Instrument à cordes pincées, proche du luth occidental, l'oud occupe une position centrale non seulement dans la musique classique arabe, mais aussi dans les musiques turque, grecque, arménienne ou celles d'autres civilisations orientales. Qui plus est, l'oud s'est taillé une place de plus en plus importante dans les musiques contemporaine.

Publié le 1er nov. 2013
Alain Brunet LA PRESSE

Aujourd'hui, son évolution déborde largement les contrées de son expression originelle. D'où l'événement Oudistique, présenté samedi dans le cadre du Festival du Monde Arabe de Montréal.

Féru de jazz moderne et de musiques classiques venues d'Orient ou d'Afrique du Nord, Mohamed Masmoudi est né en Tunisie, y a grandi, y a fait ses premières études de musique pour venir les compléter à Moncton il y a vingt ans. Depuis une décennie, il vit de sa musique à Montréal. Laissons-le résumer sa trajectoire :

« J'étais bassiste électrique à l'origine, j'aimais le rock, un peu le jazz. Lorsque j'étais étudiant conservatoire de Sfax en Tunisie, mon intérêt se dirigeait davantage vers la musique occidentale. Un prof m'avait alors incité à jouer cet oud que j'avais depuis l'âge de onze ans.  Une fois rendu au Canada (en 1993), j'ai découvert sur disque des musiques plus ouvertes se consacrant à l'oud, musiques plus contemporaines.

« J'ai été séduit notamment  par celle du compatriote tunisien Anouar Brahem -  qui commençait sa carrière tunisienne alors que je quittais le pays pour faire un baccalauréat en guitare classique au Canada, sous la direction Michel Cardin, excellent guitariste et (surtout) grand luthiste. À la fin de mes études en 1998,  j'ai fait du jazz,  je jouais la basse au sein de différents groupes. Et j'ai alors commencé à jouer des standards à l'oud, à ma façon. Chacun a sa vie, son background. » 

Aujourd'hui, Mohamed Masmoudi a pour démarches artistiques simultanées (et liées) la maîtrise de son patrimoine musical et  celle des musiques modernes qui le passionnent. En plus de se consacrer à la composition et au jeu, il contribue à former de jeunes musiciens intéressés à connaître les techniques ancestrales et modernes de l'oud : styles classique, arabo-andalou, jazz, transculturel.

« Comme j'enseigne à des joueurs de différentes origines et générations, je me suis dit qu'il serait intéressant de se faire un événement. Ainsi, au Festival du Monde Arabe, nous présenterons un peu de tout.  Nous aurons avec nous des virtuoses marocains de l'école moderne, un musicien syrien qui jouera de vieux standards, sans compter mes étudiants qui manifestent chacun un intérêt musical spécifique. 

En tout, nous serons dix joueurs d'oud, dont un qui joue également la guitare jazz et moi qui joue aussi la contrebasse, sans compter un percussionniste libanais - comme moi, Joseph Koury fait partie du Sokun Trio. »

Ainsi, les musiciens les plus avancés présenteront solos, duos et trios d'oud accompagnés de percussions. Sur les 14 pièces au programme,  au moins trois  impliqueront tous les virtuoses et étudiants rassemblés.  Hormis quelques compositions de Mohamed Masmoudi, des pièces classiques de différents styles figurent au programme - musique turque, folklores tunisien ou marocain, style arabo-andalou, etc.

«Vous savez, soulève l'initiateur de l'événement, c'est tout un travail que de réarranger, d'évaluer ce qui fonctionne ou non avec l'oud.  Je suis content du résultat... et je suis aussi content du travail.» 

Ce samedi à la Cinquième Salle de la Place des Arts, 20h, la soirée Oudistique réunit Mohamed Masmoudi, (oud-contrebasse), Omar Lazrak,  Khalil Moqadem, Elias Youssef, Karim Alami, Dhafer Burhan, Naim Perluzzo Massad, Ahmad Zakaria, Ali El Farouk, (oud et guitare jazz), Joseph Khoury, (percussions).