En acceptant le Spirit Award du Festival de jazz des mains d'Alain Simard et d'André Ménard quelques minutes avant son concert à Wilfrid-Pelletier, Robert Plant a raconté que, tout jeune, il avait été impressionné par la magie noire de quantité de bluesmen américains vus en spectacle en Angleterre, de Son House à Muddy Waters. Il découvre aujourd'hui une autre musique qui le fascine, celle des Blancs des Appalaches. «Je suis dans un environnement beaucoup plus intéressant et dynamique qu'à toute autre période de ma vie et j'ai dû attendre d'avoir 62 ans pour connaître ça. Ce n'est pas la peine de tenter de rivaliser avec la jeunesse ou avec mon passé. Je suis très bien là où je suis.»

Alain de Repentigny LA PRESSE

Ce qui n'est pas rien, quand on sait de quel groupe mythique le monsieur a fait partie. Un groupe qu'on a prié les journalistes quatre fois plutôt qu'une de ne pas nommer dans leurs questions (allez Robert, un petit effort: Whi-te-sna-ke!). Un groupe qui, a dit Plant aux spectateurs, a touché un peu à tout et qu'il surmomme, en français, Les voleurs suprêmes. Un groupe dont il reprend quelques chansons dans son spectacle, mais en les transformant.

Il y a là des choix étonnants. Plant ressort des choses très rock qu'on n'attend pas (Black Dog, What Is and What Should Never Be) qui s'éloignent volontairement du rock de riffs de Jimmy Page et du beat lourd de John Bonham pour mieux insister sur une amplitude musicale, une ambiance que ne renierait pas Daniel Lanois et des harmonie vocales qui tiennent parfois de l'expérience religieuse. Même celles qui semblent plus évidentes dans ce contexte country-folk-rock, dont Gallow's Pole en fin de soirée, sont transformées. Et Ramble On était belle à entendre avec un petit quelque chose de folk oriental.

Plant joue encore avec son pied de micro avec élégance et sa voix a sûrement impressionné plus d'un spectateur par sa puissance hier soir. C'est également un leader généreux qui se met en retrait pour laisser chanter ses musiciens dans des moments où le country est plus en évidence.

Ça demeure un show rock, mais peut-être pas suffisamment au goût du spectateur qui a crié «rock and roll» au milieu du spectacle. Avec son plus beau sourire, Plant lui a répondu comme il l'aurait fait à Satan: «Je sais que t'es là, mais tu ne m'auras pas!»