Il est 18h pile, le 31e Festival international de jazz s'ouvre. C'est au Gesù que s'amorce ce marathon de sueur, de concentration et plaisir qui durera jusqu'au 6 juillet.

Alain Brunet LA PRESSE

Devant une salle archipleine, Paolo est fringué sport, sans ostentation. Omar Sosa, fidèle à lui-même, est recouvert d'un costume rouge vif avec écharpe et bonnet blancs. Les papillons pourraient s'y poser, les colibris songeraient à s'y nourrir!

 

D'abord le rythme d'un battement cardiaque, extirpé de l'ordinateur portable. Le bugle filtré de Paolo Fresu rappelle d'abord les sonorités typiques de Jon Hassell, qui les a mises au point dans les années 70 et 80. Le thème est tout simple, fait office d'une rampe de lancement. Comme l'avait prédit le titulaire de la série Invitation, ce thème est effectivement le prétexte à un duo intense. Qui nous change de ce qu'on connaît de ces deux musiciens.

 

Bien sûr, leur nature n'a pas changé en ce début de festival, mais l'usage de filtres électroniques et d'échantillons numérisés nous offrent une autre dimension de Fresu et Sosa. Fresu fait face à son interlocuteur plutôt qu'à l'auditoire, la conversation sera serrée, dense, pleine de relief. Nous voilà dans un territoire accidenté! Escarpements des côtes italiennes, sierras cubaines, jungle équatoriale, plaines et vallées, voilà qui précède la mer des Caraïbes qui débouche étrangement sur la Méditerranée. Les rythmes varient, les références de chacun pullulent, des valises se défont.

 

Lorsque le pianiste déclenche une averse de tumbaos (motifs pianistiques typiquement latins) et autres figures rythmiques dont il a le secret, le trompettiste complète le discours avec l'élégance et la suavité qu'on lui connaît.  La deuxième tranche de cette soirée d'improvisations se déploie d'abord sur un velours de fréquences astrales que fleurissent de discrètes interventions au clavier et des notes allongées au bugle.

 

Cette approche hybride comporte bien assez de repères mélodiques, rythmiques et harmoniques pour que personne ne s'y perde. Assez de risques pour que plusieurs aient le sentiment d'avoir vécu une expérience unique? Pour la majorité absolue des mélomanes dans la salle, assurément.  D'autres qui, comme moi, ont la chance d'être exposés à une quantité «anormale» de musique, y verront peut-être quelque redondance, quelques excroissances nouvel-âgeuses, quelques clichés reconvertis.  Mais bon, je ne peux parler que d'irritants mineurs.

 

À n'en point douter, il y avait à boire et à manger.