Le pianiste Harold Lopez-Nussa, qui habite La Havane et passera beaucoup de temps en France et en Europe cet été, fait un saut au Festival international de jazz de Montréal pour y faire découvrir son trio.

Alain Brunet LA PRESSE

Plusieurs ont remarqué le jeu du jeune Harold Lopez-Nussa parmi les accompagnateurs de l'octogénaire Omara Portuondo, cette diva cubaine qui a connu la renaissance par l'entremise du Buena Vista Social Club. On a applaudi son jeu virtuose et on s'est dit: «Wow! Ce doit être très bon dans un contexte de jazz moderne.»

Le pianiste est né à La Havane en 1983. Il a étudié à La Havane: conservatoires Manuel Saumel et Amadeo Roldan, études supérieures à l'El Instituto Superior de Arte, ISA. Tout indique qu'Harold Lopez-Nussa compte sur une culture musicale cubaine des plus étoffées. Il cite les précurseurs du jazz moderne à Cuba: Frank Emilio Flynn, Emiliano Salvador, Chucho Valdés. Il s'est inspiré des pianistes populaires du siècle précédent: Ruben Gonzales, Bebo Valdés, Lili Martinez, Peruchin. Il s'est imprégné de la génération de pianistes ayant précédé la sienne: Hernan Lopez-Nussa (son oncle), Ramon Valle, Gonzalo Rubalcaba, Roberto Fonseca, Omar Sosa... Et respecte les jeunes loups de sa génération: Rolando Luna, Manuel Valera, Fabian Almazan...

Tant de pianistes de niveau exceptionnel ont émergé de Cuba et ça continue. Votre explication, Harold Lopez-Nussa?

«Nous bénéficions d'une excellente éducation musicale dans le contexte de l'Amérique latine, mais il s'agit surtout d'une formation en musique classique. La musique populaire, elle, s'apprend dans la rue. Et c'est, je crois, ce mélange de musique de rue et de formation classique qui produit tant de bons pianistes de jazz à Cuba.»

Primordial de vivre à La Havane, en déduit-on.

«J'habite au coeur de Centro Habana, pas loin du quartier historique. Partout, on y entend les rumberos, les femmes et les hommes qui chantent. Dans les clubs, on peut écouter chanson, rock, hip-hop, musiques de l'underground, musique classique ou jazz. Personnellement, je construis mon jazz sur le patrimoine musical cubain et j'essaie de proposer des choses nouvelles et différentes dans une optique de continuation.

«À Cuba, par exemple, on ne trouve pas beaucoup de trios de jazz, ma formation est plutôt rare dans le contexte. Or, je prétends faire de la musique cubaine; ce n'est pas la salsa, ce n'est pas le son, la rumba, mais... ça reste cubain. Dans mon plus récent album, par exemple, on trouve un mélange de jazz moderne et de tradition, guajira, boléro, danson, cha-cha-cha. Ces styles n'y sont pas exposés de manière évidente, mais s'y trouvent quand même.»

Le trio d'Harold Lopez-Nussa est constitué de son jeune frère batteur, avec qui il joue depuis longtemps déjà, et du contrebassiste Felipe Cabrera, plus âgé que les frères Lopez-Nussa. «C'est le mélange idéal d'expérience et de jeunesse», selon son employeur. On observe que l'excellent saxophoniste portoricain David Sanchez a participé à El País de las Maravillas, le plus récent des quatre albums d'Harold Lopez-Nussa en tant que leader (étiquette World Village).

«David ne tourne pas avec nous, mais je viens de jouer à ses côtés dans un enregistrement réalisé à La Havane, qui comprend aussi le trompettiste Christian Scott et le vibraphoniste Stefon Harris. Le projet s'intitule Ninety Miles, soit la distance qui sépare Cuba des États-Unis. Pour nous, Cubains, cela reste très loin!

En attendant que cette distance retrouve ses proportions normales, le musicien de jazz cubain parcourt le monde et parfait ses connaissances.

«J'absorbe toutes les musiques substantielles qui parviennent à mes oreilles. J'écoute beaucoup de musique classique, de musique brésilienne, sans compter les nouvelles musiques européennes et nord-américaines.»

De quoi remplir de sons El Pais de las Maravillas... Pas tout à fait l'idée du pays des merveilles que s'en fait la petite Alice, soyez-en assuré.

Le trio du pianiste Harold Lopez-Nussa se produira à L'Astral le 25 juin, à 21h.