La guitare est l'instrument fondamental de l'esthétique flamenca. Le piano? L'imposer dans cette tradition séculaire est une pratique encore peu commune. Comment David Peña Dorantes s'y prend-il?

Alain Brunet LA PRESSE

«Le piano, convient le musicien andalou, est encore neuf dans le monde du flamenco. Mais le transfert se fait sans problème. L'esprit demeure le même. Je vois très bien son avenir dans le genre.» À l'instar de son collègue Chano Dominguez, Dorantes voit dans le piano flamenco la perspective d'une expansion harmonique, d'une couleur supplémentaire.

L'instrumentiste et compositeur est de cette première mouture de musiciens gitans ayant fait la transition entre transmission orale et études supérieures. Dorantes n'y voit pas le moindre signe d'hérésie. «Puisque j'ai fait des études de piano au Conservatoire, je peux contribuer à l'évolution de cette musique. J'ai senti cette musique à travers mon instrument, ça a aidé à mettre au point mon travail de compositeur dont le piano a été si souvent l'instrument de prédilection. Ainsi, mon éducation musicale m'a permis d'être conscient de ce que je fais, d'acquérir une plus grande précision et un meilleur esprit d'analyse. Ce qui, somme toute, me permet de peaufiner ce qui était déjà en moi, c'est-à-dire la tradition gitane et ma propre expérience de musicien.»

Les origines gitanes de Dorantes lui donnent d'autant plus d'assurance pour imposer la légitimité du piano flamenco. «Dans les réunions de famille, il y a toujours eu cette musique. On y trouve des musiciens respectés dans toute la communauté.» Effectivement, Dorantes est issu d'une véritable lignée de grands artistes flamenco: La Perrata, sa grand-mère, son grand-oncle Perrate de Utrer, son oncle El Lebrijano, son père Pedro Peña, guitariste et grand expert de la musique flamenca, sans compter Pedro Bacán, Gaspar de Utrera, Fernanda et Bernarda de Utrera, et bien d'autres. On comprendra que ces réformes patrimoniales lancées par Dorantes ont toutes les chances d'être admises.

Gitan andalou, musicien instruit, il préconise une musique plus complexe que le flamenco pur, il en suggère une relecture orchestrale, il inclut certains éléments d'improvisation, mais... «Je n'oserais dire que je fais du jazz, car j'ai trop de respect pour le genre. Cela dit, le fait d'être invité dans un festival de jazz est significatif; cela démontre que le flamenco est un genre ouvert. À l'occasion, je collabore avec des musiciens de jazz, mais à un niveau plutôt modeste. Je le fais pour mon plaisir, cela s'adresse à des cercles restreints. Je ne m'y adonne pas à fond, ce n'est pas mon langage.»

Alors? Hormis le piano, l'instrumentation suggérée aux concerts de Montréal (le deuxième a lieu ce soir) inclut percussions flamencas et africaines, palmas, basse, chant, danse.

«Ces musiciens et danseurs, précise Dorantes, sont issus d'Andalousie, ils ont grandi dans les lieux mythiques qui ont marqué l'histoire du flamenco. Notre objectif est de raconter le tout avec élégance. Le plus parfaitement possible, mais aussi avec la plus grande émotion.»

Dorantes se produit avec son trio, un chanteur et des danseurs, ce soir à 20h, au TNM.