sur la page Facebook, des parents qui ont initié leurs enfants au groupe.»

Même constat quand Men Without Hats a donné un showcase au prestigieux festival South By Southwest d'Austin, au Texas, plus tôt cette année. «J'étais très surpris: les spectateurs étaient tous dans la vingtaine, ils connaissaient toutes les chansons et ils chantaient les paroles, raconte Ivan. Même chose à Victoria. Beaucoup de jeunes fans m'ont dit que la musique des années 80 les touche beaucoup, surtout à cause d'émissions comme Glee

Les Hats de 2011 sont composés d'Ivan et de trois jeunes musiciens, mais le chanteur s'attend à retrouver d'anciens membres du groupe vendredi au Métropolis. Au menu: les succès des années 80 et de nouvelles chansons que les spectateurs qui connaissent moins les Hats auront de la difficulté à distinguer tellement elles baignent dans le son des années 80, prédit Ivan: «Avec la technologie, je peux recréer un son quasi identique. Les spectateurs sont abasourdis de constater que ça sonne vraiment vintage! Dans le temps, on mettait deux minutes à monter notre kit. Et quand ça partait, le drumbox sonnait tellement que tout le monde tombait à la renverse. Alors que les bands dont on faisait la première partie mettaient une heure à régler leur son et ça ne sortait toujours pas...»

Après le Festival de jazz, les nouveaux Hats vont faire une tournée d'un peu plus d'un mois aux États-Unis en compagnie des B-52s et de The Human League. Des heures de plaisir en perspective. «Après ça, j'entre en studio et je fais un nouvel album, annonce Ivan. On teste déjà quatre ou cinq nouvelles chansons en tournée.»

Men Without Hats, au Métropolis, le 1er juillet, 20h30.