Le Printemps de Bourges présentait hier un programme de rock anglo-montréalais réunissant Half Moon Run, Mac DeMarco, Plants and Animals et le cousin des Maritimes Rich Aucoin. Le tsunami provoqué par Arcade Fire, c'était il y a bientôt 10 ans, se pourrait-il qu'on en ressente encore les secousses à l'étranger?

Alain de Repentigny LA PRESSE

Half Moon Run a bouclé sa tournée avec le groupe britannique Mumford & Sons le 12 avril et a suivi son propre itinéraire de la Suède jusqu'à Bourges depuis. «Les fans de Mumford sont vraiment fous, ils arrivent tôt et quand on jouait, c'était presque plein dans les arénas», nous disait hier Dylan Phillips, claviériste, batteur et porte-parole désigné du groupe en France parce qu'il en maîtrise bien la langue, apprise au contact des étudiants du Conservatoire de musique de Montréal.

Cette semaine, Half Moon Run a joué à Paris, à La Maroquinerie, et contre toute attente - leur unique album, Dark Eyes, ne sortira en Europe que dans deux mois -, c'était plein à craquer et le public chantait les chansons du groupe. Hier, à Bourges, trois journalistes français pressaient ce jeune homme originaire de la Colombie-Britannique de leur expliquer l'eldorado musical montréalais, ce carrefour de la culture française et de l'américanité qui les fait saliver. Dylan leur a répété ce qu'il m'avait dit une demi-heure auparavant: il n'y a pas une autre ville au Canada qui vibre autant pour la musique que Montréal.

La veille, Rich Aucoin, qui habite toujours Halifax - «Je fais du surf, si seulement Montréal était au bord de la mer...», - nous disait sensiblement la même chose: «Tu vas au Cagibi, dans le Mile-End, et tu croises toujours des amis et d'autres musiciens. Il n'y a pas d'équivalent à Toronto.»

Dylan Phillips acquiesce: «Il y a vraiment une communauté de musiciens à Montréal, mais nous étions tellement timides que nous n'étions pas vraiment sociables. On se sentait connectés au réseau, mais on restait quand même tout seuls dans notre local pour pratiquer. Maintenant qu'on a un peu de succès, on rencontre tellement de groupes montréalais ailleurs. C'est drôle de se croiser en France et aux États-Unis et d'avoir des liens quand on revient à Montréal.»

Il fut un temps où les musiciens canadiens s'installaient là où était l'industrie du disque: à Toronto. L'internet a tout changé, affirme Aucoin. «Aujourd'hui, c'est plus important de s'entourer de musiciens qui voient les choses de la même façon que nous, qu'on choisisse la scène de Toronto ou celle de Montréal. Je dirais que beaucoup plus de musiciens ont choisi Montréal.»

Dont ses amis de Plants and Animals, qu'il a croisés à quelques reprises à l'étranger, tout comme Grimes et Purity Ring, un duo électro venu d'Edmonton et Halifax.

La marque Montréal

En 2013, la marque Montréal est-elle vraiment utile pour un groupe qui veut percer à l'étranger? Le directeur artistique du Printemps de Bourges, Christophe Davy, a programmé deux soirées Montréal cette année - l'autre réunit Ariane Moffatt, Marie-Pierre Arthur et Salomé Leclerc - et leur a accolé l'étiquette par la force des choses après s'être rendu compte qu'il invitait plusieurs artistes montréalais. Il a sa petite idée sur l'essor planétaire du rock anglo-montréalais.

«Est-ce que Half Moon Run, c'est les enfants d'Arcade Fire ou pas? Musicalement, c'est pas la même chose. S'il n'y avait pas eu Arcade Fire, est-ce qu'il y aurait eu Half Moon Run? Sans doute, non? Quand il y a un ou deux groupes forts dans une ville, d'autres viennent s'y installer et ça en pousse d'autres à sortir de leur cave ou de leur grenier. Ce qui est sûr, c'est qu'un Arcade Fire a fait tourner la tête vers Montréal et ça a servi le fait qu'on s'intéresse un petit peu plus à la ville.»