Ibrahim Maalouf, 29 ans, est le neveu de l'écrivain et essayiste libanais Amin Maalouf, un des plus brillants penseurs de l'identité à l'ère postmoderne. On imagine que la rigueur, la curiosité et la vision sont des traits de famille chez les Maalouf; le jeune musicien est à mettre au point une musique profondément moderne, mondiale, accessible. Et, pourtant, ancrée dans ses origines.

Alain Brunet LA PRESSE

Il raconte d'abord sa formation: «Dans les années 60, mon père a mis au point cette trompette dont le quatrième piston offre la possibilité de jouer les quarts de ton, essentiels à la musique arabe. Ainsi, il fut mon premier professeur, et j'ai été formé simultanément aux musiques occidentales et arabes. Sans cette trompette modifiée, ç'aurait été impossible. Ensuite, je suis entré au Conservatoire de Paris. Lorsque j'ai terminé à 22 ans, j'ai fait des concours internationaux de musique classique, pour ensuite mener ma carrière de compositeur et de leader.

«Ainsi, j'ai commencé avec un parcours de technique, où c'était la performance avant tout. Mon but était alors d'acquérir un maximum de technique avant de me lancer dans mes projets. J'ai aimé le faire pendant un moment, mais je crois être davantage un compositeur, un créateur.»

À Paris, Ibrahim Maalouf a fait son premier album (Diasporas, paru en 2007) avec l'aide de deux musiciens montréalais, François Lalonde et Alex McMahon.  «Ils étaient dans l'entourage de Lhasa avec qui j'avais collaboré pour l'album The Living Road. Pour mon premier concert à Montréal, je compte d'ailleurs rendre hommage à Lhasa, qui était devenue une véritable icône en France.»

On en déduit que le musicien fréquente le monde de la pop de création bien au-delà de la musique instrumentale. Il apparaît d'ailleurs sur La différence, le plus récent album de Salif Keita. Sur Diachronism, son deuxième album paru en 2009, apparaissent des figures connues tel M.

On lui cause de jazz libanais, on le questionne sur l'existence d'une nouvelle scène à Beyrouth, on lui parle du compositeur et jazzman Ziad Rahbani (fils de Fairouz, dont il reprend une pièce sur Diachronism) et du pianiste Rami Khalifé (fils de Marcel Khalifé).  Ibrahim Maalouf répond ainsi: «Comme Rami, je ne me vois pas tout à fait dans cette lignée de jazz. À Beyrouth, en fait, je suis plus proche de la scène électro - Soap Kills, par exemple.»

Pourtant, les premières impressions de Diachronism révèlent une attitude jazz, même si l'on ne peut définir ainsi la musique du trompettiste franco-libanais. On s'entendra, du moins, sur des repères électro-jazz: «Dans les sons actuels, indique-t-il, j'écoute Nils Petter Molvaer et Éric Truffaz, qui se servent de la trompette comme vecteur de composition. C'est ce que je fais aussi. Que ce soit dans mes albums ou sur scène, on trouve des thèmes très précis et des parties improvisées. Or, ces dernières s'apparentent davantage à la musique traditionnelle arabe qu'au jazz. Dans ma manière d'improviser vient d'abord la sensibilité des musiques traditionnelles arabes. Plusieurs de mes thèmes s'inspirent aussi des maqâms arabes plutôt que les grilles de jazz. Je ne le fais pas volontairement, mes compositions naissent à partir de ces structures musicales typiques de l'Orient.»

Rappelons que les maqâms constituent un répertoire considérable de phrases musicales typiques du monde oriental, qui varient d'une région à l'autre (maqâms irakiens, perses, turcs, etc.) et qui restent ouvertes à l'interprétation. Et donc permettent l'improvisation.

Pour la scène, Ibrahim Maalouf mène plusieurs projets de front, dont un concert solo entièrement fondé sur la musique modale arabe. À Montréal, il se produit avec une formation: basse, batterie, guitares, Fender Rhodes et trompette. Et il promet du muscle.»C'est plus rock, plus funk, donc très différent de mes albums. La musique y est construite pour l'énergie propre à la scène. C'est d'ailleurs pourquoi ce projet plaît  beaucoup aux amateurs des festivals de jazz, de musiques actuelles ou de musiques du monde.»

Alors? Prêts pour les quatre pistons?

L'ensemble du trompettiste Ibrahim Maalouf se produit ce soir, 21h, à L'Astral.