Quand David Ellefson de Megadeth dit en français qu'il aime Montréal, il ne pourrait être plus sincère, assure Yanick Tremblay, enseignant de jour dans un collège privé et blogueur métal sur le site BangBang dans ses temps libres. Mikael Stanne, du groupe suédois Dark Tranquility, l'est tout autant quand il dit avec la main sur le coeur que le Québec est un château fort du métal.

Émilie Côté LA PRESSE

«Ce n'est pas un mythe», dit Yanick Tremblay, qui, à 5 ans, «flippait» les vinyles de Black Sabbath, Led Zeppelin et Kiss de son père.

«Montréal a toujours été l'un, si ce n'est pas le meilleur arrêt de nos groupes qui tournent en Amérique du Nord. C'est ce que j'ai entendu de mes bands depuis des années et que j'ai moi-même vu plusieurs fois quand j'y suis allé», confirme Steve Joh, représentant de l'étiquette américaine Century Media Records, spécialisée dans le métal.

Près de 40 000 métalleux sont attendus aujourd'hui et demain au parc Jean-Drapeau pour le festival Heavy MTL. Yanick Tremblay y sera avec son père. Le fan de métal, «c'est la passion en lettres majuscules, dit le blogueur. On aime ça à la vie à la mort.»

Illustration Francis Léveillée, La Presse

Émilie Côté, journaliste métalleuse.

«Le métal, c'est une soupape, poursuit le père de 35 ans. Qu'ont soit soudeur ou avocat, on vit de la pression dans la vie. Le métal, ça permet d'évacuer et de tout oublier. C'est un moment de détente, un catalyseur d'énergie.»

«C'est rapide et brutal, mais c'est bien construit... on peut presque comparer ça à de la musique classique, renchérit Danko Todorov, qui anime l'émission l'Ulcère de vos nuits sur les ondes de CISM depuis près de 15 ans. Lui aussi a un travail qui ne fait pas très «métal»: éducateur en service de garde.

Les fans de métal sont des sujets loyaux pour leur groupe préféré. Ils les suivent d'album en album. Le métal va bien au-delà du genre musical. C'est une sous-culture. «C'est une attitude de vie, un tout, une famille... On se reconnaît, on se respecte», dit Danko Todorov.

Des «hyper fans»

«Des gars comme Danko, ce sont des missionnaires», lance Maurice Richard, qui a été le premier imprésario de Voivod et qui s'occupe aujourd'hui du groupe sherbrookois Gorguts.

Comme leurs fans, les musiciens métal sont dévoués. «On ne fait pas du métal pour faire une passe, on fait du métal car on est passionné», explique celui qui a organisé le festival des 25 ans du métal québécois en 2007.

Les métalleux forment une véritable communauté. «On en rejoint un, on rejoint tout le monde», blague Nick Farkas, directeur (concerts et événement) pour Evenko. «Quand on a annoncé Heavy MTL, des groupes Facebook de 1000 personnes se sont créés, raconte-t-il. C'est un public engagé avec des gens qui nous écrivent pour nous dire qu'ils veulent voir des groupes précis. Ils sont hyper fans.»

Le Québec, capitale du métal?

«Montréal et Québec ont toujours été des marchés forts pour le métal par habitant, indique Nick Farkas. Metallica qui fait deux fois le Centre Bell et deux fois le Colisée, c'est étonnant.»

«C'est un marché exceptionnel», ajoute Stephan Mellul, de Brave Concerts International, plus important producteur montréalais de concerts métal du «circuit intermédiaire». «Nous faisons beaucoup de spectacles à guichets fermés au Métropolis», indique-t-il. Des spectacles dont le grand public n'entend jamais parler par les médias traditionnels.

Le prochain concert que BCI produira: The Summer Slaughter Tour au Club Soda, avec les groupes Decapitated et The Faceless en haut de l'affiche.

Le marché de la ville de Québec est aussi du calibre des grandes villes américaines. Ce n'est pas pour rien que Rammstein a clôturé le Festival d'été, dimanche dernier.

Du côté de la Vieille Capitale, le plus important producteur de spectacles métal est Martin Bouchard, qui gère aussi le site www.capitaledumetal.com. «À Québec, les gens préfèrent les groupes de power metal plus mélodiques», précise-t-il.

Mais globalement, «le Québec est plus métal que les autres provinces».

Pourquoi?

D'abord parce que la scène locale est forte. «Aujourd'hui, il y a beaucoup de groupes québécois qui sont sur l'échiquier mondial du métal», indique Maurice Richard.

Cinq groupes québécois - inconnus du grand public - se produiront d'ailleurs ce week-end à Heavy MTL: Despised Icon, Les Ékorchés, Deadly Apples, Kataklysm et Beneath the Massacre.

«Si on est un fan assidu de métal, on peut aller voir un show tous les soirs à Montréal», signale Danko Todorov.

«Il y a une scène forte à Montréal. Il y a vraiment un microcosme métal», observe aussi Steve Joh de l'étiquette américaine Century Media Records.

Le succès de Voivod - La référence en métal québécois - a également moussé l'intérêt du Québec pour le métal, selon Maurice Richard. «Comme Gilles Villeneuve qui a intéressé les gens à la course automobile», illustre-t-il.

Et bonne nouvelle, le public métal se renouvelle. Au spectacle qu'a donné Iron Maiden au Centre Bell, il y a deux semaines, il y avait beaucoup de parents accompagnés de leurs ados... et beaucoup d'ados non accompagnés!

Et «même si la majorité des bands et leurs fans sont masculins, les filles savent s'approprier le métal», ajoute Marie-Camille Carrier, jeune femme de 25 ans de Québec qui travaille comme réceptionniste dans un cabinet d'assurance.

La musique reste, les fans changent...