Ce fut «un vrai succès, malgré la crise et la météo» fraîche et pluvieuse, a résumé en conférence de presse-bilan Charles Gardier, directeur des FrancoFolies de Spa. Au moment où on décrète 2010 «année chanson» franco-belge, ces Francos wallonnes n'auront jamais été aussi anglophiles - même l'importante délégation d'artistes québécois n'y fait pas exception. Un paradoxe avec lequel on vit très bien ici.

Philippe Renaud, collaboration spéciale LA PRESSE

Les têtes d'affiche de la pop et du rock belges? Ghinzu, Puggy, K's Choice, Piano Club, Arid. Tous programmés en clôture sur la grande scène extérieure du parc de Sept heures. Tous délaissent la langue de Brel au profit de celle de Coldplay.

Phénomène générationnel, tentative de ratisser plus large encore, l'anglais s'impose et fait de l'ombre aux défenseurs de la seconde langue officielle du pays (avec le flamand). «Selon moi, l'anglais est devenu un incontournable, surtout pour un festival de cette importance», croit le guitariste David Sonck. Son groupe, Folks Divine, vient de remporter le concours Franc'Off, sorte de Francouvertes arrimées aux FrancoFolies de Spa.

Les rockeurs ont gagné en anglais, il va sans dire. «Les gens sont de moins en moins en contact avec leur langue», note Sonck, lucide, qui cite cependant les modèles Bashung et Noir Désir pour l'égale rigueur du texte et de la musique.

Du lot belgo-anglo, une seule formation nous aura convaincus: My Little Cheap Dictaphone, quatuor armé d'une section de cordes et d'un décor visuel visant à rehausser le joli album-concept paru récemment, un disque de pop-rock indé inspirée qui se cherche une place entre The National et Coldplay.

Coups de coeur

Tout de même, les rendez-vous en français et les belles découvertes ne manquaient pas, heureusement. Après le concert de Jacques Dutronc, la palme du meilleur spectacle de ces Francos revient au rappeur Baloji, déjà passé par le Coup de coeur francophone en 2008.

D'origine congolaise, Baloji est retourné à Kinshasa réenregistrer les chansons de son disque Hôtel Impala avec des gens de l'endroit. Sur scène, le résultat est soufflant: le grand rappeur met la foule dans la poche de son chic veston en récitant ses rythmes avec un orchestre noir. Les beats changent de continent, la musique passe de la rumba congolaise au zouk, ses excellents musiciens gardent un tempo torride et magistral. À revoir d'urgence chez nous, au festival qui vous plaira, Nuits d'Afrique, jazz, Pop Montréal, ce gars-là passe partout.

Déjà venu au Québec, le groupe rock Été'67 a fait belle impression en première partie de Dutronc, qui l'a invité sur scène à son rappel. Ce groupe, le meilleur à faire du rock en français, a pris du galon en trois ans - nous le reverrons à l'automne au Coup de coeur (avec BaliMurphy et Larko). Engouement semblable pour Coco Royal et son leader-chanteur-guitariste Antoine Chance, fils du bédéiste Geluck. Un esprit folk-pop rêvasseur, façon Patrick Watson (une influence avouée), en français et moins touffu, une authentique personnalité dans la très jolie voix.

Toujours au moment du bilan, le directeur Gardier a salué sa «gang de Québécois», plus nombreux que jamais cette année. Avec Coeur de pirate et Yann Perreau, Mamzell'Giraf (accompagnés par Vander, le plus Québécois des Belges!), Marco Calliari (qui a tout brûlé sur son passage, un vrai succès populaire ici) et Orange Orange avaient tous fait le voyage.

Les trois coups de coeur du directeur, les folksters anglo-montréalais Colin Moore, Tricia Foster (qui, pour l'occasion, a offert un répertoire en français, l'attention était belle et a porté ses fruits) et Ian Kelly. Pas de complexes, qu'on vous dit, et la preuve que l'anglais a désormais sa place et ses antennes à Spa.