Américain, africain, un peu français, cosmopolite... Alain Mabanckou est un dandy littéraire attaché à son Congo natal. Invité du Salon du livre, le ludique et malin auteur de Verre Cassé, Mémoires de porc-épic et Black Bazar a publié en août dernier Demain j'aurai 20 ans. «C'est le livre des origines, celui que je souhaitais écrire depuis très, très longtemps», confie-t-il.

Publié le 20 nov. 2010
Sylvie St-Jacques LA PRESSE

Le lecteur de Demain j'aurai vingt ans se fait raconter par Michel (le narrateur enfant du récit), un Congo en changement, qui traverse ses premières années d'indépendance. Cette Afrique de l'époque des dictateurs, du combat mythique entre Muhammad Ali et George Foreman et de l'ouverture au monde par les moyens de communication de masse était aussi, rappelle l'auteur, celle du communisme (et du président marxiste Marien Ngouabi, assassiné en 1977).

 

 

Mais le Congo-Brazzaville des années 70 raconté par Alain Mabanckou est aussi celui de Michel, petit garçon qui s'initie au monde auprès de personnages singuliers comme la jolie Caroline, le farouchement communiste Tonton René, et le père adoptif de Michel, qui bosse comme réceptionniste dans un hôtel.

«La plupart des pays francophones, une fois qu'ils sont sortis de l'indépendance, pensaient que la première chose à faire était d'établir des liens avec l'Union soviétique. On était dans la période de l'opposition Est-Ouest. Le bloc communiste et l'URSS offraient une idéologie soutenue par les philosophes marxistes-léninistes, qui correspondait aux aspirations des pays sous-développés.»

Alain Mabanckou, dans son parcours littéraire, s'est souvent amusé avec les mots. Dans Demain j'aurai vingt ans, il abandonne un peu le jeu sur le langage pour plutôt s'intéresser aux souvenirs de l'enfance, racontant ainsi le Congo de sa jeunesse et replongeant dans son enfance à Pointe-Noire, pendant les 10 premières années de l'indépendance.

Grandes turbulences

«C'est une période pratiquement absente dans la littérature africaine. Et pourtant, les années 70-80 sont celles de la conscience africaine et une époque de grandes turbulences en Afrique», évoquait l'auteur congolais, rencontré dans le hall de l'hôtel Bonaventure à la veille de l'ouverture du Salon du livre.

De retour de Paris où il faisait la promotion de son roman, Mabanckou renoue ces jours-ci avec Montréal, une ville où il a ses habitudes et des amis littéraires (comme Dany Laferrière.) «Dany est un ami de longue date, je trouve chez lui un jumeau dans l'écriture. Il a consacré un chapitre à ma mère dans L'énigme du retour», dit Mabanckou, qui vit désormais aux États-Unis, enseigne la littérature francophone à l'Université de Californie (UCLA) et retourne fréquemment dans son pays d'origine.

Aussi politique et historique soit-il, Demain j'aurai vingt ans décrit aussi (peut-être surtout), la vie africaine dans ce qu'elle a de plus chaleureuse et familiale.

Quand Alain Mabanckou écrit le Congo, c'est beaucoup pour retrouver l'essence de son Afrique natale. «Je voulais conserver dans ce roman le côté «normal» des choses, presque de la rue, des familles, de ce qui se passait dans ces pays-là...»

Qu'a l'Occident à apprendre de l'Afrique?

«Le monde doit apprendre qu'il y a quelque chose, en Afrique, qui est nécessaire pour la marche du monde. Il faut voir l'Afrique non pas comme un territoire de désolation mais comme un lieu pour se ressourcer et pour retrouver l'humanisme que le machinisme et le capitalisme ont dévergondé dans les sociétés occidentales.»

Alain Mabanckou rencontre ses lecteurs aujourd'hui et demain, à 14h, au stand 460.

Demain j'aurai vingt ans. Alain Mabanckou. Gallimard, 382 pages.