Pour ses 40 ans, le 6 juillet, Isabelle Boulay a voulu marquer le coup. Comment? En proposant de LIRE le TEXTE patriotique du grand spectacle de la FÊTE NATIONALE au parc Maisonneuve, le 24 juin. Mais sans parler politique et sans se prendre pour Paul Piché.

Mis à jour le 16 juin 2012
Nathalie Petrowski LA PRESSE

Si le texte patriotique de la Fête nationale était un élément, ce serait le feu. Une couleur? Le bleu, mais un bleu souverainement bleu, royalement revendicateur, manifestement militant; un bleu de révolte, d'espérance et de combat. Les noms associés au discours patriotique en sont la preuve éclatante: Jean Duceppe en 1990 et son célèbre «Le Québec est notre seul pays. À partir de maintenant, l'avenir du Québec ne se décidera plus à Terre-Neuve, au Manitoba ou ailleurs, mais au Québec!»

Plus récemment, Claude Gauthier, Vincent Graton, Loco Locass et Emmanuel Bilodeau se sont avancés pour prononcer le discours avec leurs convictions politiques écrites à l'encre indélibile sur leur front.

Ce prélude pour expliquer l'étonnement que peut susciter le nom d'Isabelle Boulay dans un tel contexte. Pourtant, c'est Isabelle Boulay elle-même qui a voulu lire le texte patriotique. Pas tant pour faire un coming out politique que pour exercer un devoir de mémoire et en profiter pour redire son amour profond du Québec et de son peuple.

Je suis allée rencontrer Isabelle Boulay cette semaine avec, dans mon calepin, des mots comme Gaspésie, eau salée, vents, marées, famille, langue, forteresse, mots tirés du texte patriotique que Sylvie Rémillard, qui met en scène le spectacle de la Fête nationale depuis 20 ans, a écrit pour Isabelle en s'inspirant de ses idées.

Engagée à sa manière

La porte du studio de la chanteuse, au fond d'une rue discrète de Pointe Saint-Charles, était ouverte. Au milieu de cet espace calme et blanc dont la seule incongruité est l'alignement parfait d'une trentaine de paires de chaussures, cordées comme des soldats, je suis restée saisie. La dernière fois que je me suis retrouvée en tête à tête avec Isabelle Boulay, elle avait 28 ans. Discrète et timide à l'extrême, elle avait érigé une véritable muraille de Chine autour de sa vie privée et n'y admettait pas le moindre journaliste.

Douze ans plus tard, c'est une femme plus légère et ouverte que je retrouve dans son antre privé, épanouie par la maternité et par le couple qu'elle forme avec le producteur Marc-André Chicoine, mais aussi par une belle carrière qu'elle mène de front sur deux continents avec un égal succès.

Cela fait déjà plusieurs années que le texte patriotique de la Fête nationale la travaille. «J'avais vu des gens comme Emmanuel Bilodeau le faire et ça m'a donné le goût même si pour moi, c'est plus facile de chanter que de parler. En même temps, je me suis toujours considérée plus comme une diseuse qu'une chanteuse. Je ne suis pas une chanteuse à voix, je n'ai pas un registre à tout casser. Ma légitimité, j'ai l'impression qu'elle vient du fait que je suis une sorte d'ouvrière de la chanson, par le milieu d'où je viens et par la façon dont je pratique mon métier. Ce texte, j'ai l'intention de le faire en toute humilité et d'y mettre tout l'amour que je porte à mon pays et à mon peuple.»

Avant l'entrevue, j'avais demandé à Sylvie Rémillard si Isabelle était souverainiste. «Je ne sais pas. Faudrait lui demander.»

J'ai posé la question à Isabelle, directement. Elle m'a répondu tout aussi directement.

«Je ne crois pas avoir d'aveux à faire. Je ne suis pas une militante. Je ne maîtrise pas la chose politique. Il faudrait que je prenne le temps d'étudier la question à fond avant de me prononcer et comme je n'ai jamais eu le temps...»

Isabelle fait une pause, puis ajoute: «Ce n'est pas mon rôle de me livrer politiquement pour exercer une influence. Cela n'a rien à voir avec la crainte de perdre une partie de mon public. C'est une délicatesse de ma part. Ce qui ne m'empêche pas d'être une chanteuse engagée au sens où je m'engage et je m'investis complètement dans ce que je fais, en restant fidèle à moi-même, sans changer d'accent quand je vais en France ou sans adapter des chansons pour qu'elles soient plus faciles d'accès.»

Isabelle rappelle que son père, disparu en 1995, était un indépendantiste féroce. Mais il n'a jamais cherché à imposer ses idées. Et lorsque sa fille avait 4 ans, il a tenu à l'amener voir Pierre Trudeau qui passait par la Gaspésie.

«Ce discours dans le fond, dit-elle, c'est une manière de lui dire «je me souviens».

Touchée par les étudiants

La Saint-Jean, cette année, se déroulera dans des circonstances spéciales. Sera-t-il question de crise, de carrés rouges et de casseroles dans le texte d'Isabelle? La réponse est non. «La crise n'avait pas éclaté quand on a commencé à écrire le discours, mais de toute façon, je n'ai pas à parler au nom des étudiants. Je me réjouis de l'éloquence de leurs représentants et j'ai beaucoup de tendresse pour la complainte des étudiants que je vois comme un chant de douleur. Sous leur colère et leur rage, je pense qu'il y a de la souffrance. Ça me touche et j'admire leur courage.»

Le 7 juin dernier, Isabelle devait recevoir l'Ordre national du Québec, grade de chevalière. Elle ne s'est pas présentée à la cérémonie. Mais pas pour les mêmes raisons que Fred Pellerin. Elle donnait ce soir-là un concert à Brossard et comme personne ne pouvait venir la chercher en hélicoptère, elle a préféré son public au gouvernement.

Isabelle Boulay n'est pas Paul Piché, mais avec sa douceur et sa résistance tranquille, elle est la preuve qu'il n'y a pas qu'une manière d'aimer le Québec et d'être engagée.

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Les festivités de la Fête nationale dans le Grand Montréal.

Parc Maisonneuve

Le 24 juin, à 19h30, au parc Maisonneuve. Gratuit

Ferland est le doyen des artistes qui participeront au traditionnel spectacle de la Fête nationale présenté au parc Maisonneuve. Une fois de plus animé par Guy A. Lepage, l'événement mettra aussi en vedette Ariane Moffatt, David Giguère, Misteur Valaire, Alfa Rococo, Adam Cohen et le violoniste Alain-François. La direction musicale est assurée par Dan Georgesco des Porn Flakes.

L'Autre St-Jean

Le 23 juin, à 18h, au parc Pélican. Gratuit

Désormais incontournable, L'Autre St-Jean présente une affiche diversifiée: Malajube, Plaster, Yves Lambert, SoCalled et Alaclair Ensemble. DJ Séba (Gatineau) et MC Gilles y seront aussi pour mettre de l'ambiance.

Mondial de Laval

Le 24 juin, dès 19 h, au Centre de la nature. Gratuit

Éric Lapointe est seul aux commandes de la Fête nationale intégrée à la programmation du Mondial Laval. Le rockeur présente un concert spécial au cours duquel il accueillera quelques chanteurs invités.

Longueuil

Le 23 juin, à 21 h, rue Saint-Charles, entre Saint-Sylvestre et Grant. Gratuit.

Rue Saint-Charles, dans le coeur du Vieux-Longueuil, c'est le rock de Michel Pagliaro qui va résonner. Il lâchera les bombes qu'il a fabriquées au cours des quatre dernières décennies.

Photo: Alain Roberge, La Presse

Isabelle Boulay.