«A milestone», a dit Nikki. Un concert à marquer d'une pierre blanche dans sa toute jeune carrière: hier soir au Théâtre Maisonneuve, la chanteuse offrait sa cinquième performance au Festival de jazz qui nous l'a fait découvrir en 2006 sur une scène extérieure.

Philippe Renaud, collaboration spéciale LA PRESSE

Le Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts affichait complet pour voir et entendre la jeune prodige du chant jazz. De succès local, comme l'a souligné André Ménard en ouverture de rideau, la jeune Yanofski est passée à succès provincial, puis national, alors que son nom commence à circuler hors de nos frontières, sa participation aux cérémonies des Jeux olympiques de Vancouver ayant contribué à ce qu'on la remarque.

L'avenir semblant si radieux, jouons aux devinettes: que deviendra Nikki? La prochaine Céline? La Diana Krall ou la Norah Jones que le Québec n'a jamais produite? Quelque part entre ces pôles, Nikki Yanofsky navigue avec une certaine prudence, cherchant sa personnalité, son «son», son attitude, son répertoire.

Et ça s'en vient, croyez-nous. La dernière fois qu'on s'était attardé à son concert, c'était en 2007. On se rappelle la robe à pois et les petits souliers vernis qui claquaient sur les planches de la Cinquième Salle pendant un tour de chant essentiellement consacré à son idole, Ella Fitzgerald. Ce fut joli, plein d'espoir, mais tellement vert et forcément dépourvu de feeling, l'interprète d'alors n'ayant pas assez vécu pour saisir toutes les nuances des thèmes qu'interprétait si bien la First Lady of Song.

La performance d'hier n'était pas parfaite, loin de là (ces phrases poussives, les notes qui jaillissent parfois maladroitement, sans nuance), mais on note le progrès. Ouste les souliers vernis, Nikki Yanofsky arpente la scène en Converse blancs, jean et chandail scintillant.

Accompagnée d'une section de cuivres, d'un pianiste, d'un guitariste et d'une section rythmique, Yanofsky démarre en jazz avec On the Sunny Side of the Street, de son plus récent album. Les cuivres amples et le swing appuyé donnent une couleur, légère dans l'esprit, au standard God Bless the Child, suivi par la ballade soul Cool my Heels (aussi du récent CD).

On pense alors à Duffy, ou encore à Joss Stone, mais avec une valeur jazz ajoutée. Entre la pop et le scat (dont elle use de façon stupéfiante), Nikki joue toutes les cartes. De la belle Lullabye in Birdland d'Ella à sa composition Grey Skies aux accents de gospel, la jeune star est vraiment en train d'éclore.

Elle a du soul, ça s'entend de plus en plus. On pouvait sentir les frissons parcourir la salle lorsqu'elle a repris la ballade pop The Heart of the Matter, des Eagles. Il reste que c'est dans le jazz qu'elle est à son meilleur, que sa voix fait les plus belles acrobaties, pas toujours élégantes, mais attendez dans cinq ans, c'est encore une fois une tout autre Nikki qu'on ira entendre.